lundi 14 avril 2014

Jean-Basile Boutak, East End et les Éditions de Londres


Ceux qui me suivent sur Twitter m'auront peut-être déjà entendu l'évoquer : l'une de mes nouvelles va bientôt paraître aux éditions de Londres, dans leur collection East End. J'en reparlerais probablement ici en temps et en heure. [EDIT : c'est par là.]
Jusque-là, je ne connaissais pas grand chose à l'édition numérique, alors j'ai trouvé passionnant de sortir un instant du monde des bibliothèques pour faire un pas de ce côté-ci des métiers du livre.
Pour en parler plus avant, laissez-moi vous présenter Jean-Basile Boutak, responsable de la collection East End, qui a eu la gentillesse de bien vouloir se prêter au jeu des questions - réponses.


Jean-Basile Boutak
Jean-Basile Boutak
Quel est votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à devenir éditeur ?
J’ai un parcours « éclectique ».
En ce qui concerne les études, j'ai commencé par une 1ère Scientifique, bifurqué en Terminale Littéraire après le Bac de français, erré une année en Fac de Lettres Modernes, passé un an comme emploi-jeune dans un club de bridge et obtenu finalement une licence d’informatique.
Professionnellement, j'ai travaillé plusieurs années en agences web avant de créer mon auto-entreprise dans ce même domaine. En réalité, cette création était une fuite. Je fuyais une profession que j'abhorrais. Depuis, je n'ai eu de cesse de limiter mon activité informatique et de donner de plus en plus de place à mon activité littéraire d'auteur et d’éditeur.

En 2011, j'ai créé mon blog www.e-jbb.net, dans l'espoir de me « délier » les doigts. Cela a fonctionné. À l'époque, le numérique balbutiait (encore plus que maintenant), et je publiais de modestes articles de réflexion sur le sujet et des chroniques de livres. J’étais très actif sur les réseaux sociaux et j’échangeais par ce biais avec la plupart des acteurs du très petit monde de l’édition numérique. 
De fil en aiguille, j'en suis venu à collaborer avec un premier éditeur numérique, sur sa collection de polars – je ne dis plus que j’en étais responsable, car certains titres étaient publiés sans que j'ai mon mot à dire. Cette expérience m’a entre autres choses appris que j'aimais l’édition. J'ai mis fin à cette collaboration au bout d’environ un an, pour plusieurs raisons que j’énumère sur mon blog.

Parallèlement à cette activité éditoriale, j'avais retravaillé d’anciens textes, et notamment ceux qui figurent dans le recueil Le père Noël ne meurt jamais. Avec deux autres nouvelles de Jean-Marie Apostolidès – mon oncle –, je les ai soumises aux Éditions de Londres, qui ont compris et accepté notre projet. C'est ainsi que j'ai fait connaissance avec Vincent et Isabelle Potier, les fondateurs de cette maison.
Quelques mois après la publication de notre titre, l’envie d’édition étant toujours présente, j'ai proposé à Vincent de prendre en charge une collection de genre, en posant néanmoins certaines conditions, de manière à limiter les risques que notre collaboration s’achève trop tôt. On s’est compris et la collection East End est née.

En plus de votre travail éditorial, vous pratiquez donc vous-même l'écriture ?
Ma tentative de fiction la plus ancienne date de mes huit ans : ma grande sœur m’avait prêté sa machine à écrire et la première chose que j'ai essayé de taper dessus, ce fut… un polar ! J'ai toujours cet essai, d'une demi-feuille A4, grâce à la bienveillance de ma mère. J’y écrivais notamment : « il était mal rasé mais gentil avec les pauvres ». Je ne peux m’empêcher de sourire à chaque fois que je relis ce texte.
Tout cela pour dire que si cela fait longtemps que je veux raconter des histoires, la bascule réelle n’a eu lieu qu'en 2011. Comme je l’ai déjà évoqué, cette année-là, j'ai créé mon blog, pour me remettre le pied à l’étrier de l’écriture, après cinq années d’abstinence consécutives à des tensions familiales engendrées par mes « envies littéraires ». Cela a fonctionné et a donné notamment Le père Noël ne meurt jamais, qui a donc servi d’entremetteur à ma collaboration avec Les Éditions de Londres.

