vendredi 8 mars 2013

Écart salarial



En cette journée internationale du droits des femmes - et pour faire suite à mes billets de l'an dernier - je voulais juste reprendre quelques mots d'un rapport de l'INSEE sur l'écart salarial femmes-hommes (porté à mon attention par le retweet de Christine O.).

Dans la fonction publique, des écarts de revenu salarial plus faibles, mais qui ne diminuent pas…

Dans la fonction publique, les salaires des titulaires (environ 80 % des agents de la fonction publique, hors militaires) sont soumis à des grilles statutaires qui garantissent de moindres écarts de traitement indiciaire entre les agents qui, à ancienneté donnée, occupent le même poste. Au traitement indiciaire s’ajoutent des montants de primes et indemnités variables, incluant notamment les heures supplémentaires. Les femmes occupent près de 65 % des postes dans la fonction publique. L’écart de revenu salarial entre les hommes et les femmes est de 10 points inférieur dans la fonction publique à celui du secteur privé : 18 % contre 28 % en 2010.
Dans la fonction publique d’État (FPE), l’écart de revenu salarial entre les hommes et les femmes est de 18 % en 2010 : 16 % pour les enseignants et 23 % pour les non enseignants. Les femmes perçoivent un salaire horaire inférieur de 15 % à celui des hommes et travaillent 4 % d’heures en moins dans l’année en moyenne dans la FPE.
L’écart de revenu salarial est de 17 % dans la fonction publique territoriale (FPT) et de 21 % dans la fonction publique hospitalière (FPH). Dans la FPH, les écarts s’expliquent presque intégralement par le salaire horaire des femmes qui reste très inférieur à celui des hommes (20 %). Les femmes y sont en effet surreprésentées parmi les catégories B et C (en grande partie des infirmières et aides-soignantes) et sous-représentées parmi les catégories A (en grande partie des médecins). En revanche, dans la FPT, l’écart de revenu salarial s’explique à la fois par un salaire horaire des femmes inférieur de 10 % à celui des hommes et par un nombre d’heures travaillées inférieur de 9 %.
En 2010, les femmes de catégorie A ont, en moyenne, un revenu salarial inférieur de 23 % à celui des hommes. Pour les catégories B, le revenu salarial moyen des femmes est en moyenne inférieur de 14 % à celui des hommes.
Les écarts de revenu salarial se maintiennent : ils n’ont baissé que d’un point au cours des 10 dernières années. En particulier, les femmes sont plus nombreuses parmi les enseignants. Or, le revenu salarial des enseignants est inférieur au revenu salarial moyen perçu par les agents de même catégorie de la fonction publique d’État, du fait d’une plus faible part de primes.
Voici des chiffres fort éloquents. Comme quoi le combat pour les droits des femmes est loin d'être achevé, même dans nos enclaves privilégiées. 


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en novembre 2012 au Highgate Cemetery de Londres.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

lundi 4 mars 2013

CultureBib #1 : Culture et substances illégales


Bienvenue à notre première édition de CultureBib ! Comme il se doit, notre premier curateur est une curatrice : Miss Georgette, ma collègue de bureau préférée. Ça fait plus d'un an qu'elle est aussi déjà ma curatrice personnelle - mon bureau est enseveli sous ses post-its de suggestions de lectures, de nouvelles séries télé et de bons plans parisiens. C'est grâce à elle que j'ai lu Nord et Sud, World War Z ou que j'ai découvert Mad Men et le Breakfast in America. Elle est toujours de bon conseil et transmet sa culture éclectique au travers de son blog, Fariboles et Miscellanées. Alors, laissons-nous donc conduire par son expertise culturelle et découvrons ensemble notre première liste de choses à lire / à voir / à écouter (et avec un thème en plus !).

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Liste Thématique : Culture et substances illégales

Pour cette première liste, voici un thème qui a demandé de grands efforts de désherbage (1 livre, 1 film, 1 album, c’est le contrat). Donc, pas de (trop) grands classiques, ça n’a pas été facile. Par contre, moûlts pardons : les titres suivants sont anglo-saxons. Non qu’il n’y eut pas de production française sur la question, mais je ne les ai pas forcément aimés (ou tous vus).

