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lundi 3 août 2015

La complexité croissante de l'environnement juridique


Suite au billet de la semaine dernière dans lequel je vous présentais mes notes concernant une conférence intitulée "Quand le bibliothécaire persécute l'usager", voici ce que j'ai retenu d'une autre table ronde de l'ABF 2015.

Cette fois-ci, le thème était "La complexité croissante de l'environnement juridique".

La table ronde était modérée par Véronique Mesguich, présidente de l’ADBS.

Et dans les rangs des intervenants, nous avions :

- Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire, BDCI Nanterre.
- Mathilde Vergnaud, responsable du projet Bibliothèque numérique de référence et de l’informatique, bibliothèque municipale de Lille.
- Arnaud Vélasquez, propriétaire de la librairie Quai des Brumes à Strasbourg.


Voici, d'après mes souvenirs, ce qu'il s'est dit. Dans les grandes lignes.



Introduction de Véronique Mesguich : La bibliothèque organise des usages collectifs de la culture.

Il y a une inadaptation des spécificités du droit d’auteur aux missions des bibliothèques. La complexification juridique est-elle liée au passage au numérique et à Internet ?


Lionel Maurel : Il y a des lacunes dans la loi. Par exemple, le prêt de CDs ne fait pas l'objet d'une régulation, mais il est néanmoins entré dans les mœurs.

Le livre numérique fait lui aussi l'objet d'une lacune, mais la perception du numérique ne permet plus d'en faire le prêt aussi simplement que pour les CDs. Les distributeurs perçoivent une concurrence, ce qui les conduit à interdire ce type d’usages.


Arnaud Vélasquez : Les lecteurs tendent à revenir vers le lieu physique de la librairie, car ils considèrent que c'est plus éthique que de commander sur Amazon. Ils cherchent un titre en ligne mais viennent l'acheter en librairie.

Certains demandent à avoir la possibilité d'acheter en ligne, via le libraire.


Mathilde Vergnaud : Le passage au numérique comporte un risque :  celui de la protection des données personnelles via les SIGB full Web… Il faut évaluer l’ampleur du risque : il est plus grand avec des personnes physiques.


Lionel Maurel : Certes, il existe des risques, mais les procès sont rares. Il y a peu de sanctions, surtout des rappels à l’ordre de la CNIL.

L'un des problèmes de la numérisation, c'est de pouvoir identifier les auteurs et leur date de mort afin de pouvoir définir si leur œuvre est dans le domaine public.

Il faut alors se poser la question : jusqu’où va-t-on dans l’application du droit ? Pour certaines collections du début du XXème siècle, avoir à vérifier chaque œuvre individuellement pourrait rendre le projet impossible !

De plus, si l'on décide de prendre le risque, alors il faut faire attention à ne pas reporter ce risque sur des tiers. Lors d'un partenariat, pourra-t-on autoriser l'utilisation de ces contenus numérisés ?

La menace a un effet paralysant.


Arnaud Vélasquez : En tant que libraire, le seul problème de droit d'auteur fréquemment rencontré, c'est l'utilisation de photos d’auteurs pour faire la publicité d'un évènement.

Sinon, les éditeurs s’occupent du juridique, pas les libraires.


Lionel Maurel : Il y a un risque stratégique pour l’ensemble de la profession. Il faudrait ne pas traiter les problèmes de droit au cas par cas, au sein d'un établissement, mais réagir ensemble pour modifier la législation.

Par exemple, pour le prêt de livres numériques, les accords au cas par cas vont comporter des variations des prix, dépendre du nombre de prêts, etc.

Il faut défendre ensemble les usages collectifs afin qu'ils ne se retrouvent pas dissous dans un modèle qui ne fera plus ressortir leurs spécificités.


Mathilde Vergnaud : Il faudrait que chacun comprenne mieux les bases du droit afin de savoir comment réagir.

Dans chaque équipe, on pourrait par exemple envisager d'avoir un agent qui fasse de la veille sur l’évolution du droit.

Il faut aussi pouvoir faire appel à un professionnel pour les cas particuliers.


Lionel Maurel : Peut-être pourrait-on imaginer plus de formation continue ? Possiblement via un MOOC ?



lundi 27 juillet 2015

Quand le bibliothécaire persécute l’usager





Lors du congrès de l'ABF 2015, en plus de présenter mon poster, j'ai pu assister à quelques conférences intéressantes.

Voici les notes que j'ai prises au cours d'une séance fort amusante intitulée "Quand le bibliothécaire persécute l'usager : interdits et usages illégitimes".

Cette table ronde s'est déroulée en trois temps, avec trois interventions autour du thème central.

La session était modérée par Céline Vidal, présidente du groupe ABF Languedoc-Roussillon.


Comment dégoûter un lecteur assidu ? - Marielle de Miribel


Marielle de Miribel est conservatrice en chef, chargée de mission qualité au bureau des bibliothèques de la ville de Paris.


- Avoir des locaux miteux, en particulier des toilettes sales ou fermées.

- Un lieu anonyme qui conduit à ne pas se sentir chez soi. Avoir des portes lourdes, peu ou une mauvaise signalétique.

- La mine revêche : il faut sourire… à bon escient !

- Abuser les lecteurs timides : le bibliothécaire se conduit en prescripteur (il sait mieux que vous !), il est là pour faire du “sauvetage” (il faut à tout prix les faire lire… “Si tu prends une BD, il faut aussi que tu prennes un ‘vrai’ livre.”).

- Un vrai capharnaüm : pas de désherbage, des piles de livres partout, et, au final, une sensation d’étouffement.

- Des réponses évasives : du personnel incompétent à l’accueil, aucun document papier à donner au lecteur pour l’aider à s’orienter.

- Déprécier le lecteur : certains collègues n’hésitent pas à humilier les lecteurs publiquement.

- Le bibliothécaire inquisiteur : des sanctions trop fortes, injustes.

