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mardi 30 juillet 2013

Veille : retours de concours

Je ne pense pas avoir jamais fait de billet de veille sur ce blog, mais il y a un début à tout. La saison des concours est venue et s'en est allée, laissant son lot de reçus et de presque-reçus parmi nos amis twittothécaires !
Alors voici un petit florilège d'articles de ces derniers mois contant les expériences des collègues aux concours des bibliothèques d'État, fournée 2013.


*****

Concours de Magasinier principal et Bibass


* Sur son blog, concours Kermitt reprend les sujets des écrits de cette année pour les concours de magasinier principal, Bibass classe normale et supérieure ainsi que les questions de son oral de Bibass classe normale.

Concours de Bibliothécaire d'État


* Après sa série d'articles sur ses qualités d'Exceptionnelle, Marie-Idille nous fait partager son expérience de concours de bib interne :
- L'écrit ;
- La lecture des résultats ;
- L'oral de culture générale.

* Cécile nous propose quant à elle une description très précise et factuelle des oraux de bibliothécaire.

* À ma connaissance, c'est le seul a être paru pour les concours de cette année : voici le rapport de jury 2013

Concours de Conservateur d'État


* Cécile ne s'étant pas arrêtée là, voici son retour d'expérience sur les oraux du concours de conservateur interne (avec pleins de bons conseils dedans).

* Et Mathieu nous propose une revue très complète de l'ensemble du concours de conservateur.

*****


J'avoue que j'ai lu tous ces billets avidement, avec autant de fascination que d'horreur... Je crois que je ne suis pas encore tout à fait prête à remettre le pied à l'étrier !
Ce qui me donne d'autant plus d'admiration pour les reçus, les presques-reçus, et tous ceux qui nous ont fait partager leur expérience sur leurs blogs ou sur Twitter. Merci à tous de nous avoir permis de vivre vos écrits et vos oraux par procuration. Vos témoignages seront, j'en suis persuadée, très précieux aux futurs candidats qui tremblent déjà à l'idée de bientôt s'inscrire pour la session 2014...

Si vous avez repéré d'autres témoignages concernant les concours d'État 2013, n'hésitez pas à m'envoyer les liens, je les ajouterais à ce billet.

mercredi 13 février 2013

Les mutations impalpables



Je n'ai pas compris lorsqu'on est venu m'annoncer que la liste était parue. J'étais en train de travailler sur une liste d'acquisitions et j'ai été prise au dépourvue. "Quoi ? Non. Quelle liste ?"
La liste des postes pour les mutations de cette année. "Elle ne devait pas paraître demain ?"
Vite, vite, je suis allée y jeter un oeil avide. Ça faisait plusieurs jours que le lien vers Poppée était dans ma barre de favoris. Deux postes à Lyon. Un à Saint-Étienne. Rien chez moi. Trop loin. J'ai relu la liste d'un regard un peu vide. "Ah. Et bien tanpis." Et la conversation a tout de suite enchaîné sur les postes susceptibles d'être vacants et sur la marche à suivre.

Mais je n'y étais pas vraiment. Je suis restée un peu spectatrice, incapable de ressentir quoi que ce soit face à ce qui avait plutôt l'allure d'une mauvaise nouvelle. Ça fait si longtemps que je ne me projette plus dans l'avenir... que les contours de la chose en sont devenus flous. Ce qui ne m'empêche pas d'agir en direction de ce qui avait été prédéfini. Par exemple, nous nous sommes pacsés fin janvier, histoire de mettre toutes les chances de notre côté si mutation il y avait. Et mon vide intérieur ne m'a pas empêchée pas de remettre mon CV au goût du jour pour l'envoyer aux SCD grenoblois.
J'imagine avec plaisir un futur en famille, un retour vers les Alpes. Mais, par peur de nouvelles déceptions, je ne le vois plus que comme une rêverie, non pas comme une chose à portée de main. Alors, somnambule, je marche à l'aveuglette. Tout semble si irréel. Je me raccroche aux branches du quotidien, les seules un peu palpables dans cet univers de coton. Et je ne m'en retrouve pas plus mal.
Et puis, j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Comment cela pourrait-il l'être ? Je ne me suis pas encore battue ! Rien n'est vraiment arrivé encore. Rien qu'une liste d'établissements perdue dans l'immensité du Web. Dont j'ai du mal à saisir la signification.

