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lundi 27 juillet 2015

Quand le bibliothécaire persécute l’usager





Lors du congrès de l'ABF 2015, en plus de présenter mon poster, j'ai pu assister à quelques conférences intéressantes.

Voici les notes que j'ai prises au cours d'une séance fort amusante intitulée "Quand le bibliothécaire persécute l'usager : interdits et usages illégitimes".

Cette table ronde s'est déroulée en trois temps, avec trois interventions autour du thème central.

La session était modérée par Céline Vidal, présidente du groupe ABF Languedoc-Roussillon.


Comment dégoûter un lecteur assidu ? - Marielle de Miribel


Marielle de Miribel est conservatrice en chef, chargée de mission qualité au bureau des bibliothèques de la ville de Paris.


- Avoir des locaux miteux, en particulier des toilettes sales ou fermées.

- Un lieu anonyme qui conduit à ne pas se sentir chez soi. Avoir des portes lourdes, peu ou une mauvaise signalétique.

- La mine revêche : il faut sourire… à bon escient !

- Abuser les lecteurs timides : le bibliothécaire se conduit en prescripteur (il sait mieux que vous !), il est là pour faire du “sauvetage” (il faut à tout prix les faire lire… “Si tu prends une BD, il faut aussi que tu prennes un ‘vrai’ livre.”).

- Un vrai capharnaüm : pas de désherbage, des piles de livres partout, et, au final, une sensation d’étouffement.

- Des réponses évasives : du personnel incompétent à l’accueil, aucun document papier à donner au lecteur pour l’aider à s’orienter.

- Déprécier le lecteur : certains collègues n’hésitent pas à humilier les lecteurs publiquement.

- Le bibliothécaire inquisiteur : des sanctions trop fortes, injustes.

- Décider à la place du lecteur.

- Ignorer les lecteurs, c’est tout un art :

> Indifférence : faire comme si on était seul, pas de contact visuel, faire attendre.

> Impatience : faire comprendre au lecteur qu’on a autre chose de plus important à faire ; s’en aller quand un lecteur arrive.

> Suspicion : passer derrière les lecteurs pour vérifier ce qu’ils font...

> Mépris : c’est au lecteur de s’adapter et de se soumettre. Le bibliothécaire ne se déplace pas.





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À quoi sert le règlement ? - Anne-Christine Collet


Anne-Christine Collet travaille au SCD de l'Université Lyon 1.


Le règlement cadre l’offre collective qui est sensée répondre aux besoins de tous.

Il est porteur d’une norme sociale, c’est un contrat social : le règlement ne contraint pas seulement, il libère aussi.

Très vite, on trouve dans les règlements de bibliothèques des mentions d’exclusion.

Lors de la rédaction, il faut faire attention au vocabulaire. Par exemple, “le prêt est consenti” donne l’impression que l’on fait une faveur au lecteur.

Souvent, l’inscription est soumise à l’apport d’une pièce d’identité, d’un justificatif de domicile, etc.

Pourrait-on s’appuyer sur les remarques des usagers pour adapter le règlement ?

On pourrait aussi accompagner le règlement d’une charte d’accueil.


Intervention de la salle :

La bibliothèque de Dunkerque est gratuite et les inscriptions se font sans documentation. Cela a permis d’augmenter le nombre d’usagers, en particulier chez les migrants, précaires.


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“Fais pas ci, fais pas ça : les interdits en bibliothèque” - Anne Verneuil / Adèle Spieser


Présentation par Anne Verneuil (présidente de l'ABF) du mémoire d'étude d'Adèle Spieser (directrice adjointe de la médiathèque Marguerite Duras, Ville de Paris). Pour lire ce mémoire dans son intégralité, c'est par ici.


Il y a une sacralisation du lieu, du livre.

Les interdits proviennent d’une crainte pour l’ordre public. Les comportements interdits dépendent du secteur de la bibliothèque :
  • En bibliothèque patrimoniale, les interdits portent sur les documents.
  • En BU, ils cherchent à favoriser le travail.

La bibliothèque étant un espace public, les interdits soulignent que “on n’est pas chez soi”.

Néanmoins, on observe que le libre accès est en augmentation, qu’il y a une automatisation des prêts, que l’anonymat devient possible.

La bibliothèque est un lieu légitime. Par exemple c’est souvent un lieu que les adolescents peuvent fréquenter seuls.

On observe souvent des signalétiques autoritaires, des logos en forme de sens interdit.

Les ambigüités peuvent conduire à des conflits.

Certaines bibliothèques utilisent des méthodes de surveillance : vidéo, vigiles… Mais la médiation est à privilégier !

On utilise aussi des systèmes antivol, des systèmes de contrôle des PC pour éviter les téléchargements, etc.

Lorsqu’il y a transgression, c’est que le lecteur ne sait pas, qu’il oublie, ou parfois qu’il y a opposition.

Pour harmoniser les interventions, il est bon d’avoir une charte d’accueil destinée aux personnels. Peut-être faudrait-il interdire moins pour accueillir mieux ?

Il peut y avoir différents espaces pour différentes pratiques


Anne Verneuil suggère d’appeler le lecteur “client” afin de souligner qu’il a le choix parmi différentes offres.

Dans sa bibliothèque, le règlement est strict afin de pouvoir se protéger en cas de problèmes. Mais les bibliothécaires se montrent volontairement tolérants au jour le jour.

Lorsqu'on interdit, il faut dire, expliquer pourquoi et remercier le lecteur !

Il est bon de pouvoir recruter des non-bibliothécaires : leur regard extérieur peut permettre de ne pas faire les choses juste parce qu’on a toujours fait comme ça…

Dans l’imaginaire collectif, il existe des règles spécifiques qui s'appliquent au bibliothèques. Les lecteurs peuvent se sentir coupables ou tout du moins conscient de leur transgression. Pourtant, ces règles n'existent pas forcément dans le règlement de la bibliothèque qu'ils fréquentent !


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[EDIT] Je viens de m'apercevoir qu'il y avait eu une captation vidéo de la conférence. Vous pouvez donc la regarder ici, comme si vous y étiez !
Et voici la présentation de la première intervenante.


lundi 27 octobre 2014

3 ans déjà !