J'ai publié d'autres textes, toujours des textes courts, sur Nerval.fr, le magazine littéraire en ligne de François Bon : Le Grand plongeon et Quand les murs tombent. J'ai participé à un recueil de nouvelles sous forme de cadavre exquis pour Les Éditions Edicool, Historietas ou Les Yeux de Fatalitas, mais il est désormais indisponible, l’éditeur ayant mis la clé sous la porte. Ma prochaine publication est prévue pour bientôt, avec une nouvelle dans l’anthologie de « SF LGBT » À voile et à vapeur des éditions Voy'[el]. J'ai bien sûr des romans en chantier, mais je ne veux pas brusquer les choses.

Votre pratique de l’écriture est-elle en lien avec votre métier d'éditeur ? L’une enrichit-elle l’autre ?

L’écriture et l’édition s’enrichissent l'une l'autre, c'est absolument évident.
En tant qu'éditeur, je profite de mon expérience d’écrivant (pour reprendre le terme de Martin Winckler) à plusieurs niveaux. Dans ma relation avec les auteurs tout d'abord : je pense être mieux à même de comprendre leurs attentes, leurs angoisses, leurs déceptions, etc., qu'un éditeur qui ne le serait pas. Dans mon approche technique ensuite : plus on avance dans l'apprentissage de l’écriture, plus on prend conscience de l'importance de la technique ; et cette technique que j’acquière progressivement comme auteur, j'essaie d’en faire profiter ceux avec qui je travaille – et je m'efforce de le faire avec humilité et sans dogmatisme.
En tant qu’auteur, c'est pareil, je bénéficie énormément de mon expérience d'éditeur, dans les mêmes domaines que ceux cités plus haut : dans mes relations avec les éditeurs, car je connais bien leurs problématiques et leurs attentes ; dans mon approche technique, car à force de repérer les travers et les faiblesses dans les textes des autres, on prend mieux conscience des nôtres.
Bien sûr, ce bénéfice réciproque est valable jusqu'à un certain point…

Pourquoi le polar/le roman noir ? Y a-t-il une histoire derrière East End ?

Je suis condamné au polar et au roman noir. Je plaisante, mais il y a un peu de cela.
Comme lecteur, je lis de tout : polars, SFFF, littérature blanche, essais, ouvrages techniques, classiques ; il m'est arrivé de lire aussi de la romance et de l’érotisme. Il n'y a peut-être que la poésie à travers laquelle je sois passé complètement.
Comme auteur, j'ai des envies d'écriture et des projets qui germent dans ces mêmes genres.
Je ne pense pas qu'une littérature soit mieux qu'une autre, mais l'opinion de certains m’a poussé à défendre la littérature « de genre » quand j'en ai eu l'occasion. Et le hasard a fait que ça a souvent été le polar et le roman noir. Par exemple, aux deux éditeurs avec qui j'ai travaillé jusqu’à aujourd'hui, j'ai proposé de m'occuper de polars ou de SFFF ; mais les deux ont opté pour le polar. Pourquoi ? C'est à eux qu'il faudrait poser la question !
Ce qui est « amusant », c'est que les gens imaginent régulièrement que je connais tout du polar, que j'ai lu tous les auteurs à la mode et même les autres, parce que je suis responsable d'une collection de ce genre. Hélas, non. Ou plutôt heureusement, car je ne pourrais pas me laisser enfermer dans un genre en particulier, quel qu'il soit.
L'histoire derrière East End est simple : aux Éditions de Londres, ils nous a tous semblé que le nom de la collection devait avoir un lien avec l'Angleterre, où la maison est basée. East End, le quartier populaire dans lequel a sévi Jack l’Éventreur est apparu comme une évidence dès le départ. On s'est donné le temps de la réflexion, mais on n'a pas trouvé de meilleure idée.