- Décider à la place du lecteur.

- Ignorer les lecteurs, c’est tout un art :

> Indifférence : faire comme si on était seul, pas de contact visuel, faire attendre.

> Impatience : faire comprendre au lecteur qu’on a autre chose de plus important à faire ; s’en aller quand un lecteur arrive.

> Suspicion : passer derrière les lecteurs pour vérifier ce qu’ils font...

> Mépris : c’est au lecteur de s’adapter et de se soumettre. Le bibliothécaire ne se déplace pas.





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À quoi sert le règlement ? - Anne-Christine Collet


Anne-Christine Collet travaille au SCD de l'Université Lyon 1.


Le règlement cadre l’offre collective qui est sensée répondre aux besoins de tous.

Il est porteur d’une norme sociale, c’est un contrat social : le règlement ne contraint pas seulement, il libère aussi.

Très vite, on trouve dans les règlements de bibliothèques des mentions d’exclusion.

Lors de la rédaction, il faut faire attention au vocabulaire. Par exemple, “le prêt est consenti” donne l’impression que l’on fait une faveur au lecteur.

Souvent, l’inscription est soumise à l’apport d’une pièce d’identité, d’un justificatif de domicile, etc.

Pourrait-on s’appuyer sur les remarques des usagers pour adapter le règlement ?

On pourrait aussi accompagner le règlement d’une charte d’accueil.


Intervention de la salle :

La bibliothèque de Dunkerque est gratuite et les inscriptions se font sans documentation. Cela a permis d’augmenter le nombre d’usagers, en particulier chez les migrants, précaires.


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“Fais pas ci, fais pas ça : les interdits en bibliothèque” - Anne Verneuil / Adèle Spieser


Présentation par Anne Verneuil (présidente de l'ABF) du mémoire d'étude d'Adèle Spieser (directrice adjointe de la médiathèque Marguerite Duras, Ville de Paris). Pour lire ce mémoire dans son intégralité, c'est par ici.


Il y a une sacralisation du lieu, du livre.

Les interdits proviennent d’une crainte pour l’ordre public. Les comportements interdits dépendent du secteur de la bibliothèque :
  • En bibliothèque patrimoniale, les interdits portent sur les documents.
  • En BU, ils cherchent à favoriser le travail.

La bibliothèque étant un espace public, les interdits soulignent que “on n’est pas chez soi”.

Néanmoins, on observe que le libre accès est en augmentation, qu’il y a une automatisation des prêts, que l’anonymat devient possible.

La bibliothèque est un lieu légitime. Par exemple c’est souvent un lieu que les adolescents peuvent fréquenter seuls.

On observe souvent des signalétiques autoritaires, des logos en forme de sens interdit.

Les ambigüités peuvent conduire à des conflits.

Certaines bibliothèques utilisent des méthodes de surveillance : vidéo, vigiles… Mais la médiation est à privilégier !

On utilise aussi des systèmes antivol, des systèmes de contrôle des PC pour éviter les téléchargements, etc.

Lorsqu’il y a transgression, c’est que le lecteur ne sait pas, qu’il oublie, ou parfois qu’il y a opposition.

Pour harmoniser les interventions, il est bon d’avoir une charte d’accueil destinée aux personnels. Peut-être faudrait-il interdire moins pour accueillir mieux ?

Il peut y avoir différents espaces pour différentes pratiques


Anne Verneuil suggère d’appeler le lecteur “client” afin de souligner qu’il a le choix parmi différentes offres.

Dans sa bibliothèque, le règlement est strict afin de pouvoir se protéger en cas de problèmes. Mais les bibliothécaires se montrent volontairement tolérants au jour le jour.

Lorsqu'on interdit, il faut dire, expliquer pourquoi et remercier le lecteur !

Il est bon de pouvoir recruter des non-bibliothécaires : leur regard extérieur peut permettre de ne pas faire les choses juste parce qu’on a toujours fait comme ça…

Dans l’imaginaire collectif, il existe des règles spécifiques qui s'appliquent au bibliothèques. Les lecteurs peuvent se sentir coupables ou tout du moins conscient de leur transgression. Pourtant, ces règles n'existent pas forcément dans le règlement de la bibliothèque qu'ils fréquentent !


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[EDIT] Je viens de m'apercevoir qu'il y avait eu une captation vidéo de la conférence. Vous pouvez donc la regarder ici, comme si vous y étiez !
Et voici la présentation de la première intervenante.


mercredi 15 juillet 2015

Minimiser l'anxiété des étudiants lors des formations aux ressources électroniques

Le mois dernier, j'ai eu le plaisir de passer une journée au congrès de l'ABF dans la belle ville de Strasbourg.

J'y ai présenté un poster que je voulais partager avec vous.




Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir, ou télécharger le PDF ici.

J'espère qu'il vous plaira !


mardi 13 janvier 2015

Trouver un travail dans une bibliothèque anglaise : mode d'emploi

Voilà, ça fait maintenant un an (et une semaine) que j'ai commencé à travailler dans une bibliothèque londonienne. Quand mon expatriation n'était encore qu'un projet, j'ai beaucoup tâtonné : comment s'y prendre ? Quels papiers ou diplômes sont nécessaires ? Quelles sont les démarches indispensables ?

J'en avais déjà parlé un peu là (en français) et pas mal aussi sur mon blog en anglais alors que j'étais encore en plein dans ma recherche d'emploi.

Cette fois-ci, je voudrais vous faire profiter de mon expérience et vous dire comment je m'y prendrais si c'était à refaire, si j'étais de nouveau une bibliothécaire parisienne cherchant à devenir une bibliothécaire londonienne sur un coup de tête.

Ceci n'est bien sûr valable qu'au niveau de ma petite expérience... Your mileage may vary.



Si c'était à refaire...