Ça fait très exactement aujourd'hui trois ans que j'ai ouvert ce blog. C'était un soir d'octobre, je venais de commencer un nouveau travail à Paris, loin de mes racines grenobloises et encore remuée par le stress post-traumatique des concours.
Au cours de ces trois années, je me suis débattue pour assumer ma nouvelle identité de bibliothécaire, j'ai fini par m'habituer à la vie parisienne, j'ai décidé d'émigrer en Grande-Bretagne et j'ai découvert le métier de formatrice (en bibliothèque bien sûr) et la vie sur Londres.
Ce blog m'a accompagné dans tous ces changements identitaires et professionnels (parce que, comme bien des gens, je m'identifie très fortement à mon métier), et j'y tiens plus que je ne saurais dire. Il y a eu de grands trous pendant lesquels je n'ai pas écrits, et il y en aura très certainement encore. Parce que parfois, c'est dur de trouver un bon sujet. Parce que l'inspiration. Parce que la vie. Mais une chose est sûre : j'espère continuer à écrire dans ce petit journal virtuel encore longtemps.

Alors, pour fêter cet anniversaire, je voulais vous proposer de revisiter quelques uns de mes billets les plus populaires. En voici la liste, en commençant par celui qui, de loin, a été le plus lu :

1/ Faut-il encore des bibliothécaires ?
Il s'agit de mon tout premier résumé de conférence. C'était au salon du livre en 2012 et la conversation entre Anne-Marie Bertrand, Dominique Parot et Marie-Christine Pascal était animée par Christophe Pavlidès. Ils avaient notamment parlé des bénévoles et des autres corps de métiers que l'on peut trouver dans nos bibliothèques.

Ce billet-ci, je l'ai publié juste après le précédent, pour raconter ma réaction lorsque je me suis retrouvée dans la salle de conférence absolument bondée... et composée à 95% de femmes. Sauf sur l'estrade bien sûr. Sur scène il y avait quatre personnes dont deux hommes. Comme c'est étrange...
À l'époque, je me débattais avec l'idée de faire "un métier de fille". Je dois avouer que ça ne m'est pas encore tout à fait passé. Et ça reste l'un de mes billets préférés.

Encore un résumé de conférence, mais issu du salon de Montreuil cette fois. Les intervenants (Pascale Lapierre, Jean-Pierre Siméon, Philippe Meirieu, Lucie Placin, Robert Rui et Alain Serres) étaient absolument brillants, engagés, réfléchis. J'en garde un souvenir tout émerveillé.
Allé, une petite citation : 
"Dans ce contexte de crise, la culture est-elle nécessaire ? C’est aux poètes qu’il faut poser sérieusement les questions politiques. [...] La poésie, c’est l’éthique dont la politique a perdu le sens."

Je ne fais plus de catalogage, mais je suis toujours aussi névrosée... Combien de bibliothécaires trient comme moi compulsivement chaque aspect de leur vie ? Faut-il être névrosé pour devenir catalogueur ou la névrose se développe-t-elle en cataloguant ? Et peut-on être sauvée par ce travail maniaque ?

Le dernier billet de cette liste est beaucoup plus récent que les autres. Je l'ai composé cet été pour refléter ce que j'avais appris sur l'active learning et que je commençais tout juste à mettre application dans mes formations. Ces derniers mois, j'ai continué sur cette voie et je reste persuadée qu'il s'agit en effet de la meilleure façon de s'y prendre. Pour preuve : je vais continuer à vous en rebattre les oreilles très bientôt, avec des exemples d'activités in vivo à utiliser dans vos propres formations... Stay tuned!


Enfin, je voulais lancer de tout mon coeur un grand merci à chaque personne qui prend le temps de me lire ici de temps en temps. Car c'est bien là toute l'idée d'un journal ouvert aux grands vents de l'Internet. Merci d'être passé par ici. Merci de m'avoir donné un peu de votre temps. Merci !





mardi 16 septembre 2014

La London Library

Cette année, j'ai visité pas mal de bibliothèque londoniennes, en partie pour pouvoir les ajouter au portfolio de mon Chartership, et surtout parce que certaines branches du Cilip organisent régulièrement des visites de diverses bibliothèques ce qui permet d'assouvir sa curiosité bibliothéconomique très facilement !
Mais de toutes celles que j'ai visitées, celle qui m'a le plus marqué c'est de loin la London Library. Si vous avez l'occasion de passer sur Londres, profitez donc des visites gratuites qu'ils organisent tous les lundis, ça vaut le détour !
Mais commençons par le commencement...


Création

La London Library a été fondée par Thomas Carlyle en 1841. Il n'aimait pas la British Library, qu'il trouvait trop bruyante et il n'aimait pas avoir à passer par les bibliothécaires pour pouvoir accéder aux livres. Il a donc décidé de créer une bibliothèque où l'on se sentirait comme à la maison, ou peut-être plutôt comme dans un club.


Le bureau d'accueil en 1935. Crédit photo : Sylvia Lewes

Les collections

Aujourd'hui, les collections de la London Library comptent plus d'un million de livres. Ils ne sont jamais désherbés, sauf les doublons des livres non-populaires. Environ 70% des collections ont été entrées dans leur OPAC mais le reste attends son tour pour être catalogué rétrospectivement. Du coup, les registres papiers (tapés à la machine ou écrits à la main !) doivent encore être utilisés.
Le premier bibliothécaire a inventé un système de classification spécifique pour la bibliothèque. Il est organisé alphabétiquement par sujets, afin d'être plus facile d'utilisation pour les non-bibliothécaires et d'encourager la sérendipité en mettant côte à côte des livres de sujets très différents.

Les collections se concentrent sur les humanités, en particulier la litérature, l'histoire et l'art. Les collections en français, allemand, italien, espagnol et russe sont aussi particulièrement importantes.

La collection de monographie inclut des livres datant du XVIème siècle à nos jours. Environ 8 000 titres sont ajoutés aux collections chaque année, ce qui oblige la bibliothèque à rajouter environ 800 mètres de rayonnages supplémentaires tous les trois ans. Cette expansion combinée à l'absence de désherbage explique pour la bibliothèque a dû beaucoup s'agrandir depuis le début de son existence. On en est au point où elle occupe tout un pâté de maisons au plein centre de Londres. Avec la récente addition de la maison de T.S. Eliot (qui était adjacente à la bibliothèque), ils estiment avoir assez de place pour les 25 prochaines années. Après ça, il leur faudra construire des extensions au-dessus des bâtiments actuels.

Dans la "Times room", la London Library possède une collection de toutes les éditions du Times depuis son ouverture. Elle possède plus de 750 titres dans sa collection de périodiques vivants et possède 2 500 titres de plus pour ses périodiques morts, certains remontant au XVIIIème siècle.
De plus, la bibliothèque souscrit à plus de 200 journaux en ligne et propose à ses membres un accès à JSTOR.