Quel est le point que vous préférez dans votre métier ?

Sans aucune hésitation : les échanges avec les auteurs. Je fais partie de ces éditeurs qui passent beaucoup de temps sur un texte, qui annotent beaucoup, qui ne comptent pas les relectures, mais qui n’imposent jamais rien (sauf la correction des fautes d'orthographe et de grammaire évidemment) et qui essaient de mettre en place une relation de confiance, sans rapport de force.
De par mes méthodes de travail, il y a nécessairement beaucoup d'allers et retours avec les auteurs. On finit forcément par parler d’autres choses que du texte et par discuter de tout et de rien. Souvent de littérature, c'est vrai, mais pas seulement. C'est très enrichissant.
Et puis cet échange sur le texte avec les auteurs, c'est aussi une manière de m’approprier un peu leur récit, pour mieux le défendre ensuite.
Si j'en crois ce qu'on me raconte à droite et à gauche, tout le monde ne procède pas comme moi, et sans doute que mes méthodes ne conviendraient pas à tous, mais moi je ne me vois pas faire autrement, puisque mon plaisir est là.

Les rencontres avec les auteurs sont-elles toujours virtuelles ?

Les rencontres avec les auteurs sont en effet toujours virtuelles, au moins dans un premier temps. On communique par mail, ou par téléphone, notamment si l'auteur est demandeur. Nous n’avons malheureusement pas les moyens de nous déplacer pour visiter les auteurs en chair et en os.

Cela ne veut pas dire que je n'ai rencontré aucun des auteurs avec qui j'ai travaillé. Au Salon du Livre de Paris cette année, où je me suis rendu en visiteur, j'ai eu la chance de croiser et de pouvoir discuter avec Christopher Wobble, auteur de Le Faiseur d’Anges. J'ai aussi profité d'une visite familiale dans le sud de la France pour voir « IRL » Éric Caltraba, auteur de Haïku. Et je suis persuadé que je rencontrerai d’autres auteurs avec qui je travaille dans les mois à venir. Je sais par exemple qu'Ève Terrellon vient souvent passer quelques jours dans le Puy-de-Dôme, département où j'habite moi toute l’année. Ce n’est qu'une question de temps, mais je suis de toute manière convaincu que des liens d’amitié peuvent se créer par une simple correspondance. Si les échanges par écrit sont naturels, ils le seront aussi lors d'une rencontre physique, passé le court moment d’étonnement de se retrouver d'une personne qu'on a l’impression de connaître si bien et que l’on a pourtant jamais vu.

Quelle est la chose la plus pénible de votre métier d'éditeur ?

Annoncer les chiffres de ventes. À lire les témoignages de succès d’auteurs anglo-saxons, certains placent trop d’espoirs dans le livre numérique. Or en France, mis à part en érotisme et en romance (genres qui ont réellement bénéficié de « l'anonymat » qu'offre la lecture sur liseuse ou tablette), les espérances de ventes d'un auteur peu connu restent modestes. De quelques exemplaires à quelques centaines ; rarement des milliers, plus souvent quelques dizaines. Bien sûr le numérique progresse, mais lentement.
Il faut également garder à l'esprit que l’ebook a des perspectives de ventes à long terme, car contrairement au livre papier qui disparaît rapidement des étals des libraires, il continue d’être disponible sur les e-librairies aussi longtemps qu'elles existent ou que l’éditeur poursuit son activité.
J'essaie de prévenir les auteurs, et je leur dis : « je ne vous promets pas des ventes astronomiques, mais je vous promets de passer du temps sur votre texte pour essayer d'en tirer le meilleur ».

Du coup, comment un éditeur numérique peut-il survivre sur si peu de ventes ?

