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lundi 27 octobre 2014

3 ans déjà !



Ça fait très exactement aujourd'hui trois ans que j'ai ouvert ce blog. C'était un soir d'octobre, je venais de commencer un nouveau travail à Paris, loin de mes racines grenobloises et encore remuée par le stress post-traumatique des concours.
Au cours de ces trois années, je me suis débattue pour assumer ma nouvelle identité de bibliothécaire, j'ai fini par m'habituer à la vie parisienne, j'ai décidé d'émigrer en Grande-Bretagne et j'ai découvert le métier de formatrice (en bibliothèque bien sûr) et la vie sur Londres.
Ce blog m'a accompagné dans tous ces changements identitaires et professionnels (parce que, comme bien des gens, je m'identifie très fortement à mon métier), et j'y tiens plus que je ne saurais dire. Il y a eu de grands trous pendant lesquels je n'ai pas écrits, et il y en aura très certainement encore. Parce que parfois, c'est dur de trouver un bon sujet. Parce que l'inspiration. Parce que la vie. Mais une chose est sûre : j'espère continuer à écrire dans ce petit journal virtuel encore longtemps.

Alors, pour fêter cet anniversaire, je voulais vous proposer de revisiter quelques uns de mes billets les plus populaires. En voici la liste, en commençant par celui qui, de loin, a été le plus lu :

1/ Faut-il encore des bibliothécaires ?
Il s'agit de mon tout premier résumé de conférence. C'était au salon du livre en 2012 et la conversation entre Anne-Marie Bertrand, Dominique Parot et Marie-Christine Pascal était animée par Christophe Pavlidès. Ils avaient notamment parlé des bénévoles et des autres corps de métiers que l'on peut trouver dans nos bibliothèques.

Ce billet-ci, je l'ai publié juste après le précédent, pour raconter ma réaction lorsque je me suis retrouvée dans la salle de conférence absolument bondée... et composée à 95% de femmes. Sauf sur l'estrade bien sûr. Sur scène il y avait quatre personnes dont deux hommes. Comme c'est étrange...
À l'époque, je me débattais avec l'idée de faire "un métier de fille". Je dois avouer que ça ne m'est pas encore tout à fait passé. Et ça reste l'un de mes billets préférés.

Encore un résumé de conférence, mais issu du salon de Montreuil cette fois. Les intervenants (Pascale Lapierre, Jean-Pierre Siméon, Philippe Meirieu, Lucie Placin, Robert Rui et Alain Serres) étaient absolument brillants, engagés, réfléchis. J'en garde un souvenir tout émerveillé.
Allé, une petite citation : 
"Dans ce contexte de crise, la culture est-elle nécessaire ? C’est aux poètes qu’il faut poser sérieusement les questions politiques. [...] La poésie, c’est l’éthique dont la politique a perdu le sens."

Je ne fais plus de catalogage, mais je suis toujours aussi névrosée... Combien de bibliothécaires trient comme moi compulsivement chaque aspect de leur vie ? Faut-il être névrosé pour devenir catalogueur ou la névrose se développe-t-elle en cataloguant ? Et peut-on être sauvée par ce travail maniaque ?

Le dernier billet de cette liste est beaucoup plus récent que les autres. Je l'ai composé cet été pour refléter ce que j'avais appris sur l'active learning et que je commençais tout juste à mettre application dans mes formations. Ces derniers mois, j'ai continué sur cette voie et je reste persuadée qu'il s'agit en effet de la meilleure façon de s'y prendre. Pour preuve : je vais continuer à vous en rebattre les oreilles très bientôt, avec des exemples d'activités in vivo à utiliser dans vos propres formations... Stay tuned!


Enfin, je voulais lancer de tout mon coeur un grand merci à chaque personne qui prend le temps de me lire ici de temps en temps. Car c'est bien là toute l'idée d'un journal ouvert aux grands vents de l'Internet. Merci d'être passé par ici. Merci de m'avoir donné un peu de votre temps. Merci !





jeudi 6 juin 2013

Connaissez-vous le CILIP ?

EDIT: English-speaking readers stumbling on this blog? Here are my views on CILIP and its re-branding in English.

Le CILIP, un équivalent anglais de l'ABF ?

L'une des choses qui m'a le plus frappée quand j'ai commencé à explorer le monde des bibliothèques britanniques, c'est le pouvoir très important de cette association tentaculaire qu'est le CILIP. En gros, il s'agit de l'ABF local. Enfin presque.

"CILIP" signifie "Chartered Institute of Library and Information Professionals" (institut certifié des bibliothèques et professionnels de l'information). Il a pour sous-titre "the leading professional body for librarians, information specialists and knowledge managers" (le corps professionnel principal des bibliothécaires, spécialistes de l'information et knowledge managers).