Les acquisitions (pour les périodiques comme pour les monographies) sont faites sur demande des membres et pour compléter certains trous dans les collections. La bibliothèque reçoit aussi de nombreuses donations de membres vivants ou décédés.

Les rayonnages dans le bâtiment le plus ancien.
Crédit Photo : Christopher Simon Sykes

Les Services

97% des collections sont en libre accès, ce qui signifie que d'innombrables étages de rayonnages et salles d'archives sont librement accessibles à ses membres. Toutes les étagères sont suffisamment basses pour être accessibles par la plupart sans aide. 
Une particularité intéressante vient du système d'aération, inventé pendant la construction du bâtiment victorien le plus ancien : pour laisser passer l'air librement, les sols des archives sont des espèces de grilles en fer forgé (vous pouvez les apercevoir dans la photo ci-dessus), ce qui permet de voir à travers les nombreux étages du bâtiment.

Des bureaux et des chaises sont dispersés un peu partout dans la bibliothèque, mais il y a aussi des salles d'étude dont une complètement silencieuse où les ordinateurs portables sont interdits et où un silence strict doit être respecté.
De nombreux membres utilisent la bibliothèque comme leur bureau, venant chaque jour à heure fixe et utilisant toujours le même espace de travail. Les écrivains apprécieraient particulièrement de se sentir ainsi un peu moins seul dans leur travail solitaire.


L'une des salles de lecture. Crédit Photo : Philip Vile

Les membres vivant à moins de 30 km de la bibliothèques peuvent emprunter 10 documents. Ceux qui vivent plus loin peuvent en emprunter 15. Il est possible d'emprunter jusqu'à 40 documents moyennant paiement d'un extra. La période de prêt normale est de deux mois mais peut être pronlongée indéfiniment tant que le document n'a pas été réservé par un autre membre.

Les sacs d'une taille supérieure à une feuille A4 et de la profondeur d'un livre relié doivent être laissés dans des casiers du hall d'entrée. Des sacs plastiques sont distribués aux membres pour qu'ils puissent transporter quelques objets indispensables dans la bibliothèque.


Ses membres

Vu qu'elle est complètement indépendante, l'existence de la London Library dépend entièrement des droits d'inscriptions payés par ses membres, des dons et des collectes de fonds, ainsi que de la gestion prudente de ses ressources. Elle ne reçoit aucune subvention du gouvernement.
La bibliothèque a connu un grand nombre de membres célèbres qui ont joué un rôle central dans la vie intellectuelle du Royaume-Uni (Agatha Christie, Charles Darwin, Charles Dickens, Virginia Woolf, Arthur Conan Doyle, T.S. Eliot, Winston Churchill,...). Pendant longtemps, l'inscription était réservée aux hommes mais la bibliothèque se vante désormais d'être ouverte à tous.
Dans les faits, l'inscription annuelle vaut £475 (environ 600€). Elle est payable mensuellement et un taux à 50% est proposé aux jeunes de 16 à 24 ans. Elle propose aussi un système d'aide pour les futurs membres n'ayant pas les moyens de payer la totalité de l'inscription annuelle, permettant de couvrir 30 à 60% des frais d'inscription.

Un lecteur, en 1935. Crédit Photo : Sylvia Lewes

Mon opinion

La London Library se présente comme une bibliothèque d'étude fantastique, centrée sur le confort de ses membres (avec sa salle silencieuse, sa politique de libre accès aux collections, ses périodes de prêt infiniment extensibles). La liste de ses membres et de ses présidents est vraiment impressionnante et des bâtiments eux-mêmes émane un parfum d'histoire et de littérature. Elle est vraiment superbe et surprenante (les différents architectes qui ont travaillé sur ses bâtiments ont fait un excellent travail), et ses collections sont incroyables.

Mais autant j'aimerais l'utiliser en tant que lectrice, autant elle m'apparaît professionnellement peu attrayante. Je pense particulièrement à la perspective décourageante de l'immense catalogage rétrospectif qui doit encore y être mené, et sa politique stricte de non-désherbage. Si elle continue sur cette voie, la London Library peut s'attendre à être confrontée à de sérieux problèmes structurels dus au manque d'espace pour accueillir ses collections envahissantes.


Toutes les photos de ce billet proviennent du site de la London Library et sont protégées par copyright. Vous pouvez retrouver ici les photos historiques et ici les photos actuelles.

mardi 9 septembre 2014

Rentrée universitaire et accueil des nouveaux publics

C'est la rentrée ! Je ne sais pas ce qu'il en est de par chez vous, mais de mon côté j'ai passé l'été à préparer l'accueil que nous allons donner à nos nouveaux étudiants quand ils vont débarquer à la mi-septembre. C'est donc l'occasion de faire le point sur les différentes méthodes qui peuvent être utilisées pour transmettre aux nouveaux publics les informations qui leurs seront nécessaires pour utiliser au mieux nos services.

La visite, toujours reine

Si on en a les moyens humains, faire visiter directement les locaux par de petits groupes au cours des journées de rentrée, reste l'idéal. Ça combine le contact humain direct (on parle avec eux, ils peuvent poser des questions), et un contexte moins propice à l'endormissement que l'intervention en amphithéâtre...
Dans ma bibliothèque, c'est malheureusement impossible. D'une part, notre espace est si petit que c'en serait presque ridicule. D'autre part, nous n'avons tout simplement pas assez de personnel pour gérer à la fois inscriptions et potentielles visites.
Le problème c'est que les visites sont extrêmement chronophages et répétitives (les groupes doivent être suffisamment petits pour pouvoir se déplacer rapidement et sans faire trop de bruit, du coup on recommence dix fois par jour). De ce fait, ce n'est pas toujours possible à mettre en place par les bibliothécaires, ni insérable dans l'emploi du temps serré des étudiants.

La visite autonome

Elle est sur ma liste depuis des années mais je n'ai toujours pas trouvé l'occasion de la mettre en place. Ça marche bien dans des bibliothèques assez grandes et ça peut permettre d'être assez créatif ! L'idée c'est de donner aux étudiants un support (papier, podcast, application pour tablette, ...) qui va les inciter à faire le tour de la bibliothèque (éventuellement au moyen d'appâts comme des chocolats cachés dans les rayons... et la visite devient une chasse aux trésors !) et leur apprendre au passage ce qu'ils ont besoin de savoir sur le fonctionnement des lieux (avec des panneaux explicatifs, des QR codes menant vers de courtes vidéos ou des fichiers audios...).