C'est une question à laquelle chacun essaie de trouver sa réponse.
Certains sont pris d'une véritable frénésie de publication, au point d’avoir déjà plusieurs centaines d’ouvrages inédits à leur catalogue, après seulement trois ou quatre années d’existence. Cela représente jusqu’à un titre toutes les semaines (voire plus). Je ne sais pas comment ils font, je suis dubitatif à plus d'un point. En tout cas, moi, je n’en suis pas capable, et ce n’est pas ainsi que je conçois le métier d’éditeur. Je ne suis surtout pas convaincu que la surpublication soit une stratégie gagnante à long terme. Les Éditions de Londres, c’est treize titres inédits en un an et demi, dont sept pour la collection East End en huit mois de collaboration. C’est un rythme qui me convient.
D’autres éditeurs publient des genres vendeurs en numérique, comme l’érotisme ou la romance. C'est un choix éditorial tout à fait respectable, mais ce n'est pas le nôtre. Je ne sais pas pour Vincent, mais moi je ne me sentirais pas du tout compétent, que ce soit pour sélectionner ou retravailler les textes.
L’option restante, c’est de trouver un équilibre entre investissement (de temps et d’énergie) et attentes. Si on s’investit trop, on est vite découragé par le manque de retour sur investissement. Cela permet de s'octroyer du temps pour aller (ou au moins essayer) chercher de l’argent – car c'est bien là le nerf de la guerre – ailleurs. En ce qui me concerne, cette année, j'anime des ateliers d’écriture et d'initiation au jeu d’échecs dans une école, quelques heures par semaine. J'ai aussi une femme compréhensive. Et j'ai mon activité d’auteur. Je ne suis pas le seul dans ce cas : Julien Simon, fondateur de Walrus, a toujours peu publié, mais toujours des ouvrages de qualité. Il en est arrivé à la même conclusion : être éditeur numérique ne suffit pas à nourrir son homme. C'est pour cela qu'il s'est lancé le défi fou du Projet Bradbury. Je lui souhaite de réussir.

Quel est le livre dont vous auriez aimé être l’éditeur ?

La question est simple, mais la réponse l'est moins. J'ai évidemment tendance à penser que les éditeurs ont un rôle non négligeable dans le succès des grands livres, et conscient qu'il me reste beaucoup à apprendre dans ce métier, je me dis : « aurais-je fait de l’aussi bon travail que ces éditeurs ? aurais-je su repérer ce manuscrit ? ».
Harry Potter, par exemple, qui est pour moi une œuvre majeure de la littérature contemporaine, aurait-il été aussi bon si je l'avais édité ?
En tout cas, je ne rougis pas des livres que j'ai édités1, même si pour certains, je ferais sans doute différemment aujourd’hui. Comme je n’écrirais déjà plus les textes de Le père Noël ne meurt jamais de la même façon. Mais il faut passer à autre chose.


1 À savoir tous ceux de la collection East End, auxquels il faut ajouter chez Numériklivres : Un été de singe et Fin de route de Jean-Louis Michel, Haïku d’Éric Calatraba et Bang ! Bang ! Bang ! d’Olivier Chapuis.


mercredi 2 avril 2014

Le Chartership ou la certification professionnelle à l’anglaise


Je vous ai déjà parlé du Cilip (qui a gardé son nom, d’ailleurs, au final). Cette association de bibliothécaires britanniques a notamment pour responsabilité de délivrer aux bibliothécaires et professionnels de l’information diverses certifications permettant d’obtenir une certaine reconnaissance professionnelle.

Il y a trois niveaux disponibles (et que l’on peut passer les uns après les autres, ou pas, en fonction de son parcours) : la « certification », pour les assistants bibliothécaires (ou les magasiniers) ; le « chartership », pour les bibliothécaires ; et le « fellowship » pour les personnes qui en France seraient probablement des conservateurs.

Le Chartership

Je suis en plein dans mon propre parcours en vue du Chartership, je vais donc vous raconter comment ça se passe. Le principe est globalement le même pour les deux autres niveaux.