- Junk de Melvil Burgess

Oui, Junk est un roman pour adolescents. C’est même l’un des premiers à avoir été édité avec cette étiquette, avant d’être repackagé pour atteindre les adultes. C’est le roman qui m’a fait comprendre l’addiction. A l’époque, j’étais toute jeune, j’avais déjà lu Moi, Christiane F…, mais rien ne me préparait à la noirceur de Junk. Un roman très dur, très réaliste, marquant, et un grand classique du sujet.

On n’en parle pas parce que c’est trop connu : Burroughs (Le festin nu), Kerouac (Sur la route), Aguéev (Roman sous cocaïne).

- The Wire, série de David Simon et Ed. Burns

Et persistons dans ma non-obéissance des règles : oui, c’est une série que je vous conseille. Mais pas n’importe laquelle : The Wire est considérée encore de nos jours comme un chef d’œuvre, et Barack Obama l’a citée comme étant sa série préférée. Si vous faites l’effort de vous accrocher pour les 5 saisons en VO (vous ne voulez rien manquer des différents registres de langage de nos héros, ni la moindre plaisanterie vaseuse, croyez-moi), vous vivrez d’intenses moments de délectation. Scénario captivant, subtilité des situations et personnages Shakespeariens, The Wire raconte la partie d’échecs acharnée entre les dealers de Baltimore et une équipe de policiers entravée par les différentes strates de la corruption qui infeste la ville. A voir, prioritairement à tout autre Dexter, Desperate Housewives et autres, mais faites-la durer : au bout des cinq (magistrales) saisons, c’est fini.

On n’en parle pas parce que c’est trop connu : Requiem for a dream, Trainspotting, Las Vegas Parano.

- Chrystal Anis des Liminanas et la chanson « Je ne suis pas très drogue »

Ah, les années 60, la drogue, la musique et leurs liens si étroits ! Keith Richards qui va se faire changer le sang dans une clinique suisse, Jim Morisson et ses outrages aux bonnes mœurs, la pochette de l’album du Velvet Underground collée au LSD… Pas de légende ici, mais un excellent groupe, français qui plus est, aux influences psychédéliques assumées, « presque » vintage : l’album date de 2012. A savourer vite, car les deux Niçois à l’œuvre ont gagné l’admiration des critiques américains, l’oreille de nombreuses radios, et les éditions vinyles, très raccord avec leur musique, sont prises d’assaut.

On n’en parle pas parce que c’est trop connu : tous les groupes sus-nommés, bien sûr.

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Alors ? Avez-vous déjà lu / vu / écouté ces suggestions ? Si ce n'est pas le cas, je vous propose de faire comme moi et de vous ruer vers votre médiathèque préférée... Je vous dirais ce que j'ai pensé de tout ça sur Twitter et je serais ravie si vous pouviez me donner vos impressions sur le mot-croisillon #CultureBib !
Enfin, je serais vraiment, vraiment, vraiment très heureuse de recevoir vos propres propositions de choses à lire / à voir / à écouter. Promis : c'est sans douleur. Il suffit de m'envoyer un message à cette adresse. Vous pouvez consulter ici les règles du jeu, mais comme vous avez pu le remarquer dès cette première édition, ce sont plus des suggestions que de véritables règles ! Et si Miss Georgette a choisi de donner un thème à ses propositions, ça n'a rien d'obligatoire. La seule chose qui compte, c'est l'envie de partager. Alors n'hésitez pas !

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Edité le 8/03/2013 : vous pouvez écouter "Je ne suis pas très drogue" ici.

mardi 19 février 2013

Où sont les curateurs ?