L'un des ateliers auxquels j'ai assisté cette année faisait la démonstration de l'application de réalité augmentée Aurasma. Quand on capture une "image déclencheuse" (par exemple une image particulière affichée dans votre bibliothèque), cela ouvre automatiquement un lien ou un fichier (une vidéo par exemple). Ce serait idéal pour ce genre de visite autonome, en utilisant des tablettes prêtées par la bibliothèque ou les propres smartphones des étudiants (il leur serait juste nécessaire de télécharger l'application).

L'intervention en classe

Autre classique, le passage du bibliothécaire dans l'amphithéâtre au cours de la journée de rentrée. Le problème : on n'a généralement que quelques minutes et les étudiants sont tellement bombardés d'information qu'on peut s'attendre... à ce qu'ils ne retiennent absolument rien.
D'où l'idée de faire quelque chose d'un peu mémorable afin que, même s'ils ne se souviennent pas du règlement de prêt ou des heures d'ouvertures, ils aient un a priori positif vis-à-vis de la bibliothèque et des bibliothécaires, ce qui les rendra plus susceptibles de venir nous voir et nous poser des questions.

L'un des grands classiques, c'est la méthode céphalonienne. Inventée à Cardiff (d'où le nom), le principe est que, lorsque les étudiants entrent dans la salle, on distribue à quelques uns d'entre eux des fiches de couleurs avec des questions. Chaque couleur correspond à un thème (par exemple : le bâtiment, les conditions de prêt, les ressources en ligne...). Pendant la présentation, le bibliothécaire demande une question de couleur jaune par exemple, et attend qu'un élève se décide à poser sa question. On saute alors dans le PowerPoint jusqu'à la diapositive présentant la réponse à cette question, puis on passe à la suivante, etc., jusqu'à ce que toutes les diapositives aient été couvertes.
Une collègue britannique a inventé une variante : au lieu de distribuer des fiches questions, elle a créé un gros dé en carton et elle demande à des volontaires de jeter le dé puis de lire la question apparue sur la face supérieure. Seul problème : on peut tomber plusieurs fois sur la même face et il faut alors relancer. De plus, si vous ne voulez pas vous lancer dans un exercice de géométrie trop complexe, il va vous falloir vous limiter à six questions.

De mon côté, j'ai envie de jouer au library Bingo avec mes étudiants. Deux possibilités : soit on leur distribue des cartes avec une grille de bingo sur laquelle, à la place des chiffres, on trouve des logos d'outils en relation avec la bibliothèque. Puis on lance la présentation (comme ce Prezi de Zoe Thomas) et le premier à avoir vu tous les logos de sa carte gagne.
Soit, on invite les étudiants à créer leur propre carte de bingo en leur demandant par exemple d'écrire six ressources qu'on peut retrouver dans la bibliothèque. Puis on fait apparaître une liste des ressources qui s'y trouvent effectivement (en commençant par les moins évidentes...) et le premier à avoir coché toutes les ressources de sa carte a gagné. 
Dans un cas comme dans l'autre, on explique au fur et à mesure la signification des logos / comment accéder aux diverses ressources. L'investissement matériel est minimum : des cartes de bingo imprimées par vos soins plus un powerpoint. Et le public reste attentif car il veut savoir si le prochain item sera sur sa carte. Apparemment ça marche encore mieux s'il y a un petit quelque chose à gagner...

L'induction en ligne

Enfin, une dernière possibilité serait une introduction à la bibliothèque entièrement en ligne. C'est un bon moyen de réduire l'anxiété de ceux qui se sentent intimidés à l'idée d'entrer dans une bibliothèque (si, si, il paraît que ça existe) et surtout d'atteindre tous ceux que nous n'aurions pas eu l'occasion de rencontrer sur place, par manque de temps, du fait de la complexité des universités multi-sites, les étudiants faisant leurs études à distance ou pour les personnes en situation de handicap.
Il peut s'agir d'une visite guidée virtuelle, en photos ou avec des vidéos associées aux différentes salles, un peu comme cette visite virtuelle de l'université de Gloucestershire.
Mais plus que des lieux, nous allons aussi chercher à présenter des services. Là encore, les possibilités sont infinies, de la présentation prezi aux vidéos (voici deux exemples anglo-saxons).
L'idéal serait de multiplier les supports afin de permettre aux futurs lecteurs d'aborder la présentation de la manière qui leur est la plus confortable.
Personnellement, je travaille à préparer quelques vidéos afin de toucher les étudiants que je ne pourrais pas voir directement (certains groupes ont un emploi du temps ultra serré) tout en mettant en place des sections de notre Moodle spécifiquement à leur intention.

Et vous, qu'avez-vous prévu pour accueillir vos étudiants cette année ?

vendredi 17 mai 2013

Je suis venue vous dire...


Certains l'auront déjà vu sur Twitter : je viens d'ouvrir un deuxième blog, un blog-frère de celui-ci, un blog en anglais. Pourquoi ? Parce que j'ai envie, j'ai besoin de raconter une histoire. Une histoire qui m'exalte et qui me terrifie, une histoire que je veux partager quelqu'en soit l'issue : j'ai décidé d'essayer de partir travailler en Grande-Bretagne. Je ne sais pas encore vraiment comment, ni même si j'y parviendrais vraiment, mais en tout cas, j'ai décidé d'essayer.

Du point de vue du blog, que va-t-il se passer ? Et bien, si ça vous tente, je vous raconterais un peu mes découvertes et mes déconvenues. En particulier, toutes ces différences que je relève peu à peu entre nos pratiques des deux côtés de la Manche.
Le blog en anglais, And Books Will Fly, ne sera pas une copie conforme de celui-ci. Il va néanmoins reprendre le contenu de certains de mes précédents articles, mais essaiera aussi de raconter à de potentiels lecteurs britanniques comment ça marche ici, le monde des bibliothèques. D'ailleurs, si vous avez des suggestions, je suis preneuse !
Bref, je le veux comme un exercice de réflexion autant qu'un exercice de style (et là, je dois avouer que ça me démangeait depuis longtemps d'avoir l'occasion de travailler ma rédaction anglaise).

Du coup, je voulais juste vous prévenir de ne pas vous étonner si, dans les semaines à venir, je me mets à vous parler du CILIP, de chartered librarians ou d'equal opportunities. Ce n'est que mon cerveau qui pédale pour se dépêtrer dans toutes ces étranges anglaiseries...