Le Chartership est donc à destination des bibliothécaires, non pas au sens du grade français, mais au sens plus large de « professionnel des bibliothèques ». La norme au Royaume-Uni est d’avoir un Master en bibliothéconomie / sciences de l'information, de se trouver un premier poste et de se mettre alors à préparer son Chartership. Cette certification est souvent requise sur les offres d’emploi et c’est souvent la clé ouvrant la porte des postes les plus qualifiés. Une fois qu’on l’a obtenu, on peut accoler à son nom les lettres « MCILIP » (un peu comme un médecin anglo-saxon ajoute MD à son nom…).

Alors, comment ça marche ?

Il s’agit de prouver sa capacité à appliquer son savoir et ses compétences sur son lieu de travail, de les développer pour améliorer ses compétences professionnelles en fonction des exigences de son poste et de développer une réflexion sur ses pratiques et son environnement professionnel.

Dans les faits (et selon les toutes nouvelles règles en vigueur), dès qu’on est inscrit et qu’on s’est trouvé un mentor, on commence par remplir son PKSB. Le Professional Knowledge and Skills Base est une sorte d’immense tableau listant toutes les compétences et tous les savoirs que pourrait posséder un bibliothécaire. L’idée est de se noter soi-même sur l’ensemble de ces points (il faut être membre du Cilip ou débourser £25 pour obtenir le document si vous voulez tenter l'expérience). Bien sûr, personne ne peut avoir un score maximal dans toutes les catégories, c’est impossible. Non, on va plutôt chercher à analyser quelles sont les catégories les plus importantes pour le type de poste sur lequel on est en ce moment et s’en servir de guide pour la suite.

La deuxième grande étape, va donc d’être d’essayer de s’améliorer sur ces points. Ça peut durer autant de temps qu’on le souhaite et même être fait rétrospectivement. Tous les moyens sont bons : assister à des conférences, visiter d’autres bibliothèques, lire de la littérature professionnelle en ligne ou hors ligne, participer à des ateliers, à des chats pro sur Twitter… Tout ce que nous faisons naturellement dans le cadre de la formation continue. Mais en plus de le faire, il faut en accumuler la preuve : collectionner les certificats de présence, rédiger des comptes-rendus et des fiches de lecture. Et démontrer comment tout ça se ressent effectivement sur votre travail (dans mon cas par exemple, je vais collecter des exemples de plans de séances de formation que j'ai conçus en appliquant des principes lus dans un bouquin spécialisé, ou essayer d'obtenir du feedback auprès de mes étudiants).
Pour ne pas s'y perdre, on peut traiter ça comme une expérience in vivo et tenir un carnet de labo notant nos avancées au jour le jour...

Car la troisième étape sera celle de la construction d’un portfolio. Celui-ci doit comprendre un CV, une fiche de poste, son PKSB initial et un PKSB final (votre score doit donc avoir augmenté dans les domaines qui avaient été désignés comme cruciaux pour votre poste), un texte réflexif de 1000 mots et une collection organisée des « preuves » de votre développement professionnel. Un jury examine tout ça et vous octroie le Chartership ou vous renvoie à vos brouillons…

Et moi, et moi, et moi...

Je suis en plein dans la phase deux… Et je dois avouer que ça me plaît énormément. Ça me pousse à aller plus loin dans mes velléités d’auto-formation et dans mes lectures professionnelles, ça me donne une excuse pour demander des formations à tout-va auprès de mon employeur et de me porter volontaire pour assister à toutes les réunions possibles qui se rattachent de près ou de loin à mon poste. C’est très enrichissant. Et même si j’ai toujours fait cela à un certain degré, c’est un sacré coup de boost pour mes compétences professionnelles !

De plus, je trouve que le principe tombe vraiment sous le sens : pour être certifié comme un véritable bibliothécaire, il faut prouver qu’on en a les compétences et que l’on cherche à s’améliorer. C’est plus logique qu’une série de concours abscons, non ?



