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mercredi 17 décembre 2014

Un accent, des accents



Qui parmi vous pense pouvoir se débrouiller en anglais au motif qu'elle peut regarder des séries américaines sans les sous-titres ? J'avoue que j'ai longtemps fait partie de cette catégorie. Mais, si c'est un bon début, c'est loin d'être suffisant ! Surtout si ce ne sont pas les États-Unis que vous visez, mais le Royaume-Uni...

Car voilà ce qu'on ne nous a jamais dit en cours d'anglais : il n'y a pas un mais des dizaines d'accents possibles... C'est d'ailleurs là un de mes plus grands plaisirs depuis que j'habite Londres : j'écoute les gens parler dans la rue, dans le métro, à la télévision, et je me délecte de tous ces délicieuses musiques. Dans une même conversation, il y a rarement deux personnes avec le même accent.
Car non seulement le Royaume-Uni est extrêmement riche en accents divers et variés, mais à Londres c'est encore accentué par un melting-pot international ultra-réussi.

  • Conséquence 1 : si vous venez à Londres, ne soyez pas embarrassés par votre accent français. 1/ Tout le monde à l'habitude d'entendre des gens avec des accents différents. 2/ L'accent français est unanimement reconnu comme étant l'accent le plus sexy (oui, je sais, ça fait bizarre, quand on a appris à détester le magnifique "accent anglais" que produisent la plupart de nos compatriotes) et donc tout le monde vous pardonnera si vous transformez vos "the" en "ze".
  • Conséquence 2 : c'est beaucoup beaucoup plus difficile de suivre une conversation dans un groupe britannique si le seul accent avec lequel vous êtes un temps soit peu familiarisée est l'accent américain. Mais ne vous inquiétez pas pour ça, on va y remédier dès à présent.
[Disclaimer: Je n'ai rien d'une linguiste ; si vous trouvez des erreurs dans mon texte, signalez-les moi et je ferais les modifications!] 

Le RP


Parlons tout d'abord de l'accent dit "standard", le "RP" ou "Received Pronunciation". N'allez pas croire que, parce qu'il est standard, il est neutre - c'est loin d'être le cas.
On l'appelle aussi l'accent BBC parce que pendant longtemps les speakers et speakerines de la chaîne parlaient uniquement avec cet accent-là. Il est aussi appelé accent d'Oxford ou accent de la Reine... Dans les faits, il a une connotation très anglaise (rappelez-vous, l'Angleterre, n'est qu'une partie du Royaume-Uni !), snob et chic. C'est l'accent de la famille royale, de David Cameron et de tous ceux qui ont été éduqués dans l'une des prestigieuses "public schools".
Du coup, c'est celui-là que vous pourrez entendre dans tous les films en costumes (à vous - presque - toutes les versions d'Orgueil et Préjugés !).
C'est aussi l'accent de Colin Firth dans Le Discours d'un Roi. Et c'est celui qu'ont les aristocrates dans Downtown Abbey (les domestiques ont quant à eux l'accent du Yorkshire).

Si on s'éloigne un peu de Buckingham, on tombe sur toute une foule d'accents régionaux qu'on ne détaillera pas tous parce qu'ils sont vraiment trop nombreux. Allez plutôt jeter un oeil sur la page Wikipedia sur le sujet (en anglais bien sûr).
Mais je voulais néanmoins vous donner quelques exemples associés à des références de films ou de séries, histoire que vous puissiez répliquer la prochaine fois que vous vous faîtes un marathon série "Tu comprends, j'essaie de me familiariser avec l'accent du Gloucestershire, et y a du boulot !".

Exemples choisis


Au sein même de Londres, on trouve des variations d'accents, le plus célèbre d'entre eux étant l'accent Cockney (qui tient presque plus de la langue régionale !). Pour tester celui-là, il vous faut jeter un oeil à la série East Enders. N'essayez pas de vous la faire en entier (ils en sont à près de 5000 épisodes !), quelques minutes suffiront...
Pour quelque chose de meilleure qualité, allez plutôt voir Ripper Street dont on ne me dit que du bien (c'est la prochaine série sur ma liste !).

Si vous voulez vous projeter vers le Nord de l'Angleterre, écoutez donc le neuvième Docteur (Christopher Eccleston, mon préféré) dans la première saison du reboot de 2005 de Doctor Who.
Toujours dans le Nord, j'ai lu de bonnes critiques de la série The Mill où l'on peut apparemment entendre des accents de Manchester et de Liverpool (le "Scouse accent").
Pour faire le contraste entre accents du Nord (laborieux) et du Sud ("posh"), essayez la mini-série de la BBC North and South, adaptée du livre d'Élisabeth Gaskell.

Pour l'Ouest de l'Angleterre, allez donc regarder Hot Fuzz (extrait ici... bien à propos), où vous pourrez entendre des dialectes du Somerset.