- Je commencerais par faire un stage. Si vous en avez la possibilité, ça me semble une étape tout à fait intéressante. D'une part, ça vous donne un peu d'expérience outre-manche. D'autre part, ça vous permet de commencer à vous constituer un réseau. Et de décider avec plus de cartes en main si c'est vraiment la voie que vous souhaitez poursuivre.
Une autre possibilité serait d'effectuer un échange inter-bibliothèques. Inscrivez-vous sur le site du LibEx (c'est gratuit pour les non-britanniques) et regardez les profils de postes d'autres professionnels pour organiser un échange !

- Je m'efforcerais de trouver un emploi avant de partir. On ne met pas la charrue avant les boeufs. Et être sur place n'est pas forcément un avantage flagrant si en contrepartie on est au chômage... Le marché de l'emploi dans les bibliothèques britanniques est sous pression, et il n'y a pas de garantie que vous trouviez un poste rapidement. Alors, faites comme moi, et menez votre recherche d'emploi à distance.

- Je ne répondrais qu'à des petites annonces bien choisies. Le site LISjobNet est une mine d'or. Et j'ai certainement été coupable de répondre à absolument tout, m'épuisant à remplir des dossiers de candidature pour des emplois pas du tout adaptés à mon profil. Au final, bien sûr, je n'ai obtenu d'entretiens que pour les postes qui me correspondaient vraiment.

- Je ne passerais pas le TOEIC. Personne ne me l'a demandé. Si vous savez rédiger une lettre de motivation en anglais et que vous vous débrouillez à l'oral lors de l'entretien, le recruteur (en tout cas, d'après ce que j'ai vu dans le secteur des bibliothèques universitaires) n'a pas besoin de plus de preuves que ça... À part se rassurer sur ses propres capacités, je ne voit pas l'intérêt.

- Je passerais mon Chartership depuis mon boulot français. C'est vraiment un passeport magique qui vous ouvre les portes des emplois les plus qualifiés (et donc intéressants), en plus de montrer que vous êtes vraiment investi à fond dans votre projet d'expatriation. Pour plus d'informations, allez donc jeter un oeil à ce billet.

- Je m'inscrirais au Cilip le plus vite possible. Vous savez ? Cette association de bibliothécaires dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises. C'est lui qui organise le Chartership sus-mentionné. Et c'est là aussi une garantie de votre intérêt vis-à-vis de la vie professionnelle bibliothéconomique anglaise, même si vous n'êtes pas encore "chartered". Donc, je m'y inscrirais sans plus tarder (ils ont un tarif spécial pour les membres "overseas", qui n'habitent pas en territoire britannique) et j'en profiterais pour lire tous les anciens numéros de son journal, le Cilip Update (un peu l'équivalent du BBF ou d'Archimag).

- J'infiltrerais le grand cercle des twittothécaires grands-bretons. Comme en France, il y a plein de bibliothécaires britanniques sur Twitter. Comme point de départ, prenez la liste mise en place par Phil Bradley (plus de 1500 comptes y sont rassemblés !). Et entamez la discussion...

- Je ferais, au maximum de mes capacités financières, le déplacement pour les entretiens. Les entretiens par Skype, c'est bien pratique, mais ça vous donne un immense désavantage vis-à-vis des candidats qui ont pu faire le déplacement. Ce n'est vraiment pas la même chose de parler avec quelqu'un par écran interposé et de la rencontrer en chair et en os. Alors, si vous le pouvez, constituez vous un budget "billet d'avion de dernière minute" et allez rencontrer ceux qui deviendront peut-être vos futurs collègues.

- ... Je repartirais sans hésitations. La preuve ? Je reste.
Mon contrat d'un an a été transformé en contrat permanent. J'ai renouvelé ma mise en disponibilité. Et j'ai bien l'intention de rester en Grande-Bretagne encore un moment...

Qui vient me rejoindre ?


lundi 1 septembre 2014

10 astuces pour les formateurs et les enseignants

Entamons septembre du bon pied avec une traduction de l'article 10 Tiny Tips for Trainers & Teachers de Ned Potter. Si vous lisez suffisamment bien l'anglais, je vous encourage à suivre son blog. Il est orienté sur la communication en bibliothèque et c'est toujours une lecture très intéressante.


Je donne beaucoup de formations ces temps-ci, à la fois pour mon travail principal et pour pour travail en freelance. J'ai donc amassé quelques petites astuces en chemin. Rien de stupéfiant - mais si vous donnez des formations ou des classes de maîtrise de l'information [NDLT : qui a une meilleure traduction pour "information literacy" ?], peut-être certaines d'entre elles vous seront utiles.
Voici la version courte et visuelle [en anglais] - et j'irais plus en détail ci-dessous.




Structure de la Session


1. Commencez par quelque chose de pratique. Parfois, on ne peut pas échapper à une grosse partie théorique ou conceptuelle. Mais si c'est le cas, dans la mesure du possible, faites en le deuxième point sur votre itinéraire pour la journée / l'heure - et commencez par quelque chose de pratique. Entamer la session avec quelque chose à FAIRE réveille tout le monde, et lance la séance sur quelque chose de tangible plutôt qu'abstrait. Cela transforme aussi tout le monde en participants actifs dès le début. 

2. Permettez à chacun de recharger ses batteries. Une journée d'atelier devrait avoir des pauses café intégrées. Mais même une formation d'une heure peut-être pénible. Insérer une pause de 3 minutes afin que les participants décrochent, discutent entre eux, se relaxent, les aidera à se concentrer pour la seconde partie de la session et augmentera leur niveau d'énergie sur toute la ligne. Une pause dix minutes après le début d'une session d'une heure marche remarquablement bien - et étonnamment mieux qu'à mi-parcours ou plus tard dans la session.