Image empruntée au Chartership Handbook, Cilip

mardi 28 janvier 2014

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail


Des personnalités difficiles ou dangereuses, on en a tous rencontrés. Des chieurs et des emmerdeuses. Des pénibles de toutes sortes. Je suis bien persuadée que les bibliothèques ne sont pas épargnées (loin de là !), alors je me suis dit que j'allais vous parler un peu de ce livre.

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail : identifier les comportements et gérer les troubles / Roland Guinchard. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson, imp. 2013, cop. 2013.

Tout d'abord, je l'ai lu d'une traite, tant je l'ai trouvé passionnant, et c'est bien pour ça que je vous le recommande. Pourtant, je partais avec un a priori négatif, sachant qu'il s'appuie sur l'hypothèse psychanalytique, dont je n'avais pas une bonne image. Mais Roland Guinchard a une écriture si claire, si synthétique, si convaincue, ses exemples sont si bien choisis, que j'ai trouvé difficile de lui résister. Ce qu'il dit fait sens et il m'a semblé reconnaître dans ses descriptions quelques personnes... Surtout, il donne des conseils très pratiques pour gérer les personnalités difficiles dans le cadre du lieu de travail. Enfin, j'en ai aussi un peu appris sur moi.

Toujours pas convaincus ? Alors je vais vous résumer une petite partie de son raisonnement.

Tout d'abord, la définition d'une personnalité difficile :
"Une personnalité difficile manifeste un comportement inadapté à la situation de travail, de façon répétitive et sans raison accessible, entraînant une gêne réelle pour l'entourage professionnel et pour la performance de l'entreprise, avec une vraie difficulté, voire une certaine souffrance, de la personne difficile elle-même."
Partant de cela, il faut savoir que nous sommes tous des névrosés. Ce qui est une bonne nouvelle car cela veut dire que nous sommes pas des psychotiques. Les névroses sont là pour compenser les petites explosions d'énergie inconsciente qui bouillent sous le voile de notre conscience et s'en échappent parfois. Au final, chacun de nous est en moyenne à 70% hystérique, à 20% phobique et à 10% obsessionnel. C'est lorsque ces pourcentages dévient fortement de cette norme qu'une personne devient une personnalité difficile.

Les hystériques regroupent la plus grande part des personnalités difficiles. Chez une personne normale, l'hystérie, c'est ce qui nous pousse à nous interroger sur ce que les autres pensent de nous, leur opinion, l'impression qu'on leur fait, c'est l'envie de plaire.
Chez la personnalité difficile à tendance hystérique, on va remarquer un aspect démonstratif (la personne "donne à voir", que ce soit en bien ou en mal, pour être admirée ou critiquée), un aspect touchant à la dimension du corps (le corps désirable ou le corps en plainte, ceux qui "allument" et ceux qui se plaignent constamment d'avoir mal quelque part), un aspect d'inauthenticité (excès dans la présentation des sentiments, variations fréquentes et rapides de l'humeur, les problèmes personnels envahissent l'environnement professionnel) et enfin un aspect d'insatisfaction (l'hystérique ne peut être satisfait, jamais).
Alors, comment gérer une personnalité hystérique ? La formule que propose Roland Guinchard repose sur 95% de distance et 5% de reconnaissance. Il faut, en toutes circonstances, rester professionnel et relativement distant mais savoir, de temps en temps et quand c'est justifié, féliciter et dire que les choses vont bien. Car en fait les personnalités hystériques semblent être angoissées par une absence de repères, ne sachant pas exactement où se situe la frontière entre vie professionnelle et vie privée. Elles vont alors tester cette limite pour s'assurer qu'elle existe bien. Il faut donc matérialiser d'autant plus fermement cette limite afin de les rassurer, sans oublier de leur donner leur dose homéopathique de compliments.