Pour l'accent écossais, vous vous référerez bien sûr au douzième Docteur (Peter Capaldi, saison 8) et vous en profiterez pour regarder l'épisode spécial de Noël le 25 décembre. Ou l'excellente série policière Broadchurch (la version britannique, pas le remake américain) où David Tennant a pu garder son accent écossais.
Si vous êtes plutôt film, je conseille La Part Des Anges de Ken Loach (attention, vous allez avoir besoin des sous-titres !).

Apparemment, on peut entendre pas mal d'accents du Pays de Galles dans Torchwood. Et c'est l'accent que prend Tom Hardy dans Locke (mais, ne l'ayant pas vu, je ne sais pas ce que ça vaut).

Si vous voulez pousser jusqu'à l'Irlande et en profiter pour en apprendre plus sur l'histoire du pays, jetez donc un oeil à The Wind That Shakes the Barley (Le vent se lève) de Ken Loach (encore) ou à Michael Collins.

Enfin, je ne peux m'empêcher de vous recommander de regarder Top of the Lake, une mini-série de Jane Campion, où vous pourrez entendre de beaux accents Néo-Zélandais et Australiens. Mais je m'égare.

Et sur les ondes...


Une fois que vous serez bien échauffés avec toutes ces séries et films, le test ultime (avant le passage à l'acte et le billet d'Eurostar), c'est la radio. Plus de support visuel pour vous raccrocher aux branches, plus de sous-titres pour vous mâcher le travail, c'est le grand bain !

Mais c'est aussi le début de votre découverte de BBC radio 4, de ses émissions humoristiques et de ses fictions radiophoniques, qui ont toujours le vent en poupe de ce côté-ci de la manche. Si vous voulez commencer "facile", prenez-en une adaptée d'un roman que vous aurez lu au préalable. Par exemple, il existe une très bonne version de Neverwhere de Neil Gaiman avec un casting de folie.

Sinon, ma préférée c'est Cabin Pressure de John Finnemore, série humoristique racontant les mésaventures de l'équipe d'un petit charter de ligne. Les acteurs articulent extrêmement bien et vous trouverez les scripts en ligne si vous avez encore besoin d'un petit coup de pouce... D'ailleurs, je vous laisse, je m'en vais tous les ré-écouter pour être à jour avant le double épisode final qui sera diffusé à Noël...


Si vous avez d'autres suggestions de films et de séries avec des accents intéressants, partagez-les en commentaires ! Please! I need more stuff to watch! :)



[Edit : En bonus, si vous êtes fan de Games of Thrones (si vous ne l'êtes pas encore, essayez !), voici un super article qui décortique tous les accents qu'on entend dans la série.]




Licence Creative CommonsLa photo ci-dessus est de thelearningcurvedotca. Elle est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 2.0 Générique.

vendredi 17 mai 2013

Je suis venue vous dire...


Certains l'auront déjà vu sur Twitter : je viens d'ouvrir un deuxième blog, un blog-frère de celui-ci, un blog en anglais. Pourquoi ? Parce que j'ai envie, j'ai besoin de raconter une histoire. Une histoire qui m'exalte et qui me terrifie, une histoire que je veux partager quelqu'en soit l'issue : j'ai décidé d'essayer de partir travailler en Grande-Bretagne. Je ne sais pas encore vraiment comment, ni même si j'y parviendrais vraiment, mais en tout cas, j'ai décidé d'essayer.

Du point de vue du blog, que va-t-il se passer ? Et bien, si ça vous tente, je vous raconterais un peu mes découvertes et mes déconvenues. En particulier, toutes ces différences que je relève peu à peu entre nos pratiques des deux côtés de la Manche.
Le blog en anglais, And Books Will Fly, ne sera pas une copie conforme de celui-ci. Il va néanmoins reprendre le contenu de certains de mes précédents articles, mais essaiera aussi de raconter à de potentiels lecteurs britanniques comment ça marche ici, le monde des bibliothèques. D'ailleurs, si vous avez des suggestions, je suis preneuse !
Bref, je le veux comme un exercice de réflexion autant qu'un exercice de style (et là, je dois avouer que ça me démangeait depuis longtemps d'avoir l'occasion de travailler ma rédaction anglaise).

Du coup, je voulais juste vous prévenir de ne pas vous étonner si, dans les semaines à venir, je me mets à vous parler du CILIP, de chartered librarians ou d'equal opportunities. Ce n'est que mon cerveau qui pédale pour se dépêtrer dans toutes ces étranges anglaiseries...