Je m'aperçois en fait que, dans une certaine mesure, j'aime qu'on me dise quoi faire. Enfin, plutôt quoi lire et sous quel angle envisager cette lecture. C'est tellement plus reposant que d'avoir à se débattre dans des immensités inconnues quand, comme moi, on manque définitivement de repères auxquels se raccrocher et grâce auxquels s'orienter dans les dédales de la production culturelle. Alors je dévore petit à petit les bibliographies des cours vidéos que me dispense YouTube. Et je viens de découvrir un petit Tumblr qui démarre bien, Culture Coach, qui propose chaque semaine un livre, un film et un album musical, suggérés par trois curateurs afin de combler les lacunes culturelles de la tenante du blog. Parmi ces curateurs, Neil Gaiman... Qui ne voudrait pas des conseils de Neil Gaiman ? Autant vous dire que je suis déjà accro.

Mais, comme me le faisait remarquer l'une de mes collègues, c'est bien entendu une initiative très anglo, voire américano-centrée. Quel dommage que notre exception culturelle franco-française ne fasse pas l'objet de recommandations similaires... Vous voyez où je veux en venir ?
J'aimerais beaucoup lancer une petite rubrique de suggestions de choses à lire, à écouter, à regarder, que nous pourrions suivre ensemble. Je suis sûre que notre petite communauté de bibliothécaires est idéale pour ce genre d'initiatives : ne sommes-nous pas, avant tout, des professionnels de la curiosité, des candidats de la culture générale, des curateurs institutionnels ?

Voici les règles du jeu : à chaque édition, un nouveau curateur propose un document sonore, un document audiovisuel et une monographie. De préférence, ces documents seront des oeuvres françaises ou européennes, éventuellement d'ailleurs. Ce peuvent être des classiques, des nouveautés, des découvertes... Des choses qu'on pourrait mentionner en oral de culture Gé, ou simplement des choses pour se faire plaisir. Elle ou il nous explique pourquoi nous devrions les lire, les regarder, les écouter, pourquoi elle ou il les a aimé et a eu envie de nous les faire partager.
Ces règles, bien sûr, ne sont pas à prendre au pied de la lettre : le seul mot d'ordre, c'est la curiosité et l'envie de partager. La périodicité et la durée de l'expérience seront à définir en fonction du nombre de propositions que je recevrais...

J'ai une confiance (naïve) (aveugle) (totale) (rayez la mention inutile) dans vos capacités de conseils : dîtes-moi que consommer, j'irais les yeux fermés dévaliser les médiathèques parisiennes... Et j'espère que vous me suivrez dans l'aventure pour que nous puissions échanger nos impressions !

Alors ? Est-ce que ça vous tente ?

Voulez-vous nous faire partager vos découvertes culturelles ? Contactez-moi !
Vous avez envie de d'enrichir vos pratiques culturelles avec moi ? Suivez le mot-croisillon #CultureBib sur Twitter. Et restez dans le coin : notre première liste (je l'espère) devrait arriver très bientôt...


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en janvier 2013.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 13 février 2013

Les mutations impalpables



Je n'ai pas compris lorsqu'on est venu m'annoncer que la liste était parue. J'étais en train de travailler sur une liste d'acquisitions et j'ai été prise au dépourvue. "Quoi ? Non. Quelle liste ?"
La liste des postes pour les mutations de cette année. "Elle ne devait pas paraître demain ?"
Vite, vite, je suis allée y jeter un oeil avide. Ça faisait plusieurs jours que le lien vers Poppée était dans ma barre de favoris. Deux postes à Lyon. Un à Saint-Étienne. Rien chez moi. Trop loin. J'ai relu la liste d'un regard un peu vide. "Ah. Et bien tanpis." Et la conversation a tout de suite enchaîné sur les postes susceptibles d'être vacants et sur la marche à suivre.