3. Résumez la session via un Challenge de Diapos Aléatoires (aussi connu sous le nom de Battle Decks). J'adore les challenges de diapos aléatoires. Voilà comment ça marche :
  1. À la fin de votre présentation, vous créez un jeu de diapositives court et simple qui résume votre session (en général, je crée deux jeux de cinq diapos chacun).
  2. Vous demandez à des participants de les présenter (donc dans mon cas, deux volontaires).
  3. Les volontaires n'ont jamais vu les diapositives auparavant, ce qui fait partie du jeu - donc ils voient les diapos pour la première fois au même moment que le public, et il faut qu'ils improvisent leur présentation en se basant dessus.
  4. Les diapositives avancent après 15 secondes, du coup la présentation dure à peine plus d'une minute.
Il faut leur donner la meilleure chance possible de comprendre sur quelle partie de la session porte chaque diapositive ! Si vous jetez un œil à la diapo 41 et suivantes dans la présentation intégrée à cet article, vous verrez un exemple de jeu de diapositives pour un challenge de diapos aléatoires.
Cela marche bien pour deux raisons - tout d'abord, c'est souvent hilarant. Les personnes du public crient si elles comprennent à quoi se réfère une diapositive avant les orateurs, et tout le monde quitte la session assez excité. Les formulaires de feedback à la fois à la British Library, où j'ai utilisé ça au cours de formations, et pour mes classes de maîtrise de l'information à York, montrent souvent que c'était la partie favorite des participants. L'autre raison pour laquelle ça marche, c'est parce que c'est souvent un résumé d'excellente qualité. Les gens disent exactement la même chose que ce que j'aurais dit si j'avais résumé la session moi-même, mais ça a plus d'impact car il s'agit d'une autre voix (et, avec les étudiants, c'est l'un de leurs pairs). Essayez ! La seule chose, c'est qu'il vous faut un plan B si personne ne se porte volontaire, ce qui m'est arrivé une fois. Avoir des récompenses aide à s'assurer que ça n'arrivera pas...

4. Concluez après les questions. C'est bien de finir une formation ou un cours avec un appel à l'action - un message clair expliquant ce que peuvent faire les participants après. Le message peut se retrouvé brouillé par une séance de questions - réponses (qui peut bien entendu soulever n'importe quoi), donc intégrez un temps pour les questions juste avant la fin, puis laissez-vous cinq minutes pour conclure la session avec quelque chose de direct et de significatif.

Une tablette comme assistant pédagogique


5. Utilisez Padlet sur votre tablette pour vous rappeler qui est qui. Padlet est un super outil qui peut être utiliser de bien des manières. Vous créez un mur en ligne, sur lequel vous et n'importe qui ayant l'URL peut poster des notes. N'importe qui peut double-cliquer n'importe où pour ajouter une sorte de post-it virtuel. Puis ils peuvent ajouter leur nom dans le titre, et une note, ou une URL - les liens vers des images ou des vidéos deviennent des objets intégrés sur le mur.
Je l'utilise pour crowd-sourcer les idées des gens pendant les formations - comme vous utiliseriez un tableau à feuilles mobiles sauf que tout le monde peut retourner jeter un œil à l'URL après la session, et ça devient une sorte d'archive pour que chacun apprenne des autres.

En tout cas, en fonction de la session, je fais un tour de table et demande aux gens de se présenter et de dire ce qu'ils attendent de la journée / de l'heure. C'est très utile en soi, car vous pouvez adapter les choses en conséquence. Je tape tout dans Padlet sur l'écran de présentation au fur et à mesure, ainsi on peut tous s'y référer plus tard et voir si on a fait ce qu'on avait dit ! Mais la chose vraiment utile c'est que vous pouvez choisir exactement où mettre les notes sur l'écran - du coup j'organise les notes de façon à ce qu'elles correspondent à l'agencement physique de la salle et où les gens sont assis, comme dans l'exemple ci-dessous. Ensuite, je l'enlève de l'écran pour le remplacer par ma présentation, et je mets le mur Padlet sur mon ipad - ce qui signifie que j'ai les noms de tout le monde au bon endroit et que je peux m'y référer facilement pour me souvenir de qui est qui !
(J'ai l'impression de ne pas avoir expliqué ça très bien. Est-ce que ça fait sens? L'exemple ci-dessous devrait vous éclairer.)

Un exemple de mur Padlet

6. Avancez dans la présentation, sur votre tablette. J'aime avoir ma présentation ouverte sur mon ipad, comme ça je peux voir ce qui va arriver ensuite. C'est particulièrement pratique si vous enseignez en duo avec quelqu'un d'autre - pendant que l'autre parle, vous pouvez réviser ce que vous devez dire ensuite. Une immense part d'une présentation réussie, pour moi, est d'avoir une impression de contrôle - et ceci aide.

Les Polycopiés


7. Distribuez les polycopiés. C'est tentant de se sentir plus organisé dans la distribution des polycopiés si vous le faite avant que tout le monde n'arrive, en les plaçant sur chaque PC ou sur chaque table. Mais si le groupe est composé de moins de 20 personnes, distribuez-les vous-même ;  c'est une très bonne opportunité pour rencontrer chacun individuellement et établir un contact visuel, même court, rend la communication plus facile et plus complète pour la session.

8. Utilisez des copies d'écran pour rendre les exercices facile à trouver. C'est impressionnant comme souvent les gens se perdent dans les polycopiés. Quand vous arrivez à un exercice dans le poly, ajoutez une copie d'écran sur votre diapositive au moment où vous introduisez l'exercice - ça rend les choses plus rapides et plus faciles et permet aux participants de savoir exactement où ils devraient être.

Documents pédagogiques


9. Utilisez un wiki gratuit pour stocker vos matériels d'enseignement. Pour toutes sortes de raisons, il est bon d'avoir ses documents pédagogiques en ligne. En particulier si votre session est pleine de liens, les mettre sur un wiki gratuit (PBworks par exemple) permet aux participants d'y accéder de cette façon et de cliquer simplement sur les URLs plutôt que d'avoir à les taper. Mettez le PowerPoint là aussi - ça signifie que vous aurez une copie de votre présentation et des polycopiés même si votre clé USB tombe de votre poche et que votre imprimante tombe en panne...