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en juin 2012 à Londres.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 13 février 2013

Les mutations impalpables



Je n'ai pas compris lorsqu'on est venu m'annoncer que la liste était parue. J'étais en train de travailler sur une liste d'acquisitions et j'ai été prise au dépourvue. "Quoi ? Non. Quelle liste ?"
La liste des postes pour les mutations de cette année. "Elle ne devait pas paraître demain ?"
Vite, vite, je suis allée y jeter un oeil avide. Ça faisait plusieurs jours que le lien vers Poppée était dans ma barre de favoris. Deux postes à Lyon. Un à Saint-Étienne. Rien chez moi. Trop loin. J'ai relu la liste d'un regard un peu vide. "Ah. Et bien tanpis." Et la conversation a tout de suite enchaîné sur les postes susceptibles d'être vacants et sur la marche à suivre.

Mais je n'y étais pas vraiment. Je suis restée un peu spectatrice, incapable de ressentir quoi que ce soit face à ce qui avait plutôt l'allure d'une mauvaise nouvelle. Ça fait si longtemps que je ne me projette plus dans l'avenir... que les contours de la chose en sont devenus flous. Ce qui ne m'empêche pas d'agir en direction de ce qui avait été prédéfini. Par exemple, nous nous sommes pacsés fin janvier, histoire de mettre toutes les chances de notre côté si mutation il y avait. Et mon vide intérieur ne m'a pas empêchée pas de remettre mon CV au goût du jour pour l'envoyer aux SCD grenoblois.
J'imagine avec plaisir un futur en famille, un retour vers les Alpes. Mais, par peur de nouvelles déceptions, je ne le vois plus que comme une rêverie, non pas comme une chose à portée de main. Alors, somnambule, je marche à l'aveuglette. Tout semble si irréel. Je me raccroche aux branches du quotidien, les seules un peu palpables dans cet univers de coton. Et je ne m'en retrouve pas plus mal.
Et puis, j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Comment cela pourrait-il l'être ? Je ne me suis pas encore battue ! Rien n'est vraiment arrivé encore. Rien qu'une liste d'établissements perdue dans l'immensité du Web. Dont j'ai du mal à saisir la signification.

La journée de concours de mercredi dernier m'a elle aussi prise par surprise. J'ai été étonnée en croisant des commentaires sur Twitter. Je me suis si bien retirée de ce monde-là que je n'avais pas la moindre idée que l'échéance était déjà à son terme. J'ai eu le même sentiment d'anticlimax. Ah. C'était déjà là ? Les sujets ne m'ont fait ni chaud ni froid. Je suis contente que cette partie de ma vie soit achevée, en fait. Même si elle doit reprendre plus tard. Pour l'instant, elle ne me manque pas. J'ai petit à petit appris à remplir ma tête et mes soirées d'autres buts et d'autres envies. Je ne me suis pas départie de mon besoin d'apprendre mais j'ai fini par trouver comment le canaliser autrement. Et j'ai retrouvé du plaisir à créer. J'ai reconstruit mes mondes intérieurs. Et, quelque soit la ville autour de moi, ils ne me quittent pas.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Grenoble en janvier 2013.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 23 janvier 2013

Six ans



Les nuits semblaient plus noires et plus implacables. Pourtant le ciel semblait porter plus d'étoiles qu'il n'en garde aujourd'hui. Dans l'obscurité du jardin rôdaient des monstres terrifiants. On courait un peu pour aller se cacher dans nos lits, abrités par de faux baldaquins accrochés aux poutres. La petite fenêtre de la chambre donnait sur un extérieur sombre et inquiétant malgré la lueur de la lune. Même le chant des grillons semblait teinté de menaces muettes. Mais à l'abri des draps, dans notre petite chambre mansardée, nous étions saufs.

Je me souviens que c'est allongée dans ce lit, alors que je récitais sans trop y penser un "Notre Père" mécanique, les yeux fixés sur les planches du plafond qui se penchaient vers moi comme pour mieux m'embrasser de leurs bras de bois sombre, que je me suis aperçue que je ne croyais pas en Dieu. J'ai plissé le front en réfléchissant au pourquoi de ma croyance aveugle et soudain j'ai compris. Je croyais parce que j'avais peur, parce que c'était la chose qui me permettait d'apaiser les terreurs folles qui me subjuguaient parfois. Les monstres du jardin. Les vélociraptors du cellier. L'éventualité de la mort. Ce que je prenais pour de la foi n'était qu'une sorte d'objet transitionnel un peu élaboré. Supprimer la peur supprimerait le besoin de croyance. En un instant, j'ai décidé de cesser d'avoir peur - et j'ai cessé de croire. J'ai souri devant la simplicité de la réponse, et je me suis endormie, le crissement des grillons ancré dans mes oreilles.