Mais je n'y étais pas vraiment. Je suis restée un peu spectatrice, incapable de ressentir quoi que ce soit face à ce qui avait plutôt l'allure d'une mauvaise nouvelle. Ça fait si longtemps que je ne me projette plus dans l'avenir... que les contours de la chose en sont devenus flous. Ce qui ne m'empêche pas d'agir en direction de ce qui avait été prédéfini. Par exemple, nous nous sommes pacsés fin janvier, histoire de mettre toutes les chances de notre côté si mutation il y avait. Et mon vide intérieur ne m'a pas empêchée pas de remettre mon CV au goût du jour pour l'envoyer aux SCD grenoblois.
J'imagine avec plaisir un futur en famille, un retour vers les Alpes. Mais, par peur de nouvelles déceptions, je ne le vois plus que comme une rêverie, non pas comme une chose à portée de main. Alors, somnambule, je marche à l'aveuglette. Tout semble si irréel. Je me raccroche aux branches du quotidien, les seules un peu palpables dans cet univers de coton. Et je ne m'en retrouve pas plus mal.
Et puis, j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Comment cela pourrait-il l'être ? Je ne me suis pas encore battue ! Rien n'est vraiment arrivé encore. Rien qu'une liste d'établissements perdue dans l'immensité du Web. Dont j'ai du mal à saisir la signification.

La journée de concours de mercredi dernier m'a elle aussi prise par surprise. J'ai été étonnée en croisant des commentaires sur Twitter. Je me suis si bien retirée de ce monde-là que je n'avais pas la moindre idée que l'échéance était déjà à son terme. J'ai eu le même sentiment d'anticlimax. Ah. C'était déjà là ? Les sujets ne m'ont fait ni chaud ni froid. Je suis contente que cette partie de ma vie soit achevée, en fait. Même si elle doit reprendre plus tard. Pour l'instant, elle ne me manque pas. J'ai petit à petit appris à remplir ma tête et mes soirées d'autres buts et d'autres envies. Je ne me suis pas départie de mon besoin d'apprendre mais j'ai fini par trouver comment le canaliser autrement. Et j'ai retrouvé du plaisir à créer. J'ai reconstruit mes mondes intérieurs. Et, quelque soit la ville autour de moi, ils ne me quittent pas.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même à Grenoble en janvier 2013.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mercredi 23 janvier 2013

Six ans



Les nuits semblaient plus noires et plus implacables. Pourtant le ciel semblait porter plus d'étoiles qu'il n'en garde aujourd'hui. Dans l'obscurité du jardin rôdaient des monstres terrifiants. On courait un peu pour aller se cacher dans nos lits, abrités par de faux baldaquins accrochés aux poutres. La petite fenêtre de la chambre donnait sur un extérieur sombre et inquiétant malgré la lueur de la lune. Même le chant des grillons semblait teinté de menaces muettes. Mais à l'abri des draps, dans notre petite chambre mansardée, nous étions saufs.

Je me souviens que c'est allongée dans ce lit, alors que je récitais sans trop y penser un "Notre Père" mécanique, les yeux fixés sur les planches du plafond qui se penchaient vers moi comme pour mieux m'embrasser de leurs bras de bois sombre, que je me suis aperçue que je ne croyais pas en Dieu. J'ai plissé le front en réfléchissant au pourquoi de ma croyance aveugle et soudain j'ai compris. Je croyais parce que j'avais peur, parce que c'était la chose qui me permettait d'apaiser les terreurs folles qui me subjuguaient parfois. Les monstres du jardin. Les vélociraptors du cellier. L'éventualité de la mort. Ce que je prenais pour de la foi n'était qu'une sorte d'objet transitionnel un peu élaboré. Supprimer la peur supprimerait le besoin de croyance. En un instant, j'ai décidé de cesser d'avoir peur - et j'ai cessé de croire. J'ai souri devant la simplicité de la réponse, et je me suis endormie, le crissement des grillons ancré dans mes oreilles.

Cette maison était celle qui me rattachait le plus au monde irrationnel de l'enfance, mais elle fût aussi pour moi un lieu où, tout d'un coup, j'ai grandi. J'ai fait un pas de plus vers l'âge adulte. Un bond de géant. Ce bref "Eurêka !", ce petit moment de clarté m'a marquée à jamais et j'y repense souvent. C'est dans cet instant-là qu'a semblé s'infléchir toute une partie de ma psyché, celle qui porterait mon propre doute cartésien, mon besoin de rationalité, mon intérêt pour les sciences. Et peut-être même mon goût pour le catalogage.
Je regrette toujours que mes grands-parents n'aient pas su qu'un jour, je deviendrais bibliothécaire. Ma grand-mère aurait fait remarquer qu'elle ne m'avait jamais vue devenir géologue et aurait évoqué tous les livres que j'ai pu dévorer dans le fauteuil en mousse du grenier, près de la fenêtre donnant sur le jardin où jouaient mes frères et sœurs. Mon grand-père aurait blagué avant de reprendre ses mots croisés, clope au bec.

