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mercredi 2 avril 2014

Le Chartership ou la certification professionnelle à l’anglaise


Je vous ai déjà parlé du Cilip (qui a gardé son nom, d’ailleurs, au final). Cette association de bibliothécaires britanniques a notamment pour responsabilité de délivrer aux bibliothécaires et professionnels de l’information diverses certifications permettant d’obtenir une certaine reconnaissance professionnelle.

Il y a trois niveaux disponibles (et que l’on peut passer les uns après les autres, ou pas, en fonction de son parcours) : la « certification », pour les assistants bibliothécaires (ou les magasiniers) ; le « chartership », pour les bibliothécaires ; et le « fellowship » pour les personnes qui en France seraient probablement des conservateurs.

Le Chartership

Je suis en plein dans mon propre parcours en vue du Chartership, je vais donc vous raconter comment ça se passe. Le principe est globalement le même pour les deux autres niveaux.

Le Chartership est donc à destination des bibliothécaires, non pas au sens du grade français, mais au sens plus large de « professionnel des bibliothèques ». La norme au Royaume-Uni est d’avoir un Master en bibliothéconomie / sciences de l'information, de se trouver un premier poste et de se mettre alors à préparer son Chartership. Cette certification est souvent requise sur les offres d’emploi et c’est souvent la clé ouvrant la porte des postes les plus qualifiés. Une fois qu’on l’a obtenu, on peut accoler à son nom les lettres « MCILIP » (un peu comme un médecin anglo-saxon ajoute MD à son nom…).

Alors, comment ça marche ?

Il s’agit de prouver sa capacité à appliquer son savoir et ses compétences sur son lieu de travail, de les développer pour améliorer ses compétences professionnelles en fonction des exigences de son poste et de développer une réflexion sur ses pratiques et son environnement professionnel.

Dans les faits (et selon les toutes nouvelles règles en vigueur), dès qu’on est inscrit et qu’on s’est trouvé un mentor, on commence par remplir son PKSB. Le Professional Knowledge and Skills Base est une sorte d’immense tableau listant toutes les compétences et tous les savoirs que pourrait posséder un bibliothécaire. L’idée est de se noter soi-même sur l’ensemble de ces points (il faut être membre du Cilip ou débourser £25 pour obtenir le document si vous voulez tenter l'expérience). Bien sûr, personne ne peut avoir un score maximal dans toutes les catégories, c’est impossible. Non, on va plutôt chercher à analyser quelles sont les catégories les plus importantes pour le type de poste sur lequel on est en ce moment et s’en servir de guide pour la suite.

La deuxième grande étape, va donc d’être d’essayer de s’améliorer sur ces points. Ça peut durer autant de temps qu’on le souhaite et même être fait rétrospectivement. Tous les moyens sont bons : assister à des conférences, visiter d’autres bibliothèques, lire de la littérature professionnelle en ligne ou hors ligne, participer à des ateliers, à des chats pro sur Twitter… Tout ce que nous faisons naturellement dans le cadre de la formation continue. Mais en plus de le faire, il faut en accumuler la preuve : collectionner les certificats de présence, rédiger des comptes-rendus et des fiches de lecture. Et démontrer comment tout ça se ressent effectivement sur votre travail (dans mon cas par exemple, je vais collecter des exemples de plans de séances de formation que j'ai conçus en appliquant des principes lus dans un bouquin spécialisé, ou essayer d'obtenir du feedback auprès de mes étudiants).
Pour ne pas s'y perdre, on peut traiter ça comme une expérience in vivo et tenir un carnet de labo notant nos avancées au jour le jour...

Car la troisième étape sera celle de la construction d’un portfolio. Celui-ci doit comprendre un CV, une fiche de poste, son PKSB initial et un PKSB final (votre score doit donc avoir augmenté dans les domaines qui avaient été désignés comme cruciaux pour votre poste), un texte réflexif de 1000 mots et une collection organisée des « preuves » de votre développement professionnel. Un jury examine tout ça et vous octroie le Chartership ou vous renvoie à vos brouillons…

Et moi, et moi, et moi...

Je suis en plein dans la phase deux… Et je dois avouer que ça me plaît énormément. Ça me pousse à aller plus loin dans mes velléités d’auto-formation et dans mes lectures professionnelles, ça me donne une excuse pour demander des formations à tout-va auprès de mon employeur et de me porter volontaire pour assister à toutes les réunions possibles qui se rattachent de près ou de loin à mon poste. C’est très enrichissant. Et même si j’ai toujours fait cela à un certain degré, c’est un sacré coup de boost pour mes compétences professionnelles !