La journée de concours de mercredi dernier m'a elle aussi prise par surprise. J'ai été étonnée en croisant des commentaires sur Twitter. Je me suis si bien retirée de ce monde-là que je n'avais pas la moindre idée que l'échéance était déjà à son terme. J'ai eu le même sentiment d'anticlimax. Ah. C'était déjà là ? Les sujets ne m'ont fait ni chaud ni froid. Je suis contente que cette partie de ma vie soit achevée, en fait. Même si elle doit reprendre plus tard. Pour l'instant, elle ne me manque pas. J'ai petit à petit appris à remplir ma tête et mes soirées d'autres buts et d'autres envies. Je ne me suis pas départie de mon besoin d'apprendre mais j'ai fini par trouver comment le canaliser autrement. Et j'ai retrouvé du plaisir à créer. J'ai reconstruit mes mondes intérieurs. Et, quelque soit la ville autour de moi, ils ne me quittent pas.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Grenoble en janvier 2013.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 17 janvier 2013

Les neurones qui pédalent



Si j'ai passé tant d'années à poursuivre les concours de catégorie A, c'est, dans une certaine mesure, que j'ai toujours été subjuguée par l'exercice de composition de culture générale. Prendre un sujet quelconque et le retourner dans tous les sens pour créer une pensée construite autour de ces quelques mots, quel magnifique exercice pour se décrasser les neurones ! Pourtant, je ne peux m'empêcher de le trouver vain dans sa finalité : la phase d'écriture se fait sans support, le candidat réunissant de tête les faits et les citations qu'il souhaite invoquer. Mais un argument sans sources, sans appui bibliographique est vide en soi ; il ne repose que sur du vent, que sur la foi qu'on porte en son auteur. La composition ne reste alors qu'un exercice dénué de sens, auquel on ne peut apporter de crédit autre que celui de nous avoir occupé l'esprit durant quatre ou cinq heures. Mais peut-être suis-je tout simplement un peu trop amoureuse du concept de l'article scientifique ?

Quoi qu'il en soit, si j'ai beaucoup réfléchi à l'équation de la composition de culture générale c'est que, si j'ai cessé définitivement de m'y préparer il y a de cela plus d'un an, je ne peux m'empêcher d'entrevoir constamment des choses qui pourraient m'être utile dans un contexte de composition dans ma vie de tous les jours. J'ai eu le cerveau trop formaté par la préparation aux concours : elle continue de modeler la façon dont je perçois le monde. Il faut que je désapprenne tout cela pour voir à nouveau d'un œil plus large et moins biaisé... Mais là n'est pas la question.

La dernière chose en date à avoir fait tourner la partie "candidate" de mon cerveau, c'est que j'ai rencontré, un peu par hasard, toutes sortes de matériels pédagogiques sur YouTube. J'arrive sûrement un peu tard avec cette information dépassée, mais j'ai été estomaquée par la richesse et la qualité de ce qui a pu être mis en ligne, à la disposition de tous. Mais voici néanmoins quelques liens, pour ceux  d'entre vous qui, comme moi, aiment bien faire pédaler leurs petites cellules grises en découvrant des choses nouvelles... Et qui n'ont pas peur de l'anglais.

Tout a commencé avec ce cours d'histoire générale très ludique et pensé spécifiquement à l'attention d'un public plutôt jeune et "geek". Les deux frères à l'origine de la plateforme CrashCourse proposent aussi des leçons de littérature anglophone, de biologie et d'écologie. Il existe de nombreuses autres chaînes pour ce type de public, principalement s'intéressant aux sciences, et généralement sans véritable curriculum, proposant des sujets d'actualité ou au fur et à mesure de l'inspiration de leurs auteurs.
Mais, personnellement, la science, je connais déjà pas mal. Ce dont j'avais envie, c'était de combler un peu mes connaissances quasi-nulles en matière de littérature et de sciences humaines. En essayant de pousser un peu plus loin les sujets que j'avais découverts en suivant le CrashCourse de littérature, je suis tombée sur ce cours de littérature américaine donné à Yale il y a quelques années. Et c'est là que je mis au jour ce trésor que sont les cours filmés des universités américaines. Que de choses qui s'offrent à nous ! J'ai mis dans mon petit panier ce cours de psychologie du MIT, spécialement pensé pour les autodidactes, un podcast sur la science-fiction et la politique, un cours sur les institutions juridictionnelles par l'UNJF, une introduction à la bioéthique par Oxford, ou encore une histoire de la philosophie... censément sans ellipses.