C'est dans cette maison, à l'abri des monstres, ce havre de paix où s'apaisaient mes angoisses, c'est là qu'il m'a été possible de vivre ce moment formateur. Et ce lieu, cette maison, ce havre, c'est à eux que je les dois. Quels qu'aient été leurs défauts ou leurs fautes. Quel que soit le nombre d'années qui me sépare de leur défection terrestre.
Ils me manquent encore chaque jour.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au parc Monceau en décembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 17 janvier 2013

Les neurones qui pédalent



Si j'ai passé tant d'années à poursuivre les concours de catégorie A, c'est, dans une certaine mesure, que j'ai toujours été subjuguée par l'exercice de composition de culture générale. Prendre un sujet quelconque et le retourner dans tous les sens pour créer une pensée construite autour de ces quelques mots, quel magnifique exercice pour se décrasser les neurones ! Pourtant, je ne peux m'empêcher de le trouver vain dans sa finalité : la phase d'écriture se fait sans support, le candidat réunissant de tête les faits et les citations qu'il souhaite invoquer. Mais un argument sans sources, sans appui bibliographique est vide en soi ; il ne repose que sur du vent, que sur la foi qu'on porte en son auteur. La composition ne reste alors qu'un exercice dénué de sens, auquel on ne peut apporter de crédit autre que celui de nous avoir occupé l'esprit durant quatre ou cinq heures. Mais peut-être suis-je tout simplement un peu trop amoureuse du concept de l'article scientifique ?

Quoi qu'il en soit, si j'ai beaucoup réfléchi à l'équation de la composition de culture générale c'est que, si j'ai cessé définitivement de m'y préparer il y a de cela plus d'un an, je ne peux m'empêcher d'entrevoir constamment des choses qui pourraient m'être utile dans un contexte de composition dans ma vie de tous les jours. J'ai eu le cerveau trop formaté par la préparation aux concours : elle continue de modeler la façon dont je perçois le monde. Il faut que je désapprenne tout cela pour voir à nouveau d'un œil plus large et moins biaisé... Mais là n'est pas la question.

La dernière chose en date à avoir fait tourner la partie "candidate" de mon cerveau, c'est que j'ai rencontré, un peu par hasard, toutes sortes de matériels pédagogiques sur YouTube. J'arrive sûrement un peu tard avec cette information dépassée, mais j'ai été estomaquée par la richesse et la qualité de ce qui a pu être mis en ligne, à la disposition de tous. Mais voici néanmoins quelques liens, pour ceux  d'entre vous qui, comme moi, aiment bien faire pédaler leurs petites cellules grises en découvrant des choses nouvelles... Et qui n'ont pas peur de l'anglais.

Tout a commencé avec ce cours d'histoire générale très ludique et pensé spécifiquement à l'attention d'un public plutôt jeune et "geek". Les deux frères à l'origine de la plateforme CrashCourse proposent aussi des leçons de littérature anglophone, de biologie et d'écologie. Il existe de nombreuses autres chaînes pour ce type de public, principalement s'intéressant aux sciences, et généralement sans véritable curriculum, proposant des sujets d'actualité ou au fur et à mesure de l'inspiration de leurs auteurs.
Mais, personnellement, la science, je connais déjà pas mal. Ce dont j'avais envie, c'était de combler un peu mes connaissances quasi-nulles en matière de littérature et de sciences humaines. En essayant de pousser un peu plus loin les sujets que j'avais découverts en suivant le CrashCourse de littérature, je suis tombée sur ce cours de littérature américaine donné à Yale il y a quelques années. Et c'est là que je mis au jour ce trésor que sont les cours filmés des universités américaines. Que de choses qui s'offrent à nous ! J'ai mis dans mon petit panier ce cours de psychologie du MIT, spécialement pensé pour les autodidactes, un podcast sur la science-fiction et la politique, un cours sur les institutions juridictionnelles par l'UNJF, une introduction à la bioéthique par Oxford, ou encore une histoire de la philosophie... censément sans ellipses.