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en juin 2012 à Londres.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

vendredi 29 mars 2013

Evaluer la bibliothèque - Salon du Livre 2013


Encore cette année, j'ai pu assister à quelques conférences données à l'occasion du Salon du Livre 2013. Je vous retranscris ci-dessous celle qui m'a parue la plus intéressante parmi les quelques unes dont j'ai été témoin. Notez bien néanmoins, qu'il s'agit d'une retranscription à partir de mes notes : certains intervenants parlaient assez vite et l'ensemble des communications étaient denses. J'ai donc fait mon possible pour noter le plus de choses possibles, mais les phrases reproduites ci-dessous ne sont pas exactement celles qui ont été prononcées par les intervenants. J'espère néanmoins leur être restée relativement fidèle.

***

Evaluer la bibliothèque


Les intervenants :

Valérie Alonzo, adjointe à la direction de la Bibliothèque interuniversitaire Cujas
Pierre-Yves Renard, directeur du Bibliopôle (réseau de lecture du conseil général du Maine et Loire)
Iegor Groudiev, responsable de l’Observatoire de la lecture publique
Animé par Martine Poulain, directrice de la bibliothèque de l’INHA
Valérie Alonzo et Pierre-Yves Renard ont co-dirigé l’écriture du livre Evaluer la bibliothèque, paru en décembre 2012 au Cercle de la Librairie. C'est à l'occasion de cette parution qu'était organisée cette rencontre.

Intervention de Valérie Alonzo :

Aujourd’hui, il y a consensus sur la nécessité de l’évaluation en bibliothèque. On a observé un essor récent lié à l’évolution de l’environnement institutionnel.
Il existe un aspect idéologique. Le fait qu’on aboutisse à des indicateurs chiffrés donne une impression d’objectivité. L’évaluation des politiques publiques se faisait auparavant dans un contexte d’aisance budgétaire et d’un gouvernement socio-démocrate. Elles avaient pour objectif des politiques publiques mieux adaptées, organisées par des organismes centralisés. Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans un contexte de restrictions budgétaires et de gouvernement plus conservateur, il s’agit plutôt de justifier et de guider les réductions de budget.
L’essor qu’a connu l’évaluation des bibliothèques s’est fait plutôt dans ce contexte. Mais il ne s’agit pas seulement d’une aide à la prise de décision mais aussi de montrer les capacités de l’Etat à mener des politiques publiques.

D’autre part, le niveau d’intervention a changé. La décentralisation n’est certes plus une nouveauté du coté de la lecture publique. Mais le phénomène a fait une apparition plus récente en bibliothèque universitaire du fait de la LRU. Ses effet ont inclus des démarches de contractualisation, un questionnement des objectifs au niveau local comme national, etc. On fait face à une pluralité d’acteurs : décideurs locaux, usagers, instances d’évaluation et de contrôle. La contractualisation a entraîné une segmentation : les contrats se font sur des objectifs ciblés. En bibliothèque universitaire, on divise les étudiants en catégories (les licences, les élèves en difficultés, etc.). Les bibliothèques doivent se distinguer les unes des autres : elles proposent donc de nouveaux services, répondent à des demandes ciblées qui font donc l’objet d’indicateurs morcelés.

Les travaux à mener se complexifient : alors quels indicateurs pour mesurer le portrait des bibliothèques ? Il faut interroger ses objectifs. Il faut adopter plusieurs points de vue (le citoyen, l’usager, le contribuable) et la réponse à ces demandes ne se fait pas de la même façon. Les incertitudes quant aux missions se traduisent par un travail se recentrant sur la satisfaction des utilisateurs. On va donc faire des mesures de coût et d’impact pour arriver à se comparer dans le temps et avec d’autre (benchmarking).
La comparaison dans le temps se fait depuis un moment via l’utilisation de tableaux de bord. Cela permet d’observer les évolutions et de fixer des objectifs à atteindre.
Le benchmarking pose des questions méthodologiques du fait de l’hétérogénéité des données et des établissements. Il est effectué le plus souvent au niveau national car il est plus facile de savoir ce que l’on compare. La collecte au niveau national de ce type de données est connue et l’on dispose d’un réservoir de statistiques important et sur le long terme, ce qui est très utile pour dégager des synthèses et chercher des informations à la source de manière fine.
Les comparaisons internationales sont importantes mais plus difficiles. Il s’agit de montrer des tendances, de chercher des pistes d’évolutions.

Dans le cas d’une démarche qualité, on va retrouver la question de l’usager. On y a souvent recours dans le cadre d’une volonté de diagnostique de la fonction d’accueil (sur lesquelles les bibliothèques travaillent de plus en plus). Elle répond à une ambition d’amélioration des services.
La Charte Marianne est beaucoup utilisée dans les collectivités locales. Elle est souvent mise en place par ce biais en bibliothèque. Elle a été déclinée en une boîte à outils : Qualibib. Il s’agit d’une bonne introduction à la démarche qualité, proposant des exemples très concrets sur ce qui peut être mesuré.
La BnF, la BPI et les BU se la sont appropriée. Un accélérateur a été mis en place par la DGME.
Les enquêtes de publics existent depuis très longtemps en BM. Elles sont surtout intéressantes si elles sont mises en place régulièrement. Il faut ensuite communiquer auprès des publics à la fois les résultats de l’enquête et les démarches ensuite mises en place.
En BU, leur utilisation a augmenté avec l’arrivée de LibQual+, enquête américaine transposée en France. Cette enquête insiste beaucoup sur la satisfaction telle qu’elle est perçue par le public, ce qu’il pense.
Les enquêtes se sont développées sous la pression institutionnelle et en réponse à des constats alarmants ou alarmistes sur la baisse de fréquentation des bibliothèques, l’utilisation des documents en ligne.

La recherche est l’expérimentation concernant le coût et l’impact des bibliothèques est une entreprise délicate. Des travaux sont en cours au niveau international pour aboutir à des normes AFNOR / ISO.
Combien coûte un prêt ? Combien coûte un utilisateur ? Pourquoi voudrait-on mesurer ça ? Beaucoup de moyens sont déployés pour mesurer l’impact, mais à quoi cela sert-il ? Il s’agit d’adresser les missions de la bibliothèque. D’un point de vue social, on va étudier l’impact sur les utilisateurs (l’utilisation de la bibliothèque permet-elle un changement de comportement, de connaissances, de compétences ?) mais aussi sur les communautés (en quoi la présence de la bibliothèque est-elle valorisante pour la communauté ?). Des travaux sont en train d’être menés au sein de l’IFLA et notamment sur des retours d’expérience nord-américains.
La valeur de la bibliothèque peut se traduire en valeur monétaire pour des services tels que la formation à la recherche documentaire ou la fourniture de documents.

