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jeudi 17 janvier 2013

Les neurones qui pédalent



Si j'ai passé tant d'années à poursuivre les concours de catégorie A, c'est, dans une certaine mesure, que j'ai toujours été subjuguée par l'exercice de composition de culture générale. Prendre un sujet quelconque et le retourner dans tous les sens pour créer une pensée construite autour de ces quelques mots, quel magnifique exercice pour se décrasser les neurones ! Pourtant, je ne peux m'empêcher de le trouver vain dans sa finalité : la phase d'écriture se fait sans support, le candidat réunissant de tête les faits et les citations qu'il souhaite invoquer. Mais un argument sans sources, sans appui bibliographique est vide en soi ; il ne repose que sur du vent, que sur la foi qu'on porte en son auteur. La composition ne reste alors qu'un exercice dénué de sens, auquel on ne peut apporter de crédit autre que celui de nous avoir occupé l'esprit durant quatre ou cinq heures. Mais peut-être suis-je tout simplement un peu trop amoureuse du concept de l'article scientifique ?

Quoi qu'il en soit, si j'ai beaucoup réfléchi à l'équation de la composition de culture générale c'est que, si j'ai cessé définitivement de m'y préparer il y a de cela plus d'un an, je ne peux m'empêcher d'entrevoir constamment des choses qui pourraient m'être utile dans un contexte de composition dans ma vie de tous les jours. J'ai eu le cerveau trop formaté par la préparation aux concours : elle continue de modeler la façon dont je perçois le monde. Il faut que je désapprenne tout cela pour voir à nouveau d'un œil plus large et moins biaisé... Mais là n'est pas la question.

La dernière chose en date à avoir fait tourner la partie "candidate" de mon cerveau, c'est que j'ai rencontré, un peu par hasard, toutes sortes de matériels pédagogiques sur YouTube. J'arrive sûrement un peu tard avec cette information dépassée, mais j'ai été estomaquée par la richesse et la qualité de ce qui a pu être mis en ligne, à la disposition de tous. Mais voici néanmoins quelques liens, pour ceux  d'entre vous qui, comme moi, aiment bien faire pédaler leurs petites cellules grises en découvrant des choses nouvelles... Et qui n'ont pas peur de l'anglais.

Tout a commencé avec ce cours d'histoire générale très ludique et pensé spécifiquement à l'attention d'un public plutôt jeune et "geek". Les deux frères à l'origine de la plateforme CrashCourse proposent aussi des leçons de littérature anglophone, de biologie et d'écologie. Il existe de nombreuses autres chaînes pour ce type de public, principalement s'intéressant aux sciences, et généralement sans véritable curriculum, proposant des sujets d'actualité ou au fur et à mesure de l'inspiration de leurs auteurs.
Mais, personnellement, la science, je connais déjà pas mal. Ce dont j'avais envie, c'était de combler un peu mes connaissances quasi-nulles en matière de littérature et de sciences humaines. En essayant de pousser un peu plus loin les sujets que j'avais découverts en suivant le CrashCourse de littérature, je suis tombée sur ce cours de littérature américaine donné à Yale il y a quelques années. Et c'est là que je mis au jour ce trésor que sont les cours filmés des universités américaines. Que de choses qui s'offrent à nous ! J'ai mis dans mon petit panier ce cours de psychologie du MIT, spécialement pensé pour les autodidactes, un podcast sur la science-fiction et la politique, un cours sur les institutions juridictionnelles par l'UNJF, une introduction à la bioéthique par Oxford, ou encore une histoire de la philosophie... censément sans ellipses.

Pour faire votre marché parmi toutes ces ressources éducatives, il y existe un très bon annuaire où les cours de différentes sources sont triés par sujet. On peut aussi mentionner les sites français Canal-U et Universités Numériques, mais dont les contenus sont plus parcellaires et anecdotiques, ou les conférences filmées de la Cité des Sciences.
Je suis bien convaincue que toutes ces ressources seraient tout à fait adaptées pour préparer un concours... Mais elles ne le sont pas moins pour ceux qui se contentent de se réjouir d'en apprendre un peu plus chaque jour sur le monde qui nous entoure. Si vous avez des suggestions d'autres sources de Savoir en vidéo (ou autre) au travers des méandres du Web, je serais très heureuse de les explorer ! Sans oublier bien sûr d'exploiter les ressources, non moins nombreuses et utiles, de nos réseaux de bibliothèques...