Cette maison était celle qui me rattachait le plus au monde irrationnel de l'enfance, mais elle fût aussi pour moi un lieu où, tout d'un coup, j'ai grandi. J'ai fait un pas de plus vers l'âge adulte. Un bond de géant. Ce bref "Eurêka !", ce petit moment de clarté m'a marquée à jamais et j'y repense souvent. C'est dans cet instant-là qu'a semblé s'infléchir toute une partie de ma psyché, celle qui porterait mon propre doute cartésien, mon besoin de rationalité, mon intérêt pour les sciences. Et peut-être même mon goût pour le catalogage.
Je regrette toujours que mes grands-parents n'aient pas su qu'un jour, je deviendrais bibliothécaire. Ma grand-mère aurait fait remarquer qu'elle ne m'avait jamais vue devenir géologue et aurait évoqué tous les livres que j'ai pu dévorer dans le fauteuil en mousse du grenier, près de la fenêtre donnant sur le jardin où jouaient mes frères et sœurs. Mon grand-père aurait blagué avant de reprendre ses mots croisés, clope au bec.

C'est dans cette maison, à l'abri des monstres, ce havre de paix où s'apaisaient mes angoisses, c'est là qu'il m'a été possible de vivre ce moment formateur. Et ce lieu, cette maison, ce havre, c'est à eux que je les dois. Quels qu'aient été leurs défauts ou leurs fautes. Quel que soit le nombre d'années qui me sépare de leur défection terrestre.
Ils me manquent encore chaque jour.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au parc Monceau en décembre 2012.
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jeudi 17 janvier 2013

Les neurones qui pédalent



Si j'ai passé tant d'années à poursuivre les concours de catégorie A, c'est, dans une certaine mesure, que j'ai toujours été subjuguée par l'exercice de composition de culture générale. Prendre un sujet quelconque et le retourner dans tous les sens pour créer une pensée construite autour de ces quelques mots, quel magnifique exercice pour se décrasser les neurones ! Pourtant, je ne peux m'empêcher de le trouver vain dans sa finalité : la phase d'écriture se fait sans support, le candidat réunissant de tête les faits et les citations qu'il souhaite invoquer. Mais un argument sans sources, sans appui bibliographique est vide en soi ; il ne repose que sur du vent, que sur la foi qu'on porte en son auteur. La composition ne reste alors qu'un exercice dénué de sens, auquel on ne peut apporter de crédit autre que celui de nous avoir occupé l'esprit durant quatre ou cinq heures. Mais peut-être suis-je tout simplement un peu trop amoureuse du concept de l'article scientifique ?

Quoi qu'il en soit, si j'ai beaucoup réfléchi à l'équation de la composition de culture générale c'est que, si j'ai cessé définitivement de m'y préparer il y a de cela plus d'un an, je ne peux m'empêcher d'entrevoir constamment des choses qui pourraient m'être utile dans un contexte de composition dans ma vie de tous les jours. J'ai eu le cerveau trop formaté par la préparation aux concours : elle continue de modeler la façon dont je perçois le monde. Il faut que je désapprenne tout cela pour voir à nouveau d'un œil plus large et moins biaisé... Mais là n'est pas la question.

La dernière chose en date à avoir fait tourner la partie "candidate" de mon cerveau, c'est que j'ai rencontré, un peu par hasard, toutes sortes de matériels pédagogiques sur YouTube. J'arrive sûrement un peu tard avec cette information dépassée, mais j'ai été estomaquée par la richesse et la qualité de ce qui a pu être mis en ligne, à la disposition de tous. Mais voici néanmoins quelques liens, pour ceux  d'entre vous qui, comme moi, aiment bien faire pédaler leurs petites cellules grises en découvrant des choses nouvelles... Et qui n'ont pas peur de l'anglais.

Tout a commencé avec ce cours d'histoire générale très ludique et pensé spécifiquement à l'attention d'un public plutôt jeune et "geek". Les deux frères à l'origine de la plateforme CrashCourse proposent aussi des leçons de littérature anglophone, de biologie et d'écologie. Il existe de nombreuses autres chaînes pour ce type de public, principalement s'intéressant aux sciences, et généralement sans véritable curriculum, proposant des sujets d'actualité ou au fur et à mesure de l'inspiration de leurs auteurs.
Mais, personnellement, la science, je connais déjà pas mal. Ce dont j'avais envie, c'était de combler un peu mes connaissances quasi-nulles en matière de littérature et de sciences humaines. En essayant de pousser un peu plus loin les sujets que j'avais découverts en suivant le CrashCourse de littérature, je suis tombée sur ce cours de littérature américaine donné à Yale il y a quelques années. Et c'est là que je mis au jour ce trésor que sont les cours filmés des universités américaines. Que de choses qui s'offrent à nous ! J'ai mis dans mon petit panier ce cours de psychologie du MIT, spécialement pensé pour les autodidactes, un podcast sur la science-fiction et la politique, un cours sur les institutions juridictionnelles par l'UNJF, une introduction à la bioéthique par Oxford, ou encore une histoire de la philosophie... censément sans ellipses.