Je vous laisserais découvrir par vous même les deux autres versants des personnalités difficiles : les obsessionnels et les phobiques ; ainsi que les personnalités dangereuses représentées par les psychotiques, soit paranoïaques, soit pervers... C'est un voyage vraiment passionnant dans la psyché humaine, dont on ressort un peu changé et avec un nouveau regard sur nous-même et sur les autres.

mardi 14 janvier 2014

Les petits riens de la vie à Londres



Voici dix jours que je suis installée à Londres et tout se passe bien, vraiment bien. Je n'ai pas encore réussi à former de pensées vraiment cohérentes sur tous ces changements, j'ai trop le nez dedans, tout se bouscule et je manque de recul... Mais je me suis dit que j'allais commencer à collecter tous ces petits riens de la vie londonienne.
Si le cœur vous en dit. Et dans le désordre, bien sûr.

- Mes collègues me demandent si je veux une tasse de thé en moyenne 6 fois par jour. J'ai compté.

- Dès le premier jour, je me suis faite tremper jusqu'aux os par une de ces averses dont les britanniques ont le secret... Maintenant, je fais comme tout le monde et je ne quitte plus mon parapluie.

- Explorer son quartier à l'avant d'un double-decker...

- Les anglais ne mangent pas ensemble le midi. J'irais presque jusqu'à dire que les anglais ne mangent pas le midi. Les trois-quart de mes collègues se font réchauffer une soupe qu'elles mangent à leur bureau. Je fais de la résistance et je m'apporte des bentos avec de la vraie nourriture dedans.

- J'ai un mal fou à me faire à ces saletés de claviers QWERTY. Surtout que je retrouve mon AZERTY le soir venu. Du coup je fais des fautes de frappes constamment, c'est agaçant !

- Écouter la musique des différents accents qui peuplent Londres : les londoniens viennent d'un peu partout et personne ne s'attend à ce que tout le monde ait un accent anglais classique et parfait. Du coup, ça décomplexe drôlement.

- Je pensais que le plus fatiguant serait d'avoir parler constamment en anglais. J'avais tord : c'est la concentration requise pour écouter et comprendre les gens qui me parlent dans des environnements bruyants qui m'épuise le plus.

- J'adore le Tube, mais les tarifs des abonnements aux transports en communs n'ont vraiment rien à envier à ceux de la RATP, loin de là... Et moi qui trouvait mon Navigo un peu cher...

- Londres étant une ville horizontale très étalée, avec ses petites maisons et ses grands parcs, certains quartiers donnent un peu l'impression d'être presque à la campagne.

- Au petit matin, courir le long de la rivière qui passe près de chez moi et voir le Soleil se lever au-dessus des arbres.

- Après avoir été témoin des galères pour obtenir un appartement dans Paris, la facilité et le peu de documents administratifs pour accéder aux logements londoniens en est presque choquante. (On m'a dit "signe en bas" et c'était fini. On ne m'a pas demandé de preuve d'identité, ni de feuille de salaire, ni de garant... Rien. Certains demandent une lettre de recommandation du précédent propriétaire, mais globalement ça reste ultra-light...)

- Mais du coup, j'ai l'impression qu'un contrat de location ne vaut presque rien, notamment car il ne peut presque jamais servir de justificatif de logement ! Ce qui peut être assez embêtant quand on arrive, notamment pour pouvoir ouvrir un compte en banque...

- Sauf chez Lloyds ! Les banques Lloyds sont les amis des migrants : ils ne demandent qu'un passeport pour ouvrir un compte ! Ce qui me fait les aimer d'un amour un peu fou. Surtout qu'un relevé de compte en banque peut ensuite servir de justificatif de logement...

- Les écureuils qui pullulent partout dans les parcs !

- Voir passer une voiture avec un enfant à l'avant, se dire "t'es pas un peu jeune pour conduire, toi ?", se rappeler que le volant est de l'autre côté. Trois - quatre fois par semaine.

- Feuilleter "The Evening Standard" dans le métro le soir (journal gratuit, bien plus épais que le "Métro" parisien, un poil meilleur). Et récupérer le "Guardian" gratuitement quand je fais mes courses à Waitrose.