De plus, je trouve que le principe tombe vraiment sous le sens : pour être certifié comme un véritable bibliothécaire, il faut prouver qu’on en a les compétences et que l’on cherche à s’améliorer. C’est plus logique qu’une série de concours abscons, non ?



Image empruntée au Chartership Handbook, Cilip

mercredi 17 juillet 2013

Cilip, le Rebranding : la suite




Dans un premier épisode, je vous avais présenté le Cilip et expliqué le "rebranding-gate" secouant l'association. Voici la suite des évènements, tels que je les ai perçus à distance, au travers des déclarations du Cilip, des discussions sur Twitter et des articles des biblio-blogueurs britanniques.

*****

Le lundi 8 juillet, une assemblée générale du Cilip s'est tenue à Londres pour discuter la motion de Tom Roper demandant d'arrêter l'exercice de rebranding en cours :
“This General Meeting believes the current rebranding exercise should be halted, believing it to be a distraction from the urgent tasks of advocacy for the profession, and a waste of scarce resources.”
Une centaine de membres se sont retrouvés sur place pour un débat qui s'est avéré houleux, et apparemment plutôt en faveur des partisans de la motion.
Pour soupeser par vous-même les arguments des deux camps, voici le brouillon du discours que Tom Roper a fait lors de l'assemblée générale et voici un article de blog écrit par John Dolan sur le blog du président du Cilp, Phil Bradley, peu avant l'assemblée.
Nous avons pu suivre les débats en direct grâce à plusieurs live-twitters utilisant le hashtag #CilipGM (storifié ici, si vous voulez revivre l'action comme si vous y étiez !).


Néanmoins, de nombreux membres de l'association avaient pu voter "par proxy", en désignant quelqu'un, en général soit Tom Roper, soit Phil Bradley, pour voter en leur nom.
Les résultats ont ainsi été fortement dus à ces votes par procuration. Le décompte final dénombre 752 votes pour la motion, 804 votes contre et 16 abstentions.
Si le Cilip s'est immédiatement réjoui de ces résultats dans un communiqué de presse, Tom Roper, quant à lui, estime que les membres qui n'étaient pas sur place ont été mal informés des enjeux.

Le vote a été ressenti comme un choc et démontre une fois encore les dissensions que ce débat a créé au sein du Cilip : c'est presque un 50/50 parmi les votants, qui ne représentent néanmoins que 10% du total des membres. Ce qui a aussi beaucoup choqué c'est qu'au cours de l'assemblée, nous avons appris que les résultats du vote étaient "not binding" : jusque-là, les membres (qui se sont donc déplacés en nombre et se sont beaucoup impliqués dans le débat) ne savaient pas que leur avis ne serait que consultatif...

Au final, si le Cilip ressort vainqueur de ce vote, il a été véritablement affaibli par cette épreuve. Les débats ont porté les membres (en tous cas quelques membres très actifs sur les réseaux sociaux) à s'interroger quant à la structure même de l'association. Ian Clark, par exemple, estime que la procédure s'est avérée non démocratique, menée par le comité plutôt que par ses membres et a manqué de transparence. Mais il pense surtout que, ce sur quoi le Cilip et ses membres devraient se concentrer, s'est sur la réputation de l'association et non sur la marque "Cilip". Il faut que l'association, quelque soit son nom, agisse de façon efficace et éthique pour les professionnels qu'elle représente.

L'affaire du rebranding a aussi permis au Cilip de faire l'objet de petits articles dans la presse nationale britannique... mais sous un jour peu glorieux.

Quoiqu'il en soit, le rebranding continue : un nouveau nom sera proposé aux membres lors de l'assemblée du 21 septembre prochain avec pour objectif un lancement de la nouvelle marque en avril 2014.

Mais une prochaine affaire se profile déjà à l'horizon : des membres du Cilip demandent l'organisation d'un vote de défiance vis-à-vis du ministre en charge des bibliothèques, Ed Vaizey... À suivre !

jeudi 6 juin 2013

Connaissez-vous le CILIP ?

EDIT: English-speaking readers stumbling on this blog? Here are my views on CILIP and its re-branding in English.

Le CILIP, un équivalent anglais de l'ABF ?

L'une des choses qui m'a le plus frappée quand j'ai commencé à explorer le monde des bibliothèques britanniques, c'est le pouvoir très important de cette association tentaculaire qu'est le CILIP. En gros, il s'agit de l'ABF local. Enfin presque.

"CILIP" signifie "Chartered Institute of Library and Information Professionals" (institut certifié des bibliothèques et professionnels de l'information). Il a pour sous-titre "the leading professional body for librarians, information specialists and knowledge managers" (le corps professionnel principal des bibliothécaires, spécialistes de l'information et knowledge managers).