Pour faire votre marché parmi toutes ces ressources éducatives, il y existe un très bon annuaire où les cours de différentes sources sont triés par sujet. On peut aussi mentionner les sites français Canal-U et Universités Numériques, mais dont les contenus sont plus parcellaires et anecdotiques, ou les conférences filmées de la Cité des Sciences.
Je suis bien convaincue que toutes ces ressources seraient tout à fait adaptées pour préparer un concours... Mais elles ne le sont pas moins pour ceux qui se contentent de se réjouir d'en apprendre un peu plus chaque jour sur le monde qui nous entoure. Si vous avez des suggestions d'autres sources de Savoir en vidéo (ou autre) au travers des méandres du Web, je serais très heureuse de les explorer ! Sans oublier bien sûr d'exploiter les ressources, non moins nombreuses et utiles, de nos réseaux de bibliothèques...


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Sherlock Holmes Museum de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 22 novembre 2012

La réponse inattendue



J'ai ouvert ce blog pour résoudre un problème simple, un problème d'identité. Sauf que je n'en avais pas encore conscience. Je venais dans les faits de devenir BAS, mais je n'arrivais pas à m'approprier cette nouvelle étiquette. Depuis plusieurs années, j'étais, dans de nombreuses facettes de mon quotidien, une aspirante bibliothécaire, voire une aspirante conservatrice. C'est pourquoi j'ai commencé ici à parler de concours : c'est l'état d'esprit dans lequel j'étais depuis longtemps et je n'avais pas encore réussi à faire le deuil de cette part de moi.
Et puis j'ai renoncé à concourir, j'ai décidé de me donner le temps de découvrir mon nouveau métier. J'ai eu quelques surprises, j'ai eu du mal à m'y faire, j'ai beaucoup tâtonné. Autour de moi, le reste de ma vie aussi était en mutation. J'ai appris à vivre dans une ville nouvelle, dans une disposition différente, dans un mode de vie différent.
J'ai passé un été mouvementé, à me demander si un jour je pourrais revenir vraiment à ma vie d'avant. Comme toujours, c'est en remontant dans le train que je me suis aperçue qu'en fait, je m'étais bien réhabituée à la vie de province et que je m'interrogeais un peu quant à l'idée de redevenir parisienne.
Enfin, l'automne est arrivé et je me suis aperçue que la métamorphose avait pris. Comme ça, sans faire de bruit. J'ai enfin le sentiment d'avoir une identité un peu stable, malgré le monde toujours mouvant autour de moi. Même si tout n'est pas encore parfaitement en place, je suis heureuse d'avoir une vie qui me permette à la fois d'exercer un métier que j'aime, de retourner régulièrement dans ma région de cœur, et parfois de partir loin, d'aller à l'aventure. Car pour pouvoir s'échapper, il faut aussi savoir que l'on peut revenir. Il faut un point de départ, un point de chute. Et au travers de mon identité professionnelle, c'est un peu ça que j'ai récupéré.

Tout ça pour dire que je reviens de Londres où j'ai passé trois jours passionnants, à faire des choses sans rapport avec le monde bibliothéconomique et à rencontrer des gens merveilleux. Mais, au soir du dernier jour, alors que j'allais repartir pour la gare, j'ai longé un bâtiment au travers des vitres duquel on pouvait voir un groupe d'enfants très animé en train d'encourager deux petits qui jouaient à un jeu vidéo. C'était la section enfant de la St Pancras Community Library.
Qu'auriez-vous fait ? Bien sûr, je suis entrée. Le tournoi FIFA 13 du jour était publicisé en grand sur les portes de la bibliothèque. Dès l'entrée, on tombait sur les présentoirs de DVD (tous très récents) et de jeux vidéos, dans une présentation tenant plus du magasin de location que de la bibliothèque traditionnelle. A droite, l'espace "youth" avec d'innombrables clones de Twilight, à gauche, l'espace informatique aux ordinateurs flambants neufs et deux automates de prêt. Le fonds était très restreint (c'est vraiment une petite bibliothèque) mais très récent et très orienté vers les besoins du public (uniquement des guides de voyages dans les 900 par exemple). Les fictions, dans de petites étagères basses, étaient divisées entre "romances" et "thrillers". Un groupe de tous âges discutait dans le petit "study space" et semblait comparer des cartes de visite. Pendant les quelques minutes que m'a pris ce petit tour des lieux, je n'ai pu réprimer le grand sourire sur mes lèvres. A ce moment-là, je n'étais plus une simple touriste dans la capitale britannique, j'étais une bibliothécaire en goguette. J'étais une bibliothécaire.