Pour faire votre marché parmi toutes ces ressources éducatives, il y existe un très bon annuaire où les cours de différentes sources sont triés par sujet. On peut aussi mentionner les sites français Canal-U et Universités Numériques, mais dont les contenus sont plus parcellaires et anecdotiques, ou les conférences filmées de la Cité des Sciences.
Je suis bien convaincue que toutes ces ressources seraient tout à fait adaptées pour préparer un concours... Mais elles ne le sont pas moins pour ceux qui se contentent de se réjouir d'en apprendre un peu plus chaque jour sur le monde qui nous entoure. Si vous avez des suggestions d'autres sources de Savoir en vidéo (ou autre) au travers des méandres du Web, je serais très heureuse de les explorer ! Sans oublier bien sûr d'exploiter les ressources, non moins nombreuses et utiles, de nos réseaux de bibliothèques...


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Sherlock Holmes Museum de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 11 juin 2012

Jeux de langues




J'ai beaucoup râlé quand la réforme a fait devenir obligatoire une deuxième langue au concours de conservateur d'État. Il me semblait, et j'en suis encore convaincue, que la mesure réduisait encore les possibilités d'admission des candidats aux profils atypiques (plus de notes de synthèses différenciées, plus d'oraux scientifiques ou juridiques). Selon les autorités compétentes, les précédentes épreuves n'avaient pas permis de recruter des spécialistes. Ces modifications des épreuves ne restreigne-t-elle pas d'autant plus les possibilités de leurs recrutements ? Ne vont-elles pas seulement servir à reproduire encore un peu plus fidèlement les profils littéraires étriqués qui tendent à constituer le corps des conservateurs ? Au final, qui peut triompher de ce concours ? Combien d'entre nous peuvent se targuer d'être trilingue ?


Pourtant, je ne suis pas la plus mal lotie. Si en 2007, la version anglaise avait déjà disparu pour se transformer en épreuve orale, je n'aurais jamais eu la chance d'expérimenter les revers de l'admissibilité. Mais maintenant que les sujets de langues deviennent les supports à des prestations orales ne valant que pour l'admission, je reste assez sceptique quant à mes chances d'un jour les réussir.
Donc, alors même que j'ai retourné ma veste pour ne plus réviser directement les épreuves de ces chers concours, je profite d'une partie du temps que je me suis ainsi dégagée pour reprendre un peu mon allemand rouillé, mon faible italien, mon japonais si frêle qu'un coup de vent le ferait tomber par la fenêtre. C'est qu'en fait, j'aime bien les langues. Alors si un jour elles pouvaient m'aider un peu face à un jury ou au bas de mon CV... C'est toujours ça de pris.


A mon sens, l'apprentissage d'une langue, c'est un peu comme une grille de mots-croisés infinie, un sudoku de l'extrême, un amusement de l'esprit. J'aime à faire ainsi tourner mes méninges, pas tant pour la compétence finale que pour le plaisir du parcours. J'y vais par petits à-coups, quand soudain ça me prends, pour occuper quelques heures de train, pour m'empêcher de penser à autre chose. Puis je laisse en jachère. Je commence autre chose. Une autre langue, un nouvel instrument, un projet différent. Et toujours j'y reviens, ravie de voir que les mots me glissent sur la langue, me reviennent à l'esprit plus aisément que la dernière fois.
J'aime à synthétiser les choses, rédiger toujours plus clairement, réduire l'équation à son expression la plus simple, traduire sans fioritures. L'exercice est plaisant et me désencombre l'esprit. Je ne suis toujours pas convaincue de ce que la réforme de 2007 aie vraiment été judicieuse, mais qu'y faire, si ce n'est tenter de faire avec, du mieux que nous puissions ? Voyons les choses du bon côté : au final, la traduction ne s'apparente-t-elle pas à un genre de catalogage très élaboré ?

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Andilly en juin 2011.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 21 mai 2012

Le rituel du concours



Je suis persuadée que, dans nos vies modernes d'adulescents mal dégrossis, nous manquons de repères, de jalons, de rites de passage. Je pense que c'est pour ça que le nombre total de mariages et de PACS continue d'augmenter d'années en années, que les "graduation ceremony" à l'américaine se répandent, ou que l'on se régale des cérémonies officielles, preuves vivantes de la continuité comme de la vivacité de notre République.