Le mot "Chartered" mérite qu'on s'y arrête un instant. Cette "certification" est une particularité des pays du Commonwealth. Il s'agit d'un statut officiel attribué par le monarque via un document formel, le "royal charter". Le statut de "chartered" donne à l'institution prestige et crédibilité. Ces institutions peuvent ensuite attribuer un statut de "chartered professional" à certains de leurs membres en reconnaissance de leur niveau de connaissance dans un domaine professionnel particulier.

C'est le cas du CILIP, qui décerne différents niveaux de certificat : "Certification" pour les assistants bibliothécaires, "Chartership" pour les bibliothécaires, "Fellowship" pour les membres "Chartered" de haut niveau et "Revalidation" pour les membres démontrant la continuité de leur développement professionnel. Ces certificats semblent vraiment une étape importante dans la vie professionnelle des bibliothécaires anglais, comme en témoigne notamment les nombreuses petites annonces précisant que le poste publié est réservé aux "Chartered librarians".

Le CILIP s'occupe aussi de gérer une base de petites annonces  incontournable pour qui cherche à travailler dans le secteur, propose un programme d'échange international, publie un journal professionnel, gère sa propre maison d'édition, et anime un groupe parlementaire. Cette liste est loin d'être exhaustive : les activités du CILIP sont très diverses et ses membres extrêmement actifs et passionnés. Ce que j'ai pu découvrir en tombant tête la première sur le grand débat en cours dans l'association...

Le rebranding-gate

Récemment, le CILIP s'est largement remis en question et a dû se réorganiser entièrement afin de rééquilibrer son budget. Ça a été pour l'association l'occasion d'un examen de conscience et d'interroger ses membres sur les orientations qu'ils souhaitaient voir prendre au CILIP. Dans un contexte de coupes budgétaires et de fermetures de bibliothèque, l'un des mots qui est revenu était "advocacy". Le CILIP se doit de se faire la voix et de défendre les intérêts des professionnels de l'information et des bibliothèques.

Or, l'un des problèmes qui s'est fait jour concerne l'identité du CILIP. Vous ne connaissiez pas cet acronyme ? Et bien la plupart des citoyens britanniques non plus. En 120 années d'existence, le nom de cette association a changé à plusieurs reprises et il semble que ce dernier choix n'ait pas été des plus heureux. Le déroulé du nom est incroyablement long ("Chartered Institute of Library and Information Professionals"), et semble être devenu un véritable obstacle dans des temps où une communication claire se fait de plus en plus pressante.

Les instances dirigeantes ont donc décidé de lancer un grand chantier de "rebranding" pour modifier le nom, le logo et les visuels de l'association. Par un mail daté du 24 mai, le CILIP invitait ses membres à participer à un sondage afin d'exprimer leur avis. Et ce fut un tollé.

Le principal objet du délit : les cinq nouveaux noms proposés au vote.


Un déluge de réactions s'en est suivi, en particulier sur les réseaux sociaux. Un très grand nombre de membres étaient choqués de ne retrouver les mots "library" ou "librarian" nulle part dans les propositions. Enfin pas tous. Certains se sont trouvés heurtés qu'aucune proposition ne contienne le statut "Chartered" dont nous parlions plus haut. D'autres auraient simplement voulu proposer leur propre acronyme. Une membre a soulevé que, globalement, les questions étaient assez orientées, demandant surtout d'acter ce que le CILIP voudrait être sans vraiment s'interroger sur ce qu'il est en réalité.


Le président du CILIP s'est lui-même exprimé face au tumulte, rappelant qu'il ne s'agit que d'un sondage et non d'un vote, expliquant qu'il n'avait pas été consulté quant à son contenu et soulignant que la décision finale serait prise par les membres au travers d'un vote en septembre prochain. Il réitère aussi dans cet article l'importance pour le CILIP de pouvoir se faire entendre clairement et d'être facilement identifiable dans les débats publics.

Ce n'est pas l'avis de Tom Roper. Surfant sur le mécontentement global soulevé par le sondage, celui-ci s'est lancé dans une croisade agressive contre cet exercice de rebranding qu'il juge être une perte de temps et de ressources, requérant par pétition une assemblée générale exceptionnelle afin de mettre la question aux voix. Il a rapidement pu rassembler les 100 signatures nécessaires et l'assemblée en question se tiendra le vendredi 28 juin prochain.

Entre temps, le CILIP a proposé à ses membres, par un e-mail daté du 5 juin, un nouveau sondage, leur demandant cette fois de suggérer des idées de nom.

A suivre donc.