Pour faire votre marché parmi toutes ces ressources éducatives, il y existe un très bon annuaire où les cours de différentes sources sont triés par sujet. On peut aussi mentionner les sites français Canal-U et Universités Numériques, mais dont les contenus sont plus parcellaires et anecdotiques, ou les conférences filmées de la Cité des Sciences.
Je suis bien convaincue que toutes ces ressources seraient tout à fait adaptées pour préparer un concours... Mais elles ne le sont pas moins pour ceux qui se contentent de se réjouir d'en apprendre un peu plus chaque jour sur le monde qui nous entoure. Si vous avez des suggestions d'autres sources de Savoir en vidéo (ou autre) au travers des méandres du Web, je serais très heureuse de les explorer ! Sans oublier bien sûr d'exploiter les ressources, non moins nombreuses et utiles, de nos réseaux de bibliothèques...


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même au Sherlock Holmes Museum de Londres en novembre 2012.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

mardi 11 décembre 2012

La crise peut-elle épargner le livre jeunesse ?


Lundi 3 décembre se tenait la journée des professionnels au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. J'ai pu notamment assister au débat intitulé "La crise peut-elle épargner le livre jeunesse ?", dont le casting était tout à fait brillant... Ayant pris des notes abondantes, je me permets de les partager avec vous. En vous souhaitant bonne lecture !

La crise peut-elle épargner le livre jeunesse ?

Les intervenants :

Ce qui s'est dit :

Alain Serres : On a observé cette année une baisse en volume significative de 4,5%, légèrement masquée par l’augmentation de la TVA dans la vente du livre. La vente en ligne a augmenté de 8 points, mais la baisse est encore plus significative dans les hypermarchés. Ces signes sont inquiétants, mais on observe + 8,5% en littérature de jeunesse ; le secteur n’a jamais été aussi important.

Pascale Lapierre : Il y a une modification sensible des comportements culturels. Le livre numérique augmente même s’il ne représente pas encore un marché aujourd’hui. La place de l’écran capte de plus en plus de temps, temps qui est moins consacré à la lecture, à tous les niveaux de lecteurs. La courbe ne s’inversera pas mais le livre résiste plutôt bien par rapport à l’assaut de ces nouveaux outils. Beaucoup de gens réfléchissent aux impacts et aux enjeux, sont au courant du phénomène.
Il faut respecter les envies et les achats des gens, mais il ne faudrait pas se retrouver dans la situation de la Grande-Bretagne ou de l’Espagne où la disparition des librairies a entraîné une baisse de la production. Notre meilleur rempart pour avoir la vitrine nécessaire pour accueillir la création reste la loi Lang et les libraires indépendants qu’elle protège.

Alain Serres : Ils permettent à nos livres d’exister.

Pascale Lapierre : Il y a aussi des gens de qualités dans les grandes chaînes, rien n’est simple.

Alain Serres : Les choix des politiques culturelles locales portent leurs fruits. Par exemple, le salon du livre d’Aubagne existe depuis 20 ans. Les enfants qui y venaient autrefois sont aujourd’hui parents et emmènent leurs propres enfants au salon. Mais il y a une hésitation face au prix du livre.