Au final, les concours de la fonction publique, ne font-ils pas eux aussi fonction de rites de passage ? Ces épreuves de culture générale démodées, ces grands oraux terrifiants, cette reproduction systématique des élites... Si pour l'institution ils font fonction d'outil de sélection parmi les candidats, que représentent-ils pour les reçus ?
J'ai choisi personnellement d'en faire un marqueur personnel de ma vie. J'ai survécu au rite, il y a un avant et un après : désormais, je suis bibliothécaire. Bourdieu a écrit il y a trente ans un article fort intéressant sur les rites où il disait :
"Celui qui est institué se sent sommé d'être conforme à sa définition, à la hauteur de sa fonction."
Et aussi :

""Deviens ce que tu es". Telle est la formule qui sous-tend la magie performative de tous les actes d'institution."
 Et c'est tout à fait ça : l'institution m'a dit que j'étais bibliothécaire, et par la force d'un bout de papier, je le suis devenue. Puisque je le suis, il faut que j'agisse comme telle, et je m'y efforce chaque jour ouvré.

Nous n'avons plus de véritables marqueurs de passage à l'âge adulte, les quelques évènements qui y conduisent se diluent par leur nombre et par l'allongement de l'adolescence : le dix-huitième anniversaire, le bac, les diplômes de l'enseignement supérieur, le premier salaire, la constitution du couple, la naissance des enfants... J'ajouterais donc à cette liste non-exhaustive et personnelle la réussite à un concours de la fonction publique.

Si nous manquons de rites dans nos vies modernes, nous avons néanmoins la possibilité de choisir et de s'approprier les nôtres propres, suivant l'importance que l'on accorde aux différents évènements de la vie. En devenant fonctionnaire stagiaire, j'ai choisi de faire cette étape un pas de plus sur mon chemin de l'âge adulte. Et je compte bien considérer ma future titularisation de la même manière et la fêter comme il se doit.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au plateau du Retord en avril 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.


mardi 8 mai 2012

Dire et connaître




J'aime souvent à dire qu'on ne parle bien que de ce qu'on connaît. Ce qui, inéluctablement, me conduit à ne pas parler beaucoup, à longuement hésiter avant d'écrire, et à beaucoup me restreindre dans mes choix de sujets. Je parle donc de moi et de mes opinions, et j'ai beaucoup de difficultés à parler des autres et du monde : qui suis-je pour y connaître quoi que ce soit ? Comment être sûre de ne pas dire de bêtises ? Parfois je prends des risques, souvent je m'en veux a posteriori. Je débats peu, je ne connais pas les chiffres par cœur et l'aplomb des autres m'intimide : eux, ils ont l'air de savoir de quoi ils parlent. Parfois j'ai des doutes quant à la qualité de leurs sources et de leur raisonnement, mais je me trouve bien démunie pour leur répondre suivant ma propre éthique personnelle. La scientifique que je suis est incapable de dire quoi que ce soit sans analyser diverses sources fiables au préalable, et ce n'est pas vraiment adapté à la conversation à brûle-pourpoint. Au fond que sais-je ? Que crois-je savoir ?

Au final, ces réticences sont bien handicapantes face à un sujet de composition. Le bachotage aide. Pouvoir réciter des faits appris dans des livres, soit. Ça fait toujours des choses à rajouter dans la copie. Le jeu étant de réussir à réutiliser un maximum des quelques bribes de savoir accumulées, quelque soit le sujet posé. De quoi aurais-je pu parler sans trop de risques à propos de « la géographie, ça sert d'abord pour faire la guerre », quels faits aurais-je pu citer avec suffisamment de certitude pour les coucher sur ma copie ? Des grands explorateurs, de la colonisation, des cartes géologiques, des ressources en eau, du pétrole, de l'aménagement du territoire ? Soit. Mais une fois entrée dans le vif du sujet, j'ai toujours du mal à me départir d'un sentiment d'usurpation, de n'avoir rien à faire là. Je ne connais des explorateurs que quelques noms, de la colonisation que trois dates, des ressources en eaux que des schémas géologiques. Tout ça me paraît vain. Tenter de parler de choses qu'on connaît à peine comme si on en connaissait les tenants et les aboutissants... Je ne veux pas faire de la politique, juste être bibliothécaire !

Alors nous nous astreignons à cette tâche, pleins d'espoirs que, la prochaine fois, ce sera plus facile, ça passera mieux, on aura plus à dire... À l'usure, ça finira bien par passer, non ?