Il est de plus en plus difficile de dresser le portrait des bibliothèques. Elles sont très dynamiques et ont beaucoup d’atouts. Les bibliothèques possèdent déjà une tradition d’échange sur les pratiques et de retours d’expérience. La question reste posée quant à la sélection des indicateurs : il faut qu’ils permettent de répondre à des politiques ciblées tout en permettant d’obtenir une vision générale des bibliothèques.
La question de la temporalité doit prendre en considération la possibilité de mettre à jour la communication interne et externe de la bibliothèque. Elle peut suivre le rythme de l’année budgétaire ou des mandats des élus dont dépend la bibliothèque.
La définition des indicateurs doit répondre à la question : que cherche-t-on à mesurer ? Sur le sujet, des normes internationales sont en cours de révision.

Intervention de Pierre-Yves Renard :

Le nom « Bibliopôle du conseil général » met en avant le commanditaire, souligne son intervention. On est toujours tiré entre la satisfaction du public et la satisfaction des missions assignées par la puissance publique. C’est sur ces dernières qu’on possède le moins d’éléments.
L’évaluation peut se faire à la fois en interne et entre bibliothèques. Il existe pour cela des outils et des concepts. Mais l’évaluation change-t-elle la bibliothèque et sa façon de fonctionner ? Il s’agit là de l’étape suivante de réflexion.

L’évaluation prend parfois l’aspect d’un affreux spectre managérial. Le livre dont la publication a donné lieu à ce débat a pour objectif de donner aux bibliothécaires les connaissances nécessaires pour savoir comment jouer ce jeu.
En France, il n’existe pas d’exemple d’une structure pilotée principalement par l’évaluation. Les outils et les méthodes viennent surtout de la sphère privée qui a pour objectif la maximisation du profit. L’évaluation est toujours marquée par cette origine, il n’existe pas d’outils complètement adaptés. Dans le contexte actuel de restrictions budgétaires, l’évaluation garde cette orientation.
Il existe un problème de maturité de l’organisation publique. La commune, le département raisonnent-ils aussi sur l’évaluation de manière aussi avancée ? Les responsables ne sont ni recrutés ni sanctionnés vis-à-vis d’objectifs atteints ou non. Il y a des intentions mais pas d’explicitation. Or évaluation dit explicitation : on met des chiffres sur des activités, on voit comment cela fonctionne.
Les établissements n’ont pas toujours d’idées très claires quant à leurs objectifs à atteindre. C’est moins le cas en BU (par exemple : « soutenir la réussite en licence ») mais cela reste assez flou en lecture publique (par exemple : « toucher le plus grand nombre »). On reste donc à la surface des choses, on ne va pas au bout de la logique d’évaluation. La responsabilité de cet état de lieux va aux bibliothèques mais aussi aux élus qui ne sont pas toujours explicites dans leurs demandes.
En contre-exemple, on peut nommer la bibliothèque de Mississauga, au Canada. Elle fait l’objet d’un processus d’efficacité organisationnelle comprenant un management annuel, un plan stratégique sur trois ans avec un dialogue sur les objectifs et les moyens avec la municipalité, un processus d’organisation du workflow. Au final, 50% de la population de la ville est inscrite à la bibliothèque.
Qu’est-ce que mesurer le succès ? C’est se confronter aux intentions des bibliothèques et non à leurs moyens, à leurs voisins ou aux établissements plus riches.
Il n’y a pas de maturité complète du processus d’évaluation dans les bibliothèques française. Dans les démarches d’évaluation, le plus intéressant n’est pas le résultat mais le processus.

Les BDP sont des relais pour l’évaluation car elles touchent un grand nombre de points d’accès au livre. Sur le réseau du Maine et Loire, une démarche a été engagée : la commune doit mettre un certain nombre de moyens pour que le Bibliopôle puisse intervenir. Dans ce dialogue avec les élus, l’évaluation est un levier qui a permis de faire avancer les choses. Le service a augmenté via cette démarche évaluative et non via les résultats de l’évaluation.  L’évaluation peut être un vecteur de succès en bibliothèques en permettant de demander des moyens.

Transition de Martine Poulain :

L’évaluation permet de poser des objectifs et des sous-objectifs situés dans le temps, ce qui n’est pas assez fait en bibliothèque. Mais ces objectifs peuvent aussi s’avérer différents voire contradictoires en fonction des différents types de bibliothèques, même au sein d’un même réseau.

Intervention de Iégor Groudiev :

L’ambition du ministère de la culture est de repenser le dispositif de statistiques concernant les bibliothèques. Cela concerne le pilotage national mais aussi la mise à disposition d’un outil pour se mettre dans une démarche d’évaluation à tout niveau en lecture publique. Certains établissements ont peu de moyens techniques et financiers à y consacrer. Le ministère cherche à répondre à ce type de besoins au travers d’un dispositif pouvant convenir à tous les échelons.
L’outil de collecte est un formulaire comportant plus de 400 items. L’objectif était de créer un espace de saisie convivial ; néanmoins, les données restent complexes à collecter.
Un nouveau site à vu le jour : l’observatoire de la lecture publique. Il propose des outils permettant de connaître l’état national, l’historique des indicateurs et la démarche d’évaluation établissement par établissement.
L’an dernier la synthèse sur le site était très détaillée. D’ici avril,  la synthèse 2011 sera mise en ligne, avec une analyse du point de vue national et quelques extrapolations en valeur absolue. Cette synthèse est très dense et les aspects méthodologiques sont très développés.
Un outil cartographique sera mis à disposition afin de consulter les données sur l’ensemble du territoire français à toutes les échelles. Il sera possible de comparer (notamment pour faire du benchmarking), de voir la structuration des équipements. Il y aura pour chaque commune un rapport statistique détaillé mis en regard de données démographiques et d’éléments spécifiquement bibliothéconomiques.
Si cette synthèse ne se substitue pas à une démarche d’évaluation locale (elle ne prend pas en compte les besoins spécifiques de la tutelle), elle peut néanmoins, en particulier pour les petites structures, permettre de croiser les éléments, d’avoir un retour sur les données remplies pour les statistiques nationales.
Le dispositif est en cours de mise en place. Il fait l’objet d’un partenariat avec les conseils généraux et les BDP : un tiers des départements français sont pour l’instant couverts mais l’on espère atteindre l’exhaustivité pour l’an prochain.