Depuis plusieurs semaines, je jouais avec l'idée de fermer ce blog. Je n'ai plus de problème, j'ai enfin trouvé mon identité professionnelle, je n'ai donc plus grand chose à dire sur le sujet et mes billets brillent surtout par leur absence. Je ne sais pas si je continuerais à écrire ici. Je crois qu'en fait, je préfère que le monde du travail reste entre les murs de mon établissement, pas vraiment qu'il entre dans l'intimité de mes soirées et de mon ordinateur portable. Mais peut-être continuerais-je à venir partager ici quelques pensées ou quelques trouvailles. Parce que, même en fermant la porte du bureau pour m'en retourner vers les affres de ma vie personnelle, même en randonnant à coeur joie sur un flanc de montagne, même en me baladant dans une ville inconnue, il semblerait qu'en fait, aux tréfonds de moi-même, je reste une bibliothécaire.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Highgate Cemetery de Londres en novembre 2012.
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mardi 11 septembre 2012

L'étrange attrait de Paris



Voici un an que je suis en poste sur Paris. Je suis arrivée pleine d'excitation (pour mon nouveau travail) et d'angoisses (pour Paris). J'avais toujours voulu éviter la ville tentaculaire, son dédale souterrain, sa grisaille inhérente, ses banlieues infinies. Mais force est de l'admettre : je m'y suis bien habituée. Au point d'en arriver à un 50/50 dans ma liste avantages / inconvénients.

Déjà, il m'a bien fallut admettre que, oui, contrairement à la croyance populaire, le Soleil est effectivement présent même au nord de Lyon... Et Paris-même, dans le Soleil du matin, c'est tout à fait sympa. J'ai survécu à mon premier hiver parisien à grand renfort de simulateur d'aube et d'auto-persuasion, mais sans la dépression abyssale / carence en vitamine D que je craignais. Néanmoins, une chose est sûre : niveau neige, l'Ile-de-France, c'est vraiment pas ça.

Sur un autre plan, le gros plus de la capitale, c'est quand même les millions de choses à faire qui nous tombent dans le creux de la main sans avoir à bouger le petit doigt. Il y a le tourisme de base, avec tous ces monuments, ces bâtiments, ces cimetières et ces musées au mètre carré : je compte d'ailleurs bien investir dans un Routard pour m'assurer que j'ai bien vu tout ce qu'il y a à voir de ce côté-là, tant qu'à être sur place... Il y a la vie culturelle intense, avec plus de concerts, de spectacles, d'expositions, de conférences, de festivals qu'on ne pourrait en voir décemment, même en s'y mettant à temps plein. Et puis il y a les gens. Grande découverte : les grandes villes sont pleines de gens, et sans vraiment s'y attendre, on s'aperçoit qu'il y en a que l'on connaît dans le lot et que ce ne serait pas s'y mal de profiter de cette proximité géographique inédite...

Enfin, il y a le travail. J'ai eu cette chance immense d'arriver sur un poste extrêmement intéressant, dans un cadre idyllique (d'un point de vue strictement urbain en tout cas) avec des collègues pour la plupart charmants. (Coucou les collègues.) Mais il est vrai que d'un point de vue aussi bien quantitatif que qualitatif, les offres d'emploi parisiennes tiennent la dragée haute aux autres départements.

Je ne sais pas si tous ces bons points me convaincront de rester ici à plus long terme. En tout cas, je n'exclus plus l'idée à grands cris d'horreur et d'effroi. Paris, c'est pas si mal : qui l'eût cru ?



Creative Commons LicensePhoto prise par Vincent Ros
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité 2.0.

mardi 29 mai 2012

La métamorphose



Le 31 août dernier, je me suis retrouvée dans un petit trou noir de l'espace-temps, juste pour une journée. Plus vraiment documentaliste, pas encore bibliothécaire, j'ai passé ma journée à déménager et à m'interroger sur cette mutation d'identité en train de s'opérer.
Perdue au fond du trou, le fossé m'apparaissait immense et je n'étais pas sûre de savoir vraiment comment m'en extraire, comment me glisser dans cette nouvelle peau, comment devenir bibliothécaire ?

Si la question de l'identité devient un thème récurrent de ce blog, c'est qu'en quelque sorte, je suis toujours perdue. Comme je le disais précédemment, le rite de l'admission m'a mise en position d'être bibliothécaire, je n'avais plus qu'à agir en tant que telle.

Devenir bibliothécaire, c'était passer du côté de la politique de l'offre, devenir force de proposition, enfin avoir à gérer une collection. C'est aussi poursuivre certaines missions que proposaient le métier de documentaliste, tout en en laissant pour l'instant certaines sur le bas côté. La transmission de l'art de la recherche documentaire, de la veille, la recherche constante de l'autonomie des usagers, les inénarrables amusements de la bibliométrie.
Côté bibliothécaire aussi, et peut-être même plus encore, on retrouve ce souci de la transmission et de l'autonomie, même si elle prend parfois des formes très différentes.