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Sherlock Holmes Museum de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mardi 8 mai 2012

Dire et connaître




J'aime souvent à dire qu'on ne parle bien que de ce qu'on connaît. Ce qui, inéluctablement, me conduit à ne pas parler beaucoup, à longuement hésiter avant d'écrire, et à beaucoup me restreindre dans mes choix de sujets. Je parle donc de moi et de mes opinions, et j'ai beaucoup de difficultés à parler des autres et du monde : qui suis-je pour y connaître quoi que ce soit ? Comment être sûre de ne pas dire de bêtises ? Parfois je prends des risques, souvent je m'en veux a posteriori. Je débats peu, je ne connais pas les chiffres par cœur et l'aplomb des autres m'intimide : eux, ils ont l'air de savoir de quoi ils parlent. Parfois j'ai des doutes quant à la qualité de leurs sources et de leur raisonnement, mais je me trouve bien démunie pour leur répondre suivant ma propre éthique personnelle. La scientifique que je suis est incapable de dire quoi que ce soit sans analyser diverses sources fiables au préalable, et ce n'est pas vraiment adapté à la conversation à brûle-pourpoint. Au fond que sais-je ? Que crois-je savoir ?

Au final, ces réticences sont bien handicapantes face à un sujet de composition. Le bachotage aide. Pouvoir réciter des faits appris dans des livres, soit. Ça fait toujours des choses à rajouter dans la copie. Le jeu étant de réussir à réutiliser un maximum des quelques bribes de savoir accumulées, quelque soit le sujet posé. De quoi aurais-je pu parler sans trop de risques à propos de « la géographie, ça sert d'abord pour faire la guerre », quels faits aurais-je pu citer avec suffisamment de certitude pour les coucher sur ma copie ? Des grands explorateurs, de la colonisation, des cartes géologiques, des ressources en eau, du pétrole, de l'aménagement du territoire ? Soit. Mais une fois entrée dans le vif du sujet, j'ai toujours du mal à me départir d'un sentiment d'usurpation, de n'avoir rien à faire là. Je ne connais des explorateurs que quelques noms, de la colonisation que trois dates, des ressources en eaux que des schémas géologiques. Tout ça me paraît vain. Tenter de parler de choses qu'on connaît à peine comme si on en connaissait les tenants et les aboutissants... Je ne veux pas faire de la politique, juste être bibliothécaire !

Alors nous nous astreignons à cette tâche, pleins d'espoirs que, la prochaine fois, ce sera plus facile, ça passera mieux, on aura plus à dire... À l'usure, ça finira bien par passer, non ?

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Bercy le 29 avril 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 9 novembre 2011

Les méandres de l'enseignement


Le thème de l'enseignement supérieur m'a toujours fasciné. Peut-être parce que j'y ai passé tant d'années et qu'on attendait tant de mes réussites involontaires. Je ne suis devenue ni PDG ni chercheure et j'ai l'impression d'avoir déçu parents et professeurs alors même que j'exerce à présent un métier que j'adore.

Cela m'a toujours laissée dubitative quant aux orientations précoces imposées aux enfants et aux parcours scolaires présentés comme rectilignes.
Comment savoir ce qu'on veut faire dans la vie quand tout ce qu'on a connu ne sont que bancs de classes et tableaux noirs ? Comment le cours magistral peut-il un tant soit peu préparer à la vie active ? La plupart de mes connaissances ont eu des parcours scolaires et professionnels tarabiscotés et certains continuent de se chercher et de chercher leur place dans le monde du travail, bien après le sacro-saint passage par le bureau de l'orientation scolaire. Le monde est toujours plus complexe que ce à quoi on essaie de le réduire, que ce soit en quelques mots ou en quelques fiches. Il existe bien plus de métiers qu'on ne pourra en décrire et il s'en crée de nouveaux tous les jours. Alors comment former les jeunes à des métiers qui n'existent pas encore et comment avoir l'idée de chercher à s'y former en premier lieu ?