Jean-Pierre Siméon : Dans ce contexte de crise, la culture est-elle nécessaire ? C’est aux poètes qu’il faut poser sérieusement les questions politiques. Que serait un monde dont chaque conscience aurait cet appétit de l’inconnu ? Ce serait une société émancipée. La poésie, c’est l’éthique dont la politique a perdu le sens. Nous souffrons de la domination sans partage du libéralisme économique de marché, où l’humain est subordonné au commercial. Le poète est une objection à ça : pour lui, tout est subordonné à l’humain. Il faut revendiquer la poésie et le geste poétique : manifester l’insolence et la joie comme une objection à ça.
Tout livre est poésie, en tant qu’il provoque une émeute intérieure. Le livre de poésie se vend par capillarité et, contrairement à ce qui se dit, il se vend bien. Un million d’exemplaires ont été vendus d’Alcools d’Apollinaire. Mais il ne se vend pas selon les modes de l’édition commerciale courante, il a développé des réseaux de combat, le livre se transmet par relation, par proximité.
On n’a jamais autant lu de poésie. Les gens viennent lire et écouter des poètes inconnus partout en France, lors des « Printemps des Poètes ». Il faut s’appuyer sur ce processus de capillarité. La poésie fait partie des livres « de rotation lente » : la lenteur doit être notre fierté, elle est scandaleuse, elle dénonce ce qui nous prive d’exister.
Le poème demande de la lenteur pour être lu. Il demande : « arrête-toi et ne me juge pas sur ma carte d’identité ».

Robert Rui : L’imprimerie Clerc a connu une crise en 2012. Elle a été reprise par un industriel, qui ne donnait pas dans le livre mais qui est un amoureux des livres. L’imprimerie va mal en France et en Europe. Les parts de marché baissent au profit d’Internet. Mais le livre jeunesse résiste. La question se pose de l’impression en Asie, mais en France nous avons l’avantage de la réactivité.

Alain Serres : Il doit y a y avoir une nécessaire solidarité. C’est un vrai choix que de travailler en France, tant que faire ce peut. Dans certains cas, ce n’est pas possible car toutes les machines sont parties ailleurs. La situation est identique dans le domaine de la reliure.

Robert Rui : C’est un véritable drame pour les familles de ces petites villes de provinces avec de faibles bassins d’emploi, quand les imprimeries disparaissent. Les qualités des imprimeries françaises sont : la disponibilité des interlocuteurs, la qualité. Mais l’Asie est en train d’accroître sa qualité d’impression. Donc le principal atout des imprimeries françaises reste leur réactivité.

Pascale Lapierre : On aimerait que tous les livres puissent être imprimés en France mais parfois il y a une question de coût. Ce sont toujours des arbitrages très douloureux. Les livres animés ne peuvent plus être imprimés en France car ils nécessitent des manipulations complexes et chères.

Alain Serres : Chez Rue du Monde, nous faisons un autre choix (imprimer en France, de manière écologique, etc.), que nous assumons. Ce sont des choix moteurs, clairs, volontaires, et nous y arrivons. De plus, ces critères sont de plus en plus regardés par les lecteurs lors de l’achat. Les mouvements autour des AMAP ont aussi leur raison d’être dans le domaine du livre.

Pascale Lapierre : Il y a de la place aussi pour ce type d’éditeurs exigeants.