Ma petite Bible personnelle, mon livre de cœur, exprime extrêmement bien cette sagesse des bibliothécaires, qui savent naviguer sans lire, qui savent trouver ce que l'on ne sait pas qu'on cherche. Le documentaliste qui explique aux chercheurs comment trouver les articles qui les intéresseront dans les méandres du Web en est très proche. J'aime le défi de la recherche et la joie d'avoir été utile, concrètement, en fournissant à l'usager ce dont il avait besoin.

Je ne suis pas encore sûre de savoir ce que sont les tréfonds du métier de bibliothécaire, je suis incapable d'en comprendre encore tous les tenants et aboutissants, mais je prends grand plaisir à les explorer, petit à petit, un livre ou un lecteur à la fois.

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Paris en janvier 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 21 mai 2012

Le rituel du concours



Je suis persuadée que, dans nos vies modernes d'adulescents mal dégrossis, nous manquons de repères, de jalons, de rites de passage. Je pense que c'est pour ça que le nombre total de mariages et de PACS continue d'augmenter d'années en années, que les "graduation ceremony" à l'américaine se répandent, ou que l'on se régale des cérémonies officielles, preuves vivantes de la continuité comme de la vivacité de notre République.

Au final, les concours de la fonction publique, ne font-ils pas eux aussi fonction de rites de passage ? Ces épreuves de culture générale démodées, ces grands oraux terrifiants, cette reproduction systématique des élites... Si pour l'institution ils font fonction d'outil de sélection parmi les candidats, que représentent-ils pour les reçus ?
J'ai choisi personnellement d'en faire un marqueur personnel de ma vie. J'ai survécu au rite, il y a un avant et un après : désormais, je suis bibliothécaire. Bourdieu a écrit il y a trente ans un article fort intéressant sur les rites où il disait :
"Celui qui est institué se sent sommé d'être conforme à sa définition, à la hauteur de sa fonction."
Et aussi :

""Deviens ce que tu es". Telle est la formule qui sous-tend la magie performative de tous les actes d'institution."
 Et c'est tout à fait ça : l'institution m'a dit que j'étais bibliothécaire, et par la force d'un bout de papier, je le suis devenue. Puisque je le suis, il faut que j'agisse comme telle, et je m'y efforce chaque jour ouvré.

Nous n'avons plus de véritables marqueurs de passage à l'âge adulte, les quelques évènements qui y conduisent se diluent par leur nombre et par l'allongement de l'adolescence : le dix-huitième anniversaire, le bac, les diplômes de l'enseignement supérieur, le premier salaire, la constitution du couple, la naissance des enfants... J'ajouterais donc à cette liste non-exhaustive et personnelle la réussite à un concours de la fonction publique.

Si nous manquons de rites dans nos vies modernes, nous avons néanmoins la possibilité de choisir et de s'approprier les nôtres propres, suivant l'importance que l'on accorde aux différents évènements de la vie. En devenant fonctionnaire stagiaire, j'ai choisi de faire cette étape un pas de plus sur mon chemin de l'âge adulte. Et je compte bien considérer ma future titularisation de la même manière et la fêter comme il se doit.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au plateau du Retord en avril 2012.
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lundi 23 avril 2012

La grande course


 J'aime les soirées électorales. Je crois bien les avoir toujours vues comme une sorte de grande fête à laquelle chacun peu participer, une grande fête pour la République, un quatorze juillet hors saison avec les cris des foules et les souffles qui se suspendent, les chars et les feux d'artifices en moins. Je me rappelle, étant petite, avoir joué autour des isoloirs, à chaparder les bulletins dans les poubelles pour voir qui avait été mis au rebut par les grandes personnes, puis courir après les copains à travers le gymnase. Toute la journée, l'attente montait, on comptait les heures puis les minutes nous séparant du résultat et, privilège suprême, on était autorisés à regarder la télévision jusqu'à bien plus tard qu'habituellement pour enfin voir s'afficher les visages des vainqueurs sur la surface bleutée de l'écran...

C'était comme les Jeux Olympiques, avec moins d'épreuves et des coureurs moins beau, mais presque autant d'excitation dans l'air... Dans nos vies solitaires et étriquées, j'aime ces rappels à la communauté, savoir que chacun, à 19h59, retient son souffle, espérant de tout cœur que son candidat passe devant, qu'au même instant des milliers de gens lèveront les bras en signe de victoire ou s'affaisseront un peu dans leur fauteuils. Enfin, oui, je sais bien que je m'illusionne, que tout le monde n'est pas si investi dans cette petite minute de suspens, que nombreuses sont les estimations qui se passent sous le manteau virtuel, mais quoi ! Qu'importe ! Hier, j'ai fermé Twitter, j'ai clos mon navigateur, et je n'ai pas boudé mon plaisir en attendant 20h ! Nous avons regardé ensemble le décompte final, levé les bras en l'air, juré, parlementé jusqu'à plus soif en écoutant d'une oreille distraite les discours des divers concurrents...