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Bercy le 29 avril 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 23 avril 2012

La grande course


 J'aime les soirées électorales. Je crois bien les avoir toujours vues comme une sorte de grande fête à laquelle chacun peu participer, une grande fête pour la République, un quatorze juillet hors saison avec les cris des foules et les souffles qui se suspendent, les chars et les feux d'artifices en moins. Je me rappelle, étant petite, avoir joué autour des isoloirs, à chaparder les bulletins dans les poubelles pour voir qui avait été mis au rebut par les grandes personnes, puis courir après les copains à travers le gymnase. Toute la journée, l'attente montait, on comptait les heures puis les minutes nous séparant du résultat et, privilège suprême, on était autorisés à regarder la télévision jusqu'à bien plus tard qu'habituellement pour enfin voir s'afficher les visages des vainqueurs sur la surface bleutée de l'écran...

C'était comme les Jeux Olympiques, avec moins d'épreuves et des coureurs moins beau, mais presque autant d'excitation dans l'air... Dans nos vies solitaires et étriquées, j'aime ces rappels à la communauté, savoir que chacun, à 19h59, retient son souffle, espérant de tout cœur que son candidat passe devant, qu'au même instant des milliers de gens lèveront les bras en signe de victoire ou s'affaisseront un peu dans leur fauteuils. Enfin, oui, je sais bien que je m'illusionne, que tout le monde n'est pas si investi dans cette petite minute de suspens, que nombreuses sont les estimations qui se passent sous le manteau virtuel, mais quoi ! Qu'importe ! Hier, j'ai fermé Twitter, j'ai clos mon navigateur, et je n'ai pas boudé mon plaisir en attendant 20h ! Nous avons regardé ensemble le décompte final, levé les bras en l'air, juré, parlementé jusqu'à plus soif en écoutant d'une oreille distraite les discours des divers concurrents...

C'est ce genre de moments qui me grisent et m'intoxiquent et me font aimer les concours jusqu'à plus soif. Les pieds dans les starting-blocks, tout est possible. A chacun de donner le meilleur de lui-même, d'aller au maximum de ses capacités, en se rappelant biens sûr que l'essentiel, c'est de participer... Non ? Une fois la course achevée, la dernière copie rendue, commence l'attente et le suspens, l'attente interminable qui vous empêche de vous concentrer sur vos tâches quotidiennes et qui vous réveille aux heures sombres de la nuit. Ah ! J'ai toujours préféré les sprints aux courses de fond ! Et puis soudain, après avoir incessamment rafraîchi la page pendant des jours, le lien vers les résultats apparaît sur l'écran. Une seconde, mon cœur s'arrête, juste le temps de prendre la mesure de l'instant. Dans une seconde, ma vie peut basculer. Clic.

C'est donc de tout mon cœur que j'envoie mes pensées de courage aux candidats de ce tour-ci. Une partie de moi-même aurait aimé courir à vos côtés... Mais ma raison voit bien que ce que j'aime plus que tout c'est la course, pas la victoire. Bah, pour les sensations fortes, je me rattraperais devant mon écran cet été...




Licence Creative Commons
Photo : prise par The World According to Marty.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas de Modification 2.0 Générique.

mercredi 21 mars 2012

Se préparer à la réussite



J'ai reçu ma convocation au concours de conservateur externe et, non, je n'irais pas. Je l'ai jetée, je suis déterminée, je n'irais pas cette année. Mais cela m'a fait repenser à l'an dernier, à toutes ces heures à m'user les fonds de pantalon sur des bancs d'école, à composer, à synthétiser. Tous mes congés ou presque passés à réviser. Et puis l'oral, la fierté de pouvoir défendre en personne ma candidature, la fierté d'être reçue. Et puis la peur, la peur immense. Car personne ne nous l'a jamais dit ça, ce qu'il se passe, une fois reçu.

J'ai épluché le Web à la recherche de témoignages, d'informations, de bribes. J'ai rédigé des messages sur des forums. Je me suis même fait violence et je suis allée interroger les bibliothécaires de la BU d'à côté. J'ai passé deux semaines d'angoisse à attendre le courrier explicatif du ministère. Mais leur message sibyllin n'a pas su répondre à toutes mes interrogations. Et je crois que c'est à ce moment-là que je me suis dit que, si j'avais un blog, j'irais témoigner de ce qui se passe *après* avoir été reçu. Pour que d'autres puissent faire baisser un peu leur taux d'anxiété et accueillir plus sereinement la suite, contrairement à moi.