10. Envoyez la présentation à tout le monde après par e-mail. Un e-mail post-session est utile pour renforcer les messages clés, et en particulier pour s'assurer que les participants ont accès aux documents de présentation. Ne comptez pas sur ce que les gens (en particulier les étudiants) les cherchent d'eux-mêmes ; envoyez un e-mail directement après pour vous assurer qu'ils ont une copie de la présentation ET vos coordonnées. S'il y a des problèmes de pièces-jointes dus à la taille des fichiers, mettez vos présentations en ligne sur Slideshare et votre polycopié sur Scribd, et incluez des liens à la place.



Article original de Ned Potter. Traduction par moi-même.
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 3.0 non transposé.

lundi 25 août 2014

Organisation quand tu nous tiens

Comme ma chère collègue Laurence, je suis une férue d'organisation. J'ai utilisé de nombreux outils ces dernières années et, vu que c'est bientôt la rentrée et qu'il est temps de remettre de l'ordre dans nos bureaux, je me propose de vous présenter ceux que j'utilise en ce moment.

Comme vous allez-voir, je suis plutôt du côté des outils papiers plutôt que du tout électronique... Mais à chacun son truc !

Le journal

J'utilise un seul et même journal à la fois pour mon organisation personnelle et professionnelle. J'ai essayé d'en avoir deux différents mais le fait est que je préfère tout noter à un seul endroit : comme ça, si des idées me viennent pour ma liste des courses en plein milieu de la journée, je n'ai pas besoin de sortir un autre carnet ou de dégainer mon smartphone. Tout va au même endroit. Du coup, c'est un peu en vrac, mais au moins je suis sûre d'avoir toujours tout sous la main.

Mon prochain journal, décoré par Julia.

Pourquoi un journal papier ? Parce que c'est joli déjà. (Oui, oui, ça compte.)
Et parce que ça me permet de faire des petits dessins, des mind maps et même de l'art journaling à mes moments perdus, sans avoir à cogiter sur le logiciel approprié.
Aussi parce que je suis une adepte de l'écriture manuelle. Je réfléchis mieux quand j'écris. De plus, j'écris beaucoup dans les transports et, on dira ce qu'on voudra, taper sur un clavier virtuel, c'est pas ultra pratique.
Enfin, je suis beaucoup plus rapide pour prendre des notes manuelles pendant conférences et ateliers. Parce que je suis une amatrice d'abréviations et de grandes flèches dans tous les sens. Du coup, j'estime que ça vaut le coup d'avoir à tout retaper une fois rentrée. Et c'est toujours bien pour remettre de l'ordre dans les structures parfois sibyllines des présentations de certains conférenciers...

Du mind-mapping dans un précédent journal.

Les listes

Importante partie de mon journal, les listes hebdomadaires que je mets à jour chaque lundi en arrivant au bureau. Sur une double page, je note d'un côté ma liste pro et de l'autre ma liste perso.
Pour ma liste pro, j'utilise la technique présentée par le Bullet Journal.
J'ai testé leur système d'index que j'ai rapidement abandonné : je n'ai pas suffisamment de pages consacrées à des thèmes particuliers pour que ça en vaille la peine. À la place, je fais des marque-pages en masking-tape : c'est plus joli. Et plus la peine de s'embêter à numéroter toutes les pages.

Des marque-pages au masking-tape dans mon journal actuel...

Le calendrier au mois ne m'est pas super utile vu que j'utilise d'autres outils (voir plus bas), mais j'aime bien l'idée de la liste de tâches du mois histoire de mettre en exergue les gros projets à venir.

Calendrier et tâches du mois d'août

Du coup, la seule chose que j'ai vraiment gardé, c'est leur façon de faire des listes. Des ronds pour les rendez-vous, des carrés pour les choses à faire, avec des sous-listes quand il y a plusieurs choses à accomplir pour un même point. J'ajoute des couleurs par thème (mon chartership en bleu ciel, mes formations à préparer en vert...) et j'utilise des types de stylos différents pour distinguer le pro (au feutre) du perso (au bic).

Mes to-do lists de cette semaine.

Pour prioriser les points de ma to-do list, j'utilise cette technique : l'idée c'est, au lieu de faire le plus facile ou le moins déplaisant en premier, de s'atteler à sa liste tâches selon le modèle suivant.

Pour adapter ce modèle à votre propre activité, remplacez "training" par votre mission principale.

Je fais en premier les taches de l'encart 1 sur le graph : celles qui auront le plus d'impact sur ma mission d'enseignement avec un effort minimal. Puis je passe au 2 (fort impact mais beaucoup d'efforts demandé), au 3 (peu d'impact et peu d'effort : ce sont souvent les tâches les plus amusantes) et au 4 (peu d'impact, beaucoup d'effort).
Je mets en évidence les tâches que j'ai décidées comme étant prioritaires avec des petites étoiles. Just because.
Et parfois je fais des tâches d'importance moindre avant des tâches plus importantes parce que personne n'est parfait. Et que c'est plus amusant de mettre à jour le Twitter de la bib que de courir après des profs réticents à l'idée de toute formation.

Les calendriers

Concernant les calendriers, les outils électroniques restent à mon sens indispensables.
L'épine dans mon pied actuellement c'est que le système de mon établissement est si fermé que je ne peux pas faire apparaître mon calendrier professionnel dans mon calendrier Google personnel. Du coup, je copie-colle à la main les informations concernant mes rendez-vous à l'extérieur pour être sûre d'avoir l'adresse de la conférence de demain bien au chaud dans mon téléphone.