Discussion

Martine Poulain : Avant, l’optique géographique prenait le pas sur les données par établissement.
Iégor Groudiev : Désormais, le rapport circonstancié de l’année en cours et de l’ensemble des années précédentes ayant été saisies par l’établissement sont exportables en PDF.
Pierre-Yves Renard : le rôle des BDP est d’assister les communes les plus petites dans le remplissage des statistiques. L’observatoire de la lecture publique devrait permettre d’obtenir des retours particulièrement intéressants car on manquait de données sur ces toutes petites bibliothèques.
Iégor Groudiev : Le ministère de la culture a pour vocation de traiter les données provenant des bibliothèques qui dépendent de son périmètre historique. Certes, dans certaines communes, le CDI fait office de bibliothèque municipale. Mais la tâche ici est déjà considérable sans prendre en plus en compte ce genre de cas.
Valérie Alonzo : L’apport interne de l’évaluation va se faire lors du travail sur la procédure. Il faut qu’il y ait une transmission du travail effectué, qu’il y ait collaboration. L’évaluation va pouvoir impacter la politique documentaire et le travail sur les collections.

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Les autres conférences que j'ai pu retranscrire sur ce blog :

mercredi 13 février 2013

Les mutations impalpables



Je n'ai pas compris lorsqu'on est venu m'annoncer que la liste était parue. J'étais en train de travailler sur une liste d'acquisitions et j'ai été prise au dépourvue. "Quoi ? Non. Quelle liste ?"
La liste des postes pour les mutations de cette année. "Elle ne devait pas paraître demain ?"
Vite, vite, je suis allée y jeter un oeil avide. Ça faisait plusieurs jours que le lien vers Poppée était dans ma barre de favoris. Deux postes à Lyon. Un à Saint-Étienne. Rien chez moi. Trop loin. J'ai relu la liste d'un regard un peu vide. "Ah. Et bien tanpis." Et la conversation a tout de suite enchaîné sur les postes susceptibles d'être vacants et sur la marche à suivre.

Mais je n'y étais pas vraiment. Je suis restée un peu spectatrice, incapable de ressentir quoi que ce soit face à ce qui avait plutôt l'allure d'une mauvaise nouvelle. Ça fait si longtemps que je ne me projette plus dans l'avenir... que les contours de la chose en sont devenus flous. Ce qui ne m'empêche pas d'agir en direction de ce qui avait été prédéfini. Par exemple, nous nous sommes pacsés fin janvier, histoire de mettre toutes les chances de notre côté si mutation il y avait. Et mon vide intérieur ne m'a pas empêchée pas de remettre mon CV au goût du jour pour l'envoyer aux SCD grenoblois.
J'imagine avec plaisir un futur en famille, un retour vers les Alpes. Mais, par peur de nouvelles déceptions, je ne le vois plus que comme une rêverie, non pas comme une chose à portée de main. Alors, somnambule, je marche à l'aveuglette. Tout semble si irréel. Je me raccroche aux branches du quotidien, les seules un peu palpables dans cet univers de coton. Et je ne m'en retrouve pas plus mal.
Et puis, j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Comment cela pourrait-il l'être ? Je ne me suis pas encore battue ! Rien n'est vraiment arrivé encore. Rien qu'une liste d'établissements perdue dans l'immensité du Web. Dont j'ai du mal à saisir la signification.

La journée de concours de mercredi dernier m'a elle aussi prise par surprise. J'ai été étonnée en croisant des commentaires sur Twitter. Je me suis si bien retirée de ce monde-là que je n'avais pas la moindre idée que l'échéance était déjà à son terme. J'ai eu le même sentiment d'anticlimax. Ah. C'était déjà là ? Les sujets ne m'ont fait ni chaud ni froid. Je suis contente que cette partie de ma vie soit achevée, en fait. Même si elle doit reprendre plus tard. Pour l'instant, elle ne me manque pas. J'ai petit à petit appris à remplir ma tête et mes soirées d'autres buts et d'autres envies. Je ne me suis pas départie de mon besoin d'apprendre mais j'ai fini par trouver comment le canaliser autrement. Et j'ai retrouvé du plaisir à créer. J'ai reconstruit mes mondes intérieurs. Et, quelque soit la ville autour de moi, ils ne me quittent pas.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Grenoble en janvier 2013.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 22 novembre 2012

La réponse inattendue



J'ai ouvert ce blog pour résoudre un problème simple, un problème d'identité. Sauf que je n'en avais pas encore conscience. Je venais dans les faits de devenir BAS, mais je n'arrivais pas à m'approprier cette nouvelle étiquette. Depuis plusieurs années, j'étais, dans de nombreuses facettes de mon quotidien, une aspirante bibliothécaire, voire une aspirante conservatrice. C'est pourquoi j'ai commencé ici à parler de concours : c'est l'état d'esprit dans lequel j'étais depuis longtemps et je n'avais pas encore réussi à faire le deuil de cette part de moi.
Et puis j'ai renoncé à concourir, j'ai décidé de me donner le temps de découvrir mon nouveau métier. J'ai eu quelques surprises, j'ai eu du mal à m'y faire, j'ai beaucoup tâtonné. Autour de moi, le reste de ma vie aussi était en mutation. J'ai appris à vivre dans une ville nouvelle, dans une disposition différente, dans un mode de vie différent.
J'ai passé un été mouvementé, à me demander si un jour je pourrais revenir vraiment à ma vie d'avant. Comme toujours, c'est en remontant dans le train que je me suis aperçue qu'en fait, je m'étais bien réhabituée à la vie de province et que je m'interrogeais un peu quant à l'idée de redevenir parisienne.
Enfin, l'automne est arrivé et je me suis aperçue que la métamorphose avait pris. Comme ça, sans faire de bruit. J'ai enfin le sentiment d'avoir une identité un peu stable, malgré le monde toujours mouvant autour de moi. Même si tout n'est pas encore parfaitement en place, je suis heureuse d'avoir une vie qui me permette à la fois d'exercer un métier que j'aime, de retourner régulièrement dans ma région de cœur, et parfois de partir loin, d'aller à l'aventure. Car pour pouvoir s'échapper, il faut aussi savoir que l'on peut revenir. Il faut un point de départ, un point de chute. Et au travers de mon identité professionnelle, c'est un peu ça que j'ai récupéré.