Tout ce que je vais décrire ici concerne mon expérience de reçue au concours de Bibliothécaire adjoint/assistant spécialisé externe, mais je suppose que certaines parties peuvent être transposées à d'autres concours des bibliothèques d’État (quoique pour le passage à l'Enssib des catégories A, c'est pour moi le noir complet). N'hésitez pas à compléter / corriger mon propos dans les commentaires si vous avez d'autres points à ajouter.


Voilà, votre nom est apparu dans la liste, vous avez sauté de joie et trinqué à qui mieux mieux. Que se passe-t-il ensuite ?
- D'ici une ou deux semaines, vous recevrez les instructions officielles du ministère par courrier ;
- Sachez déjà qu'ils vont vous renvoyer vers le serveur Poppée dédié à la gestion des personnels des bibliothèques et, que dans un futur proche, la liste de établissements proposant des postes "au concours" y sera affiché ;
- Pas de suspens de ce côté-là : environ 80% des postes proposés seront sur Paris ;
- Il vous faudra appeler chaque établissement (en espérant que le numéro fourni soit le bon ou en tâtonnant jusqu'à trouver un interlocuteur bienveillant) pour obtenir une fiche de poste, ou tout du moins une description succincte ;
- Ce que personne ne dit, c'est que vous êtes sensé essayer d'obtenir un rendez-vous avec les responsables des bibliothèques qui vous intéressent, comme pour un entretien d'embauche, et y faire bonne figure ;
- Dans les faits, certains voudront bien se contenter d'un entretien téléphonique ;
- Dans tous les cas, préparez-vous à passer de nombreuses heures au téléphone aux heures de bureau (comme c'est pratique... j'aurais bien pris des jours de congé juste pour m'occuper de ça mais ils étaient déjà tous partis dans la préparation et le passage des concours : soyez plus malins que moi, gardez-en un ou deux !) ;
- Une fois le délai officiel de réflexion achevé, il vous faut renvoyer une liste de vœux (cinq je crois ?) au ministère ;
- Les établissements aussi peuvent énoncer des vœux quand aux candidats qu'ils souhaiteraient accueillir (mais d'après les directeurs à qui j'ai pu en parler, leur prise en compte reste assez minime) ;
- Il faut aussi renvoyer aux ressources humaines du ministère tout un tas de paperasses administratives, enfin la routine habituelle quoi ;
- Le ministère fait sa tambouille, entre le classement des candidats, les vœux des uns et des autres, le cycle de la lune et, environ deux semaines plus tard (si mes souvenirs sont justes), votre affectation apparaît sur Poppée (joie ? horreur ? consternation ?) ;
- Il faut renvoyer un papier pour accepter ladite affectation ;
- Et n'oubliez pas de contacter votre nouvel établissement, non seulement pour savoir où et quand débarquer chez eux, mais aussi parce que *leurs* ressources humaines auront aussi besoin de tout un tas de paperasse.

Bonnes chances à tout ceux pour qui les dates d'admissibilité se rapprochent à grands pas !


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même dans l'Ain en juillet 2011.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

samedi 28 janvier 2012

Les dix commandements du candidat


En ce dernier week-end de révisions, je voulais proposer aux candidats aux concours de cette semaine mes quelques conseils de participante multirécidiviste à la grande loterie de la fonction publique.
Bon, bien sûr, il ne s'agit que de mon opinion, vous faites ce que vous voulez, hein !

Les dix commandements du candidat
  1. Très à l'avance de chez toi tu partiras, et ainsi le stress du métro en panne tu éviteras ;
  2. Les snacks emballés individuellement tu banniras, ou sous les coups de tes congénères tu périras ;
  3. Mais une belle portion de chocolat tu prévoieras qui à la fin des épreuves te récompenseras ;
  4. Avant toutes choses tes entêtes de copies tu rédigeras et du rab' de brouillon tu demanderas (et ainsi ta réflexion par manque de papier tu n'interrompras pas) ;
  5. Par deux fois le sujet tu reliras, ce qui des contresens t'éviteras ;
  6. Au brouillon toutes tes idées (même les plus fugaces ou ridicules) tu noteras ;
  7. En recopiage un temps précieux tu ne perdras pas et sur ta copie seule tu rédigeras ;
  8. Un temps de réflexion avant d'écrire tu prendras pendant lequel la cohérence de ton raisonnement tu vérifieras (car il est notoirement plus difficile de modifier son plain une fois la copie entièrement rédigée...) ;
  9. Au moins 15 mn de relecture tu prévoieras : c'est toujours plus long de se relire que ce que tu crois ;
  10. Au maximum de stresser tu éviteras : si ça peut te rassurer, sache que tes co-candidats sont bien plus anxieux que toi !
Bonne chance à tous et bon courage pour cette dernière ligne droite avant les écrits !