Mais afin d'avoir une vue d'ensemble de mes training sessions sur l'année, j'utilise aussi un calendrier papier colorié au feutre, posé bien en évidence sur mon bureau. Il m'aide à planifier l'organisation de mes sessions à l'avance et à anticiper les périodes de rush.

Mon calendrier pour l'année 2014-2015 commence déjà à être bien rempli !

Le suivi de mes classes

Enfin, outil majeur dans mon organisation, tout mon arsenal de classeurs Excel.

Mon outil de base, c'est la liste des différentes classes de mon établissement, classées par niveau, avec mention de mes tentatives de communication avec les tuteurs et des cours que j'ai donnés ou qui vont avoir lieu. Ça me permet de voir où j'en suis dans mon but de donner des formations à tous les doctorants par exemple, et quelles sont les classes qu'il me reste encore à atteindre.

Mes classes de doctorants. En blanc : celles pour lesquelles je n'ai pas encore réussi à organiser de formations.


Deuxième outil, indispensable dans cette période de pré-rentrée, un tableau récapitulant où j'en suis dans la préparation des différents cours que j'ai à donner sur les prochains mois. Comme je vais en avoir plusieurs par jour en septembre, il faut que tout soit au cordeau bien à l'avance !

Ma check-list pour mes formations de septembre. Si c'est en vert, c'est prêt !

Enfin, le dernier outil sur lequel se base en fait le précédent tableau, ce sont mes plans de sessions pour chaque classe. En plus d'inclure le plan détaillé de la formation, j'inclus en première page une check-list très complète notant toutes les choses que je dois mettre en place avant une formation.
Une fois que ma session est bien calée, j'imprime le tout comme ça je peux "checker" chaque point à la main au fur et à mesure de mon travail... Parce que ça fait tellement plaisir de voir les choses ainsi avancer !

La première page de mon modèle de récapitulatif de session, avec sa to-do list interminable...


Mais ça, je vous en parlerais peut-être plus en détail une prochaine fois...


Licence Creative CommonsToutes les images de ce post ont été créées par mes soins en août 2014.
Ce texte et ces photos sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 31 juillet 2014

Pédagogie active en bibliothèque


Comme la plupart des bibliothécaires, je n'ai pas reçu de formation initiale sur la pédagogie. Pourtant, en particulier dans l'enseignement supérieur, nous sommes nombreux à devoir régulièrement donner des formations à des étudiants de divers niveaux. Dans mon cas, il s'agit de ma mission principale au sein de mon établissement.

Je vois des étudiants de master ou de doctorat, voire des actifs en formation professionnelle, la plupart du temps pour une session unique (quoique, c'est en train de changer, j'y travaille...) pendant laquelle j'ai pour mission de les rendre parfaitement autonomes pour tout ce qui entoure leurs recherches documentaires. C'est ambitieux. Il y a vraiment beaucoup à leur apprendre en quelques heures grappillées sur le cours d'un professeur bienveillant.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron...


Du coup, j'essaie de me former moi-même au maximum, au travers de "formations de formateurs" ou de lectures choisies. J'ai en particulier assisté à un atelier passionnant d'Andrew Walsh sur la création de jeux à utiliser en bibliothèque. À cette occasion, j'ai découvert son livre, Active Learning Techniques for Librarians (1), une ressource incroyable pleine d'idées d'activités pour utiliser des techniques de pédagogie active lors de nos formations auprès d'étudiants.

Au-delà de Freinet et de l'Éducation Nouvelle, la pédagogie active consiste à impliquer l'apprenant dans son apprentissage, à lui donner un rôle plus actif que celui qui lui est généralement dévolu dans les cours de type "conférence". Or, cette dimension active est censée permettre à l'apprenant de mieux retenir les informations et les compétences sur lequel on le forme.

Puisque nous ne reverrons probablement plus jamais les étudiants qui passent en formation avec nous, il est d'autant plus crucial de s'assurer qu'ils retiennent effectivement ce que nous essayons de leur enseigner !
Or la pédagogie active permet d'évaluer la compréhension des étudiants au fur et à mesure des activités qu'on leur propose et de leur donner des retours sur leurs performances en cours de séance. Par exemple, il va être beaucoup plus facile d'identifier les personnes qui n'ont pas compris et ainsi de leur ré-expliquer différemment les choses afin qu'elles puissent corriger leurs erreurs.
Enfin, la capacité de concentration d'une personne normale étant très courte (de l'ordre de quelques minutes), parsemer sa séance d'activités pédagogiques permet de changer de rythme, faire une pause, et reprendre ensuite de manière plus concentrée.

Mais qu'est-ce que ça donne ?


Andrew Walsh et Padma Inala recommandent d'utiliser leurs activités tout au long d'une séance. Par exemple, on commencera par briser la glace avec quelque chose d'un peu amusant, ce qui permet du même coup de faire passer un message sur ce que l'on attend du groupe : ne vous endormez pas, je vais vous faire parler et dessiner des choses, mais n'ayez pas peur, ça va bien se passer... En cours de session, on enchaîne quelques activités afin d'aider l'apprentissage de chaque grand point au programme. Et on finit par une dernière activité permettant de vérifier les connaissances des étudiants ou de les faire réfléchir sur leurs nouveaux acquis.

Bon, tout ça c'est bien joli, mais dans la réalité, est-ce qu'on ne réinvente pas un peu la roue à vouloir donner des exercices et contrôler les acquisitions ? Certainement un peu, mais ça ne peut pas faire de mal. Mais surtout, est-ce qu'on ne va pas se retrouver à jouer les profs chiants qui veulent absolument faire participer des élèves qui voudraient juste dormir ? Le danger est réel. Personnellement, j'avais surtout très peur de leur paraître ridicule avec mes petites activités de maternelle.

Mais.