Le mot "Chartered" mérite qu'on s'y arrête un instant. Cette "certification" est une particularité des pays du Commonwealth. Il s'agit d'un statut officiel attribué par le monarque via un document formel, le "royal charter". Le statut de "chartered" donne à l'institution prestige et crédibilité. Ces institutions peuvent ensuite attribuer un statut de "chartered professional" à certains de leurs membres en reconnaissance de leur niveau de connaissance dans un domaine professionnel particulier.

C'est le cas du CILIP, qui décerne différents niveaux de certificat : "Certification" pour les assistants bibliothécaires, "Chartership" pour les bibliothécaires, "Fellowship" pour les membres "Chartered" de haut niveau et "Revalidation" pour les membres démontrant la continuité de leur développement professionnel. Ces certificats semblent vraiment une étape importante dans la vie professionnelle des bibliothécaires anglais, comme en témoigne notamment les nombreuses petites annonces précisant que le poste publié est réservé aux "Chartered librarians".

Le CILIP s'occupe aussi de gérer une base de petites annonces  incontournable pour qui cherche à travailler dans le secteur, propose un programme d'échange international, publie un journal professionnel, gère sa propre maison d'édition, et anime un groupe parlementaire. Cette liste est loin d'être exhaustive : les activités du CILIP sont très diverses et ses membres extrêmement actifs et passionnés. Ce que j'ai pu découvrir en tombant tête la première sur le grand débat en cours dans l'association...

Le rebranding-gate

Récemment, le CILIP s'est largement remis en question et a dû se réorganiser entièrement afin de rééquilibrer son budget. Ça a été pour l'association l'occasion d'un examen de conscience et d'interroger ses membres sur les orientations qu'ils souhaitaient voir prendre au CILIP. Dans un contexte de coupes budgétaires et de fermetures de bibliothèque, l'un des mots qui est revenu était "advocacy". Le CILIP se doit de se faire la voix et de défendre les intérêts des professionnels de l'information et des bibliothèques.

Or, l'un des problèmes qui s'est fait jour concerne l'identité du CILIP. Vous ne connaissiez pas cet acronyme ? Et bien la plupart des citoyens britanniques non plus. En 120 années d'existence, le nom de cette association a changé à plusieurs reprises et il semble que ce dernier choix n'ait pas été des plus heureux. Le déroulé du nom est incroyablement long ("Chartered Institute of Library and Information Professionals"), et semble être devenu un véritable obstacle dans des temps où une communication claire se fait de plus en plus pressante.

Les instances dirigeantes ont donc décidé de lancer un grand chantier de "rebranding" pour modifier le nom, le logo et les visuels de l'association. Par un mail daté du 24 mai, le CILIP invitait ses membres à participer à un sondage afin d'exprimer leur avis. Et ce fut un tollé.

Le principal objet du délit : les cinq nouveaux noms proposés au vote.


Un déluge de réactions s'en est suivi, en particulier sur les réseaux sociaux. Un très grand nombre de membres étaient choqués de ne retrouver les mots "library" ou "librarian" nulle part dans les propositions. Enfin pas tous. Certains se sont trouvés heurtés qu'aucune proposition ne contienne le statut "Chartered" dont nous parlions plus haut. D'autres auraient simplement voulu proposer leur propre acronyme. Une membre a soulevé que, globalement, les questions étaient assez orientées, demandant surtout d'acter ce que le CILIP voudrait être sans vraiment s'interroger sur ce qu'il est en réalité.


Le président du CILIP s'est lui-même exprimé face au tumulte, rappelant qu'il ne s'agit que d'un sondage et non d'un vote, expliquant qu'il n'avait pas été consulté quant à son contenu et soulignant que la décision finale serait prise par les membres au travers d'un vote en septembre prochain. Il réitère aussi dans cet article l'importance pour le CILIP de pouvoir se faire entendre clairement et d'être facilement identifiable dans les débats publics.

Ce n'est pas l'avis de Tom Roper. Surfant sur le mécontentement global soulevé par le sondage, celui-ci s'est lancé dans une croisade agressive contre cet exercice de rebranding qu'il juge être une perte de temps et de ressources, requérant par pétition une assemblée générale exceptionnelle afin de mettre la question aux voix. Il a rapidement pu rassembler les 100 signatures nécessaires et l'assemblée en question se tiendra le vendredi 28 juin prochain.

Entre temps, le CILIP a proposé à ses membres, par un e-mail daté du 5 juin, un nouveau sondage, leur demandant cette fois de suggérer des idées de nom.

A suivre donc.


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