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à la Paris en octobre 2011.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 18 janvier 2012

La réalité en toutes lettres



Ce soir, en rentrant du travail, j'ai trouvé ma convocation au concours de bibliothécaire. Je l'ai ouverte à demi amusée et je l'ai à peine lue avant de la reposer et de m'éloigner. Puis j'ai fait demi-tour. J'ai repensé à toutes ces précédentes convocations sur ce même papier saumon, parfois vert, à la boule que j'avais au ventre en éventrant chaque enveloppe du ministère, aux quelques secondes d'angoisse avant d'aller regarder sur Google Maps l'emplacement exact du bâtiment, repérer les parkings à proximité ou les arrêts de transport en commun, de calculer le temps qu'il faudrait en ajoutant une heure de marge pour faire bonne mesure et parer aux mauvaises surprises. Alors j'ai cherché des yeux l'adresse, en haut de la lettre. Tiens, Arcueil, je ne sais même pas où c'est. Et puis j'ai haussé les épaules. Mais je n'ai pas encore osé jeter ce petit sésame à la poubelle.

Mes collègues révisent dur, de séminaires en exercices de catalogages, toujours un bouquin à portée de main pour réviser encore un peu entre deux lecteurs à la banque de prêt ou pour le dégainer dès qu'ils auront pu s'adosser contre une porte de métro, malgré la pression de la foule et l'inconfort de la position. Je les regarde de loin, un peu ahurie, comme mal réveillée, tout à fait étonnée de ne pas faire comme eux, un peu fière de moi de n'avoir pas replongé dans mes habitudes de fichage compulsif, un peu déçue aussi de ne pas participer à cette grande  expérience collégiale. Pour la première fois, j'aurais pu avoir des collègues avec qui échanger des notes et des références bibliographiques, avec qui faire le planton devant la porte d'examen et échanger des parts de goûter entre deux épreuves, et pour la première fois depuis des années, depuis des lustres me semble-t-il dans la brume de mes pensées, je n'irais pas. C'est dommage non ?

Mais ma décision est prise, c'est sûr : dès que j'aurais fini d'écrire ce billet, j'irais jeter ma convocation. Ou du moins, la cacher dans le fond d'un tiroir...

Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en décembre 2011, en Haute-Savoie.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mardi 29 novembre 2011

Les difficultés du renoncement


J'ai eu quelques jours de congé et j'ai beaucoup réfléchi. J'ai tourné et retourné dans ma tête toutes ces choses qui me dévorent depuis septembre pour enfin prendre une décision.
Je suis définitivement atteinte du syndrôme de l'éternel candidat, mais je me soigne : j'ai décidé que cette année, il n'y aurait pas de concours pour moi.
En fait, je me sens bien dans mes baskets toutes neuves de BAS, et j'ai envie de les user un peu plus longtemps, peut-être trouver un moyen de retourner vers mes belles montagnes et prendre un peu d'aisance dans mon boulot. J'aime cataloguer, désherber, acquérir, renseigner, alors j'ai envie de me dire : restons-en là ! Au moins un petit peu.

Et, pour autant, je ne vais pas cesser de continuer à lire, à me cultiver, à faire quelques fiches même... Car on ne tue pas si facilement tant d'années d'habitude. Et puis j'aime ça aussi !
Mais ce qui est difficile, c'est de s'habituer à naviguer sans but, sans date butoir, sans concours à l'horizon. Alors j'ai peur de replonger : après tout, je suis toujours inscrite, c'est comme un filin de sécurité, si j'ai envie d'y aller au dernier moment, et bien j'irais. Enfin zut.
Pourtant déjà, je me sens libérée de ce poids qui, je m'en aperçois, pesait sur mes épaules, et il me vient d'autres envies. De connaissances, de visites, de cuisine, auxquelles mon programme d'incessantes révisions m'empêchait tout simplement d'envisager. Alors qui sait, peut-être ce renoncement sera-t-il une clé de plus dans ma quête d'une plus vaste culture générale ?