Mais, j'ai testé pour vous l'active learning sur une classe de huit étudiantes de doctorat il y a deux semaines. Et elles ont adoré. Je les ai fait rires avec mes propositions de parodies et les questionnaires que je leur ai fait remplir à la fin étaient pleins de commentaires positifs. Du coup, il y a de l'espoir.
Je vais continuer à tester avec d'autres classes et je vous tiendrais au courant.

Quelques exemples


En attendant, voici quelques exemples d'activités tirées du livre de Walsh et Inala qui m'ont bien plu et que j'ai déjà testées ou que je tenterais très bientôt.

"Le vote express"
Choisir une question (par exemple : "quelle est votre base de données préférée ?") et l'afficher bien en évidence sur un mur. En dessous, coller plusieurs papiers correspondants à diverses réponses possibles (un pour chaque base de donnée à laquelle ils ont accès depuis votre établissement par exemple). Quand les étudiants rentrent dans la classe, avant qu'ils ne s'asseyent, leur demander de voter en apposant un post-it sous leur réponse. C'est très visuel et ça permet d'amorcer la conversation.

"La parodie"
Leur demander de plancher par petits groupes sur un sujet parodique. Par exemple, j'ai demandé à mes doctorantes de noter cinq points qui leur permettraient de faire la plus mauvaise recherche documentaire possible...
Pas mal en introduction, histoire de commencer à les faire réfléchir sur le sujet qu'on va aborder.

"Good Search, Bad Search"
Après leur avoir montré comment effectuer une recherche documentaire dans les règles de l'art, donner aux étudiants un exemple de mauvaise recherche et les faire discuter par paires sur :
- En quoi cette recherche est-elle "mauvaise" ?
- Comment pourraient-ils l'améliorer ?

"La recette"
Leur demander de travailler deux par deux pour écrire la "recette" d'une bonne recherche doc, avec liste d'ingrédients et démarche étape par étape.
Bonus : jouer à Masterchef pour élire la meilleure recette.

"La citation façon puzzle"
Après leur avoir expliqué comment citer correctement un document, leur donner une citation "en kit" : les différents mots qui composeraient la citation sont tous sur des morceaux de papier différents. Il faut qu'ils les remettent dans l'ordre.

"I will do it"
À la fin de la séance, demander aux étudiants de noter ce qu'ils feront dans les semaines à venir pour mettre en application leurs nouvelles connaissances. Leur faire noter leur nom et adresse mail. Leur renvoyer par mail un scan de leur feuille le mois suivant en leur demandant s'ils ont fait ce qu'ils avaient dit et si on peut les aider à accomplir leurs objectifs.


(1) Walsh, Andrew and Inala, Padma (2010) Active Learning Techniques for Librarians: Practical Examples. Chandos, Cambridge. ISBN 9781843345923


Licence Creative Commons Photo : Brook Ward
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 2.0 Générique. 

mercredi 2 avril 2014

Le Chartership ou la certification professionnelle à l’anglaise


Je vous ai déjà parlé du Cilip (qui a gardé son nom, d’ailleurs, au final). Cette association de bibliothécaires britanniques a notamment pour responsabilité de délivrer aux bibliothécaires et professionnels de l’information diverses certifications permettant d’obtenir une certaine reconnaissance professionnelle.

Il y a trois niveaux disponibles (et que l’on peut passer les uns après les autres, ou pas, en fonction de son parcours) : la « certification », pour les assistants bibliothécaires (ou les magasiniers) ; le « chartership », pour les bibliothécaires ; et le « fellowship » pour les personnes qui en France seraient probablement des conservateurs.

Le Chartership

Je suis en plein dans mon propre parcours en vue du Chartership, je vais donc vous raconter comment ça se passe. Le principe est globalement le même pour les deux autres niveaux.

Le Chartership est donc à destination des bibliothécaires, non pas au sens du grade français, mais au sens plus large de « professionnel des bibliothèques ». La norme au Royaume-Uni est d’avoir un Master en bibliothéconomie / sciences de l'information, de se trouver un premier poste et de se mettre alors à préparer son Chartership. Cette certification est souvent requise sur les offres d’emploi et c’est souvent la clé ouvrant la porte des postes les plus qualifiés. Une fois qu’on l’a obtenu, on peut accoler à son nom les lettres « MCILIP » (un peu comme un médecin anglo-saxon ajoute MD à son nom…).

Alors, comment ça marche ?

Il s’agit de prouver sa capacité à appliquer son savoir et ses compétences sur son lieu de travail, de les développer pour améliorer ses compétences professionnelles en fonction des exigences de son poste et de développer une réflexion sur ses pratiques et son environnement professionnel.

Dans les faits (et selon les toutes nouvelles règles en vigueur), dès qu’on est inscrit et qu’on s’est trouvé un mentor, on commence par remplir son PKSB. Le Professional Knowledge and Skills Base est une sorte d’immense tableau listant toutes les compétences et tous les savoirs que pourrait posséder un bibliothécaire. L’idée est de se noter soi-même sur l’ensemble de ces points (il faut être membre du Cilip ou débourser £25 pour obtenir le document si vous voulez tenter l'expérience). Bien sûr, personne ne peut avoir un score maximal dans toutes les catégories, c’est impossible. Non, on va plutôt chercher à analyser quelles sont les catégories les plus importantes pour le type de poste sur lequel on est en ce moment et s’en servir de guide pour la suite.

La deuxième grande étape, va donc d’être d’essayer de s’améliorer sur ces points. Ça peut durer autant de temps qu’on le souhaite et même être fait rétrospectivement. Tous les moyens sont bons : assister à des conférences, visiter d’autres bibliothèques, lire de la littérature professionnelle en ligne ou hors ligne, participer à des ateliers, à des chats pro sur Twitter… Tout ce que nous faisons naturellement dans le cadre de la formation continue. Mais en plus de le faire, il faut en accumuler la preuve : collectionner les certificats de présence, rédiger des comptes-rendus et des fiches de lecture. Et démontrer comment tout ça se ressent effectivement sur votre travail (dans mon cas par exemple, je vais collecter des exemples de plans de séances de formation que j'ai conçus en appliquant des principes lus dans un bouquin spécialisé, ou essayer d'obtenir du feedback auprès de mes étudiants).
Pour ne pas s'y perdre, on peut traiter ça comme une expérience in vivo et tenir un carnet de labo notant nos avancées au jour le jour...