Tout ça pour dire que l'enseignement supérieur m'ébahit et m'interpelle et que je ne me lasse pas de lire à son sujet. Ce qui est fort à propos, puisque ce thème revient dans les annales de concours des bibliothèques.
En voici d'ailleurs deux exemples :
- "Excellence et égalité des chances : quels défis pour l’enseignement supérieur français ?" (concours de bibliothécaire d'Etat, externe, sujet de dissertation de la session de 2007)
- "Culture et société depuis le XIXème siècle en Europe - L'éducation. École et société : les défis de l'enseignement de masse. Famille, école et société aujourd'hui. L'enseignement supérieur et la recherche." (extrait du programme de culture générale des épreuves écrites de composition de culture générale et oral d'entretien avec le jury des concours interne et externe du concours de conservateur des bibliothèques d'Etat)

Alors, pour bien faire, je vous propose quelques pistes de lecture sur ce thème :
- L'enseignement supérieur en France, Maria Vasconcellos, 2006, La Découverte, collection Repères - Sociologie
- Mutations de l'enseignement supérieur et internationalisation, Imelda Elliot, Michael Murphy, Alain Payeur et Raymond Duval, 2011, De Boeck, collection Pédagogies en développement.
- Résumé du cours de Theodor Berchem au Collège de France (2003 - 2004) intitulé L'Avenir de l'Université - l'Université de l'Avenir.


Bonne lecture !


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en septembre 2011.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 3 novembre 2011

Eloge de l'annale



L'un des premiers réflexes de nombreux candidats, lors de la préparation d'un concours, est de se renseigner sur les sujets posés, pour se faire une idée plus précise des épreuves ou entamer directement son entraînement.
Dans ma bibliothèque (et sûrement dans beaucoup d'autres), ce sont d'ailleurs les annales qui sortent le mieux. En période d'examens, nous avons beau posséder dix exemplaires de chaque édition, les rayons se vident, on nous réclame les dates de retour des documents empruntés, les lecteurs-candidats se désespèrent.
Certes l'annale n'est pas une fin en soi : encore faut-il réussir à l'exploiter correctement et savoir prendre du recul par rapport aux sujets passés. Mais c'est déjà un bon début. A défaut d'y voir une course de haies à maîtriser parfaitement, elle peut se voir comme un bon guide de réflexion et de préparation à l'épreuve.

C'est une chance que, pour les concours des bibliothèques d'Etat, la plupart des rapports de jury soient en ligne. Certes on n'y trouve pas les dossiers de notes de synthèse ni les traductions des épreuves de langues étrangères, mais ils sont emplis d'informations utiles sur ce qu'attendent les jurés - et on y trouve les sujets de dissertation.
Voici d'ailleurs la liste que tout bon candidat au concours de bibliothécaire d'Etat pourra trouver sur le site de l'Enssib. Les sujets de bibliothécaire territorial sont moins faciles à identifier, maintenant que l'organisation en a été confiée aux CDG : nous en parlerons une prochaine fois.

Sujets de dissertation de l'épreuve externe de bibliothécaire d'Etat

Source : Enssib

2011 : L'économie numérique influence-t-elle les pratiques culturelles?

2009 : La presse écrite a-t-elle encore un avenir ?

2007 : Excellence et égalité des chances : quels défis pour l’enseignement supérieur français ?

2006 : Le tourisme, est-il un atout ou un risque pour la culture ?

2004 : Quelles chances et quels risques présentent selon vous les évolutions récentes de l’édition ?

2002 : « Il faut absolument remiser les tirades sur le bibliothécaire impassible, neutre, qui ne choisit pas. Il ne fait que ça, choisir, et il faut qu'il le fasse et avec le souci d'une vraie responsabilité. » En vous appuyant sur la connaissance que vous avez des bibliothèques et des moyens de diffusion actuels, expliquez et discutez cette affirmation du bibliothécaire Eugène Morel (1869-1934).

2000 : Jusqu'à quel point peut-il y avoir un marketing des activités culturelles ?

1998 : La bibliothèque lieu de mémoire est-elle une idée moderne ?

1996 : La bibliothèque encyclopédique est-elle encore possible aujourd’hui ?


Licence Creative CommonsPhoto : parvis de la BnF, prise par moi-même en octobre 2011.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.