Tout ça pour dire que je reviens de Londres où j'ai passé trois jours passionnants, à faire des choses sans rapport avec le monde bibliothéconomique et à rencontrer des gens merveilleux. Mais, au soir du dernier jour, alors que j'allais repartir pour la gare, j'ai longé un bâtiment au travers des vitres duquel on pouvait voir un groupe d'enfants très animé en train d'encourager deux petits qui jouaient à un jeu vidéo. C'était la section enfant de la St Pancras Community Library.
Qu'auriez-vous fait ? Bien sûr, je suis entrée. Le tournoi FIFA 13 du jour était publicisé en grand sur les portes de la bibliothèque. Dès l'entrée, on tombait sur les présentoirs de DVD (tous très récents) et de jeux vidéos, dans une présentation tenant plus du magasin de location que de la bibliothèque traditionnelle. A droite, l'espace "youth" avec d'innombrables clones de Twilight, à gauche, l'espace informatique aux ordinateurs flambants neufs et deux automates de prêt. Le fonds était très restreint (c'est vraiment une petite bibliothèque) mais très récent et très orienté vers les besoins du public (uniquement des guides de voyages dans les 900 par exemple). Les fictions, dans de petites étagères basses, étaient divisées entre "romances" et "thrillers". Un groupe de tous âges discutait dans le petit "study space" et semblait comparer des cartes de visite. Pendant les quelques minutes que m'a pris ce petit tour des lieux, je n'ai pu réprimer le grand sourire sur mes lèvres. A ce moment-là, je n'étais plus une simple touriste dans la capitale britannique, j'étais une bibliothécaire en goguette. J'étais une bibliothécaire.

Depuis plusieurs semaines, je jouais avec l'idée de fermer ce blog. Je n'ai plus de problème, j'ai enfin trouvé mon identité professionnelle, je n'ai donc plus grand chose à dire sur le sujet et mes billets brillent surtout par leur absence. Je ne sais pas si je continuerais à écrire ici. Je crois qu'en fait, je préfère que le monde du travail reste entre les murs de mon établissement, pas vraiment qu'il entre dans l'intimité de mes soirées et de mon ordinateur portable. Mais peut-être continuerais-je à venir partager ici quelques pensées ou quelques trouvailles. Parce que, même en fermant la porte du bureau pour m'en retourner vers les affres de ma vie personnelle, même en randonnant à coeur joie sur un flanc de montagne, même en me baladant dans une ville inconnue, il semblerait qu'en fait, aux tréfonds de moi-même, je reste une bibliothécaire.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Highgate Cemetery de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mardi 29 mai 2012

La métamorphose



Le 31 août dernier, je me suis retrouvée dans un petit trou noir de l'espace-temps, juste pour une journée. Plus vraiment documentaliste, pas encore bibliothécaire, j'ai passé ma journée à déménager et à m'interroger sur cette mutation d'identité en train de s'opérer.
Perdue au fond du trou, le fossé m'apparaissait immense et je n'étais pas sûre de savoir vraiment comment m'en extraire, comment me glisser dans cette nouvelle peau, comment devenir bibliothécaire ?

Si la question de l'identité devient un thème récurrent de ce blog, c'est qu'en quelque sorte, je suis toujours perdue. Comme je le disais précédemment, le rite de l'admission m'a mise en position d'être bibliothécaire, je n'avais plus qu'à agir en tant que telle.

Devenir bibliothécaire, c'était passer du côté de la politique de l'offre, devenir force de proposition, enfin avoir à gérer une collection. C'est aussi poursuivre certaines missions que proposaient le métier de documentaliste, tout en en laissant pour l'instant certaines sur le bas côté. La transmission de l'art de la recherche documentaire, de la veille, la recherche constante de l'autonomie des usagers, les inénarrables amusements de la bibliométrie.
Côté bibliothécaire aussi, et peut-être même plus encore, on retrouve ce souci de la transmission et de l'autonomie, même si elle prend parfois des formes très différentes.

Ma petite Bible personnelle, mon livre de cœur, exprime extrêmement bien cette sagesse des bibliothécaires, qui savent naviguer sans lire, qui savent trouver ce que l'on ne sait pas qu'on cherche. Le documentaliste qui explique aux chercheurs comment trouver les articles qui les intéresseront dans les méandres du Web en est très proche. J'aime le défi de la recherche et la joie d'avoir été utile, concrètement, en fournissant à l'usager ce dont il avait besoin.

Je ne suis pas encore sûre de savoir ce que sont les tréfonds du métier de bibliothécaire, je suis incapable d'en comprendre encore tous les tenants et aboutissants, mais je prends grand plaisir à les explorer, petit à petit, un livre ou un lecteur à la fois.

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Paris en janvier 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 21 mai 2012

Le rituel du concours



Je suis persuadée que, dans nos vies modernes d'adulescents mal dégrossis, nous manquons de repères, de jalons, de rites de passage. Je pense que c'est pour ça que le nombre total de mariages et de PACS continue d'augmenter d'années en années, que les "graduation ceremony" à l'américaine se répandent, ou que l'on se régale des cérémonies officielles, preuves vivantes de la continuité comme de la vivacité de notre République.

Au final, les concours de la fonction publique, ne font-ils pas eux aussi fonction de rites de passage ? Ces épreuves de culture générale démodées, ces grands oraux terrifiants, cette reproduction systématique des élites... Si pour l'institution ils font fonction d'outil de sélection parmi les candidats, que représentent-ils pour les reçus ?
J'ai choisi personnellement d'en faire un marqueur personnel de ma vie. J'ai survécu au rite, il y a un avant et un après : désormais, je suis bibliothécaire. Bourdieu a écrit il y a trente ans un article fort intéressant sur les rites où il disait :
"Celui qui est institué se sent sommé d'être conforme à sa définition, à la hauteur de sa fonction."
Et aussi :

""Deviens ce que tu es". Telle est la formule qui sous-tend la magie performative de tous les actes d'institution."
 Et c'est tout à fait ça : l'institution m'a dit que j'étais bibliothécaire, et par la force d'un bout de papier, je le suis devenue. Puisque je le suis, il faut que j'agisse comme telle, et je m'y efforce chaque jour ouvré.

Nous n'avons plus de véritables marqueurs de passage à l'âge adulte, les quelques évènements qui y conduisent se diluent par leur nombre et par l'allongement de l'adolescence : le dix-huitième anniversaire, le bac, les diplômes de l'enseignement supérieur, le premier salaire, la constitution du couple, la naissance des enfants... J'ajouterais donc à cette liste non-exhaustive et personnelle la réussite à un concours de la fonction publique.

Si nous manquons de rites dans nos vies modernes, nous avons néanmoins la possibilité de choisir et de s'approprier les nôtres propres, suivant l'importance que l'on accorde aux différents évènements de la vie. En devenant fonctionnaire stagiaire, j'ai choisi de faire cette étape un pas de plus sur mon chemin de l'âge adulte. Et je compte bien considérer ma future titularisation de la même manière et la fêter comme il se doit.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au plateau du Retord en avril 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.