Car la troisième étape sera celle de la construction d’un portfolio. Celui-ci doit comprendre un CV, une fiche de poste, son PKSB initial et un PKSB final (votre score doit donc avoir augmenté dans les domaines qui avaient été désignés comme cruciaux pour votre poste), un texte réflexif de 1000 mots et une collection organisée des « preuves » de votre développement professionnel. Un jury examine tout ça et vous octroie le Chartership ou vous renvoie à vos brouillons…

Et moi, et moi, et moi...

Je suis en plein dans la phase deux… Et je dois avouer que ça me plaît énormément. Ça me pousse à aller plus loin dans mes velléités d’auto-formation et dans mes lectures professionnelles, ça me donne une excuse pour demander des formations à tout-va auprès de mon employeur et de me porter volontaire pour assister à toutes les réunions possibles qui se rattachent de près ou de loin à mon poste. C’est très enrichissant. Et même si j’ai toujours fait cela à un certain degré, c’est un sacré coup de boost pour mes compétences professionnelles !

De plus, je trouve que le principe tombe vraiment sous le sens : pour être certifié comme un véritable bibliothécaire, il faut prouver qu’on en a les compétences et que l’on cherche à s’améliorer. C’est plus logique qu’une série de concours abscons, non ?



Image empruntée au Chartership Handbook, Cilip

mardi 28 janvier 2014

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail


Des personnalités difficiles ou dangereuses, on en a tous rencontrés. Des chieurs et des emmerdeuses. Des pénibles de toutes sortes. Je suis bien persuadée que les bibliothèques ne sont pas épargnées (loin de là !), alors je me suis dit que j'allais vous parler un peu de ce livre.

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail : identifier les comportements et gérer les troubles / Roland Guinchard. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson, imp. 2013, cop. 2013.

Tout d'abord, je l'ai lu d'une traite, tant je l'ai trouvé passionnant, et c'est bien pour ça que je vous le recommande. Pourtant, je partais avec un a priori négatif, sachant qu'il s'appuie sur l'hypothèse psychanalytique, dont je n'avais pas une bonne image. Mais Roland Guinchard a une écriture si claire, si synthétique, si convaincue, ses exemples sont si bien choisis, que j'ai trouvé difficile de lui résister. Ce qu'il dit fait sens et il m'a semblé reconnaître dans ses descriptions quelques personnes... Surtout, il donne des conseils très pratiques pour gérer les personnalités difficiles dans le cadre du lieu de travail. Enfin, j'en ai aussi un peu appris sur moi.

Toujours pas convaincus ? Alors je vais vous résumer une petite partie de son raisonnement.

Tout d'abord, la définition d'une personnalité difficile :
"Une personnalité difficile manifeste un comportement inadapté à la situation de travail, de façon répétitive et sans raison accessible, entraînant une gêne réelle pour l'entourage professionnel et pour la performance de l'entreprise, avec une vraie difficulté, voire une certaine souffrance, de la personne difficile elle-même."
Partant de cela, il faut savoir que nous sommes tous des névrosés. Ce qui est une bonne nouvelle car cela veut dire que nous sommes pas des psychotiques. Les névroses sont là pour compenser les petites explosions d'énergie inconsciente qui bouillent sous le voile de notre conscience et s'en échappent parfois. Au final, chacun de nous est en moyenne à 70% hystérique, à 20% phobique et à 10% obsessionnel. C'est lorsque ces pourcentages dévient fortement de cette norme qu'une personne devient une personnalité difficile.

Les hystériques regroupent la plus grande part des personnalités difficiles. Chez une personne normale, l'hystérie, c'est ce qui nous pousse à nous interroger sur ce que les autres pensent de nous, leur opinion, l'impression qu'on leur fait, c'est l'envie de plaire.
Chez la personnalité difficile à tendance hystérique, on va remarquer un aspect démonstratif (la personne "donne à voir", que ce soit en bien ou en mal, pour être admirée ou critiquée), un aspect touchant à la dimension du corps (le corps désirable ou le corps en plainte, ceux qui "allument" et ceux qui se plaignent constamment d'avoir mal quelque part), un aspect d'inauthenticité (excès dans la présentation des sentiments, variations fréquentes et rapides de l'humeur, les problèmes personnels envahissent l'environnement professionnel) et enfin un aspect d'insatisfaction (l'hystérique ne peut être satisfait, jamais).
Alors, comment gérer une personnalité hystérique ? La formule que propose Roland Guinchard repose sur 95% de distance et 5% de reconnaissance. Il faut, en toutes circonstances, rester professionnel et relativement distant mais savoir, de temps en temps et quand c'est justifié, féliciter et dire que les choses vont bien. Car en fait les personnalités hystériques semblent être angoissées par une absence de repères, ne sachant pas exactement où se situe la frontière entre vie professionnelle et vie privée. Elles vont alors tester cette limite pour s'assurer qu'elle existe bien. Il faut donc matérialiser d'autant plus fermement cette limite afin de les rassurer, sans oublier de leur donner leur dose homéopathique de compliments.

Je vous laisserais découvrir par vous même les deux autres versants des personnalités difficiles : les obsessionnels et les phobiques ; ainsi que les personnalités dangereuses représentées par les psychotiques, soit paranoïaques, soit pervers... C'est un voyage vraiment passionnant dans la psyché humaine, dont on ressort un peu changé et avec un nouveau regard sur nous-même et sur les autres.