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en août 2011.
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jeudi 3 novembre 2011

Eloge de l'annale



L'un des premiers réflexes de nombreux candidats, lors de la préparation d'un concours, est de se renseigner sur les sujets posés, pour se faire une idée plus précise des épreuves ou entamer directement son entraînement.
Dans ma bibliothèque (et sûrement dans beaucoup d'autres), ce sont d'ailleurs les annales qui sortent le mieux. En période d'examens, nous avons beau posséder dix exemplaires de chaque édition, les rayons se vident, on nous réclame les dates de retour des documents empruntés, les lecteurs-candidats se désespèrent.
Certes l'annale n'est pas une fin en soi : encore faut-il réussir à l'exploiter correctement et savoir prendre du recul par rapport aux sujets passés. Mais c'est déjà un bon début. A défaut d'y voir une course de haies à maîtriser parfaitement, elle peut se voir comme un bon guide de réflexion et de préparation à l'épreuve.

C'est une chance que, pour les concours des bibliothèques d'Etat, la plupart des rapports de jury soient en ligne. Certes on n'y trouve pas les dossiers de notes de synthèse ni les traductions des épreuves de langues étrangères, mais ils sont emplis d'informations utiles sur ce qu'attendent les jurés - et on y trouve les sujets de dissertation.
Voici d'ailleurs la liste que tout bon candidat au concours de bibliothécaire d'Etat pourra trouver sur le site de l'Enssib. Les sujets de bibliothécaire territorial sont moins faciles à identifier, maintenant que l'organisation en a été confiée aux CDG : nous en parlerons une prochaine fois.

Sujets de dissertation de l'épreuve externe de bibliothécaire d'Etat

Source : Enssib

2011 : L'économie numérique influence-t-elle les pratiques culturelles?

2009 : La presse écrite a-t-elle encore un avenir ?

2007 : Excellence et égalité des chances : quels défis pour l’enseignement supérieur français ?

2006 : Le tourisme, est-il un atout ou un risque pour la culture ?

2004 : Quelles chances et quels risques présentent selon vous les évolutions récentes de l’édition ?

2002 : « Il faut absolument remiser les tirades sur le bibliothécaire impassible, neutre, qui ne choisit pas. Il ne fait que ça, choisir, et il faut qu'il le fasse et avec le souci d'une vraie responsabilité. » En vous appuyant sur la connaissance que vous avez des bibliothèques et des moyens de diffusion actuels, expliquez et discutez cette affirmation du bibliothécaire Eugène Morel (1869-1934).

2000 : Jusqu'à quel point peut-il y avoir un marketing des activités culturelles ?

1998 : La bibliothèque lieu de mémoire est-elle une idée moderne ?

1996 : La bibliothèque encyclopédique est-elle encore possible aujourd’hui ?


Licence Creative CommonsPhoto : parvis de la BnF, prise par moi-même en octobre 2011.
Cette photo est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 27 octobre 2011

Le syndrôme de l'éternel candidat

Après de longues tergiversations, je me décide à ouvrir mon carnet de notes sur l'espace ouvert du Web. Ce n'est pas que je me sente à l'étroit dans mon petit Moleskine, mais j'y suis un peu seule et j'ai envie de compagnie.
J'aurais des choses à raconter sur mon incessante préparation des concours des bibliothèques, sur ma tentative de survie en région parisienne, sur ma timide pratique de veille, alors je cesse de cogiter dans mon coin et je me lance.

Je suis une candidate pathologique. C'est comme si je n'avais jamais su faire que ça, depuis les bancs de l'école, avec ma tête de première de la classe et mon incapacité chronique au découragement. Passer mes soirées à travailler. Bachoter sans relâche. M'organiser de petits concours blancs. Me présenter aux épreuves le sourire aux lèvres. Echouer à ça. C'était vraiment pas loin ce coup-ci. Si je gagnais quelques points en dissertation... Mais je suis si fatiguée... Et, inlassablement, me réinscrire à la session suivante.

J'ai un travail bien sûr, et un bon, et je m'y plais beaucoup. Je vis un peu dans l'illusion que l'un de ces concours m'en apportera un meilleur. Alors, dans le doute, je rempile. Après tout, j'aime ça, peut-être ai-je l'âme d'une éternelle étudiante ? Mais parfois, les jours sont gris, le ciel est bas, alors en plus de chercher la note finale qui signera mon passage dans la catégorie supérieure, je cherche aussi à retrouver un peu de beau dans ma vie, dans les petites joies du quotidien.

C'est de tout ça dont j'ai envie de parler ici. Des concours, des bibliothèques, de mes états d'âmes par rapport à tout ce petit monde. Et des rayons de Soleil aussi.