Philippe Meirieu : Le fait de militer pour qu’il y ait encore des livres papiers chez les éditeurs, des librairies qui ne soit pas virtuelles, à proximité, n’est pas une question technique mais d’abord une question politique qui procède des problèmes sur les commerces de proximité, l’artisanat, etc.
Il faut bien sûr rémunérer les acteurs de la chaîne du livre, mais par valeur d’usage et du service rendu, et non par valeur spéculative. Il faut se battre pour la qualité à tous les niveaux. Et pour que les petits acteurs puissent continuer à travailler, il est important pour maintenir la littérature jeunesse de pratiquer :
-          La désidération : les enfants vivent dans la sidération, c'est-à-dire ce qui tétanise et empêche de réfléchir, les écrans, la brièveté, la surenchère des effets visuels. On passe son temps à se regarder soi-même. Il faut entrer dans la réflexion.
-          La décélération : il faut sortir du culte de l’immédiateté. C’est la responsabilité de l’école de prendre le temps de se confronter aux autres et aux œuvres, de tâtonner.
-          La défragmentation : la vision en « cœur de cible » fait qu’on ne regarde même plus le journal de vingt heures ensemble : il y a différentes chaînes pour différents publics. On vit dans des tubes juxtaposés, on ne communique plus. Nous sommes dans une société de tuyaux d’orgues. Le livre (et le livre de jeunesse en particulier) est un outil de transgression. Les grands-parents achètent et lisent avec leurs petits enfants. Ceux-ci veulent que l’on relise, car il ne s’agit plus d’une lecture mécanique et fonctionnelle, mais d’une redécouverte intergénérationnelle de l’ordre du symbolique. Tout le monde s’y retrouve, on n’est pas seul, mais on est dans le dialogue. C’est l’inverse du face à face solitaire avec l’écran, qui est un comportement compulsif et pulsionnel qui empêche de faire société.
Il faut donner les moyens à tous les acteurs de la chaîne du livre de faire leur métier sans en être réduit à être des quêteurs.
Il faut plus de moyens et d’équité pour l’achat de livres dans les écoles. Le livre, c’est l’affaire de ceux qui viennent pour s’intégrer. L’école doit être l’école du livre, elle doit avoir un effet thermostatique, elle a la responsabilité de la rééquilibration pour que le développement de l’enfant se face de manière harmonieuse, pour lutter contre une certaine toxicité psychique (il suffit d’écouter Skyrock le vendredi soir). On doit lire à l’école plus qu’on ne le fait. L’école en France est plus catholique que protestante (il n’y a pas d’accès direct au texte). Il y a beaucoup de progrès à faire. Par exemple, il faudrait baisser les crédits des manuels scolaires pour augmenter les crédits consacrés à l’achat de vrais livres et mettre différents manuels en classe dans les matières où ils sont vraiment nécessaires (comme l’histoire-géographie) pour pouvoir les comparer. La France est très en retard dans la place que le système scolaire donne au livre. Le livre est le lieu privilégié de la rencontre avec l’œuvre.

Alain Serres : Nous sommes tous fondamentalement optimistes, sinon, on ne se battrait pas.

Jean-Pierre Siméon : Dans la question du papier et du numérique, pourquoi l’un remplacerait-il l’autre ? Les comportements sont différents entre le livre et le numérique. On est capables de deux lectures. Le livre durera car il fait appel à un type de comportement concret, physique. La calligraphie n’a pas perdu son sens avec l’imprimerie, la marche à pieds avec la voiture. 90% des livres vont disparaître (les livres informationnels), mais les autres, la poésie, vont rester.

Lucie Placin : Même si les auteurs et les illustrateurs restent rêveurs et demandeurs, ils exercent un métier très difficile. Pour en vivre, il faudrait publier sept livres par an, et cela suffirait à peine. Nous sommes payés en à-valoir, puis il faut dépasser les 5000 exemplaires en ventes. Lorsque c’est le cas, ce que l’on gagne suffit à peine à payer les très fortes cotisations auxquels nous sommes soumis. Au bout d’un an, le livre part au pilon et disparaît. Parfois, on observe dans les salons que ce sont les enfants qui savent prendre le temps de découvrir les livres, bien plus que les adultes.

Pascale Lapierre : Dans la bande dessinée et la jeunesse, on atteint une limite. Il y a 70 000 nouveautés en France, c’est pourquoi on n’arrive pas à faire durer les livres plus de six mois. Pourtant, les enfants grandissent, on ne devrait pas avoir à renouveler constamment les catalogues. Mais il est nécessaire d’écrire et de publier pour vivre.

Alain Serres : Quand les ventes baissent, les éditeurs font plus de livres pour maquiller les chiffres et espérer le gros lot. C’est une course effrénée à la surproduction. Plutôt qu’en faire plus, on devrait mieux partager, pour que plus d’enfants aient des livres à la maison. Combattre pour le partage de la culture est décisif pour le milieu culturel.

Jean-Pierre Siméon : Le Printemps des poètes est une association avec de petits moyens. Elle est financée par les ministères de l’éducation et de la culture. Les subsides de l’éducation ont baissé de 2/3 entre 2002 et 2012 tandis que ceux du CNL restaient stables. Récemment, le nouveau ministre a prévu d’une réduction drastique des subventions. Si rien n’est fait, la disparition de la manifestation et du centre de ressources permanent qu’elle représente est prévue pour mai – juin 2013. Une pétition a été mise en place pour soutenir le Printemps des poètes.