C'est ce genre de moments qui me grisent et m'intoxiquent et me font aimer les concours jusqu'à plus soif. Les pieds dans les starting-blocks, tout est possible. A chacun de donner le meilleur de lui-même, d'aller au maximum de ses capacités, en se rappelant biens sûr que l'essentiel, c'est de participer... Non ? Une fois la course achevée, la dernière copie rendue, commence l'attente et le suspens, l'attente interminable qui vous empêche de vous concentrer sur vos tâches quotidiennes et qui vous réveille aux heures sombres de la nuit. Ah ! J'ai toujours préféré les sprints aux courses de fond ! Et puis soudain, après avoir incessamment rafraîchi la page pendant des jours, le lien vers les résultats apparaît sur l'écran. Une seconde, mon cœur s'arrête, juste le temps de prendre la mesure de l'instant. Dans une seconde, ma vie peut basculer. Clic.

C'est donc de tout mon cœur que j'envoie mes pensées de courage aux candidats de ce tour-ci. Une partie de moi-même aurait aimé courir à vos côtés... Mais ma raison voit bien que ce que j'aime plus que tout c'est la course, pas la victoire. Bah, pour les sensations fortes, je me rattraperais devant mon écran cet été...




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Photo : prise par The World According to Marty.
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vendredi 30 mars 2012

La névrose du catalogueur



J'ai toujours voulu mettre de l'ordre dans le monde. C'est pour ça qu'à 10 ans je voulais être architecte : pour construire des maisons carrées où ranger les gens. Heureusement, je me suis vite aperçue de mon erreur d'appréciation de ce métier... En terminale, je voulais être taxonomiste, pour mettre des noms sur le vivant. En licence, paléontologue, pour déterminer la phylogénie des espèces. En master, hydrogéologue, pour simuler et comprendre la répartition des flux souterrains. Et maintenant bibliothécaire, grand ordonnateur du monde par excellence, indexeur de tous les savoirs, classificateur du sens.

Quand tout va mal, je range. Je trie les tiroirs à chaussettes, je réarrange les boîtes de conserves par date de péremption, je jette les vieux magazines. Et en mettant en forme l'espace autour de moi, mon esprit retrouve apaisement et clarté. Mon appartement n'est jamais aussi propre qu'en période de concours : pour ranger les savoirs dans ma tête, il me faut ranger les choses qui m'entourent. Au quotidien, l'état de désordre de ma chambre est un bon indicateur de mon état de désordre intérieur.
On dirait un cliché sur pattes, mais c'est bien vrai. Faut-il être névrosé pour devenir catalogueur ? Ou la névrose se développe-t-elle, s'entretient-elle, en cataloguant ? Les bibliothécaires sont-ils tous les maniaques que la littérature décrit ? J'espère bien que non. J'espère bien que nous ne sommes pas tous des autistes mal diagnostiqués, des rangeurs invétérés, des sorcières du placard à balais. Que ce n'est qu'une coïncidence.

En tout cas, j'ai l'impression que c'est un peu pour ça que j'ai du mal à m'adapter aux remous de la vie parisienne, aux remugles du métro, à l'inconstance d'une vie passée entre deux chez soi, une quinzaine d'heure de tgv par mois, comme si j'éparpillais mes organes internes tout du long de la route.
Mes habitudes salvatrices mettent des jours à se recréer. Je réapprends à vivre dans un environnement si différent de celui que je quitte, il me faut du temps pour reprendre mes marques. Puis il faut déjà repartir et tout recommencer de l'autre côté. Je me fais l'effet d'un Sisyphe en blue jeans.

Les jours où tout va mal, je me dis que je voudrais rentrer chez moi, et je m'aperçois que "chez moi" est devenu un lieu imaginaire, composite, auquel je ne sais pas accéder. Je finis par être plus chez moi dans mon bureau, où je peux ranger tranquillement les savoirs à leur place, cataloguer, rétro-cataloguer à l'envie, aller ranger des livres quand mes yeux sont trop fatigués pour supporter encore la brillance de l'écran. Il manquerait juste un oreiller pour pouvoir me rouler en boule sous mon bureau parfois...

Je suis convaincue qu'il suffit d'aller bien dans une part de sa vie pour pouvoir supporter tout le reste. En ce moment, au jour le jour, c'est le catalogage qui me permet de ne pas m'effondrer.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par mgysler.
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