Licence Creative Commons 
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 22 novembre 2012

La réponse inattendue



J'ai ouvert ce blog pour résoudre un problème simple, un problème d'identité. Sauf que je n'en avais pas encore conscience. Je venais dans les faits de devenir BAS, mais je n'arrivais pas à m'approprier cette nouvelle étiquette. Depuis plusieurs années, j'étais, dans de nombreuses facettes de mon quotidien, une aspirante bibliothécaire, voire une aspirante conservatrice. C'est pourquoi j'ai commencé ici à parler de concours : c'est l'état d'esprit dans lequel j'étais depuis longtemps et je n'avais pas encore réussi à faire le deuil de cette part de moi.
Et puis j'ai renoncé à concourir, j'ai décidé de me donner le temps de découvrir mon nouveau métier. J'ai eu quelques surprises, j'ai eu du mal à m'y faire, j'ai beaucoup tâtonné. Autour de moi, le reste de ma vie aussi était en mutation. J'ai appris à vivre dans une ville nouvelle, dans une disposition différente, dans un mode de vie différent.
J'ai passé un été mouvementé, à me demander si un jour je pourrais revenir vraiment à ma vie d'avant. Comme toujours, c'est en remontant dans le train que je me suis aperçue qu'en fait, je m'étais bien réhabituée à la vie de province et que je m'interrogeais un peu quant à l'idée de redevenir parisienne.
Enfin, l'automne est arrivé et je me suis aperçue que la métamorphose avait pris. Comme ça, sans faire de bruit. J'ai enfin le sentiment d'avoir une identité un peu stable, malgré le monde toujours mouvant autour de moi. Même si tout n'est pas encore parfaitement en place, je suis heureuse d'avoir une vie qui me permette à la fois d'exercer un métier que j'aime, de retourner régulièrement dans ma région de cœur, et parfois de partir loin, d'aller à l'aventure. Car pour pouvoir s'échapper, il faut aussi savoir que l'on peut revenir. Il faut un point de départ, un point de chute. Et au travers de mon identité professionnelle, c'est un peu ça que j'ai récupéré.

Tout ça pour dire que je reviens de Londres où j'ai passé trois jours passionnants, à faire des choses sans rapport avec le monde bibliothéconomique et à rencontrer des gens merveilleux. Mais, au soir du dernier jour, alors que j'allais repartir pour la gare, j'ai longé un bâtiment au travers des vitres duquel on pouvait voir un groupe d'enfants très animé en train d'encourager deux petits qui jouaient à un jeu vidéo. C'était la section enfant de la St Pancras Community Library.
Qu'auriez-vous fait ? Bien sûr, je suis entrée. Le tournoi FIFA 13 du jour était publicisé en grand sur les portes de la bibliothèque. Dès l'entrée, on tombait sur les présentoirs de DVD (tous très récents) et de jeux vidéos, dans une présentation tenant plus du magasin de location que de la bibliothèque traditionnelle. A droite, l'espace "youth" avec d'innombrables clones de Twilight, à gauche, l'espace informatique aux ordinateurs flambants neufs et deux automates de prêt. Le fonds était très restreint (c'est vraiment une petite bibliothèque) mais très récent et très orienté vers les besoins du public (uniquement des guides de voyages dans les 900 par exemple). Les fictions, dans de petites étagères basses, étaient divisées entre "romances" et "thrillers". Un groupe de tous âges discutait dans le petit "study space" et semblait comparer des cartes de visite. Pendant les quelques minutes que m'a pris ce petit tour des lieux, je n'ai pu réprimer le grand sourire sur mes lèvres. A ce moment-là, je n'étais plus une simple touriste dans la capitale britannique, j'étais une bibliothécaire en goguette. J'étais une bibliothécaire.

Depuis plusieurs semaines, je jouais avec l'idée de fermer ce blog. Je n'ai plus de problème, j'ai enfin trouvé mon identité professionnelle, je n'ai donc plus grand chose à dire sur le sujet et mes billets brillent surtout par leur absence. Je ne sais pas si je continuerais à écrire ici. Je crois qu'en fait, je préfère que le monde du travail reste entre les murs de mon établissement, pas vraiment qu'il entre dans l'intimité de mes soirées et de mon ordinateur portable. Mais peut-être continuerais-je à venir partager ici quelques pensées ou quelques trouvailles. Parce que, même en fermant la porte du bureau pour m'en retourner vers les affres de ma vie personnelle, même en randonnant à coeur joie sur un flanc de montagne, même en me baladant dans une ville inconnue, il semblerait qu'en fait, aux tréfonds de moi-même, je reste une bibliothécaire.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Highgate Cemetery de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.