- Sourire tous les matins en me rappelant où je suis. :)


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en janvier 2014.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 19 décembre 2013

C'est bientôt Noël : quelques albums jeunesse... pour les grands

Je vous disais hier que j'ai découvert avec joie et admiration la grande qualité de certains albums "jeunesse" publiés aujourd'hui. À tel point que, bien que je vais cesser pour un temps d'en acquérir professionnellement, j'ai bien l'intention de garder un œil attentif sur le marché. Et d'en acheter quelques uns pour mon usage personnel...
Parce que, au final, qu'est-ce qu'un album, dans le meilleur sens du terme ? C'est une belle histoire, qui fait réfléchir, avec des illustrations incroyables dignes des plus grands peintres.
Alors, s'il vous manque encore quelques cadeaux de Noël, pourquoi ne pas offrir un bel album ? Oui, oui, même pour un adulte ! Laissez-moi vous proposer mes préférés...

Plein Soleil, Antoine Guillopé (Gautier-Languereau)


Tous les livres d'Antoine Guillopé sont très beaux, mais celui-ci est particulièrement cher à mon cœur. Des pages noires découpées se superposent à des pages blanches et la savane naît sous nos yeux, tout en délicatesse, comme par magie. Il faut le voir pour le croire : quand je l'ai reçu dans l'une de mes commandes, pour moi, ça a été le coup de foudre immédiat.
À noter que le détail des découpages impose de le manipuler avec précautions : gardez-le entre vos mains d'adultes, et laissez les mômes à leurs bouquins en carton !

Brindille, Rémi Courgeon (Milan)


Brindille, c'est un conte féministe. Ai-je besoin d'en dire plus pour que vous couriez le lire ? Bon, d'accord. C'est l'histoire de Pavlina, que tout le monde appelle Brindille et qui en a marre de se taper toutes les tâches ménagères car elle perd à la bagarre contre ses frères. Alors elle apprend à taper fort. C'est une belle métaphore sur l'adolescence, accompagnée de très belles illustrations avec plein de choses à remarquer à l'intérieur, même à la douzième lecture (oui, oui, je confirme). Et puis la couverture amovible fait aussi poster, du coup, double cadeau !

ABC bestiaire, Janik Coat (Autrement)


Comment ça ? Un abécédaire dans mes recommandations d'albums pour adultes ? Vous connaissez tous votre alphabet ! Mais, comme souvent dans les abécédaires, ce n'est pas l'alphabet qui est intéressant mais tout le reste.
Comme dans de nombreux autres abc, l'auteure a décidé d'associer à chaque lettre un animal. Mais, contrairement à tous les autres abc, Antonin l'âne ne s'en va pas pour laisser place à Barbara la baleine. Il reste brouter dans un coin et est bientôt rejoint par une foultitude d'animaux qui n'en font qu'à leur tête et se baladent de page en page... Un peu comme un "où est Charlie" puissance 26, on va se demander ce qu'ils vont bien pouvoir inventer à la page suivante, et se mettre à chercher où se cacheront Émile l'escargot, Gaby la Grenouille et leurs copains...

Et, oui, on finit par s'amuser comme un gosse !

mercredi 18 décembre 2013

Albums jeunesse : des éditeurs aux enfants


C’est la troisième année que je me rends au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil et c’est toujours un vrai plaisir. J'ai commencé sans rien connaître de cette littérature particulière que mes souvenirs d'enfant et j'ai découvert avec émerveillement sa diversité et la qualité immense de certains de ses ouvrages. C'est donc avec d'autant plus d'intérêt que je profite de toutes les occasions pour en apprendre plus sur ce champs particulier de l'édition française.
Cette année, j’ai assisté à deux conférences particulièrement intéressantes : « Quand les éditeurs de jeunesse soufflent leurs bougies ! » avec Emmanuelle Beulge de Sarbacane, Christine Morault de MeMo, François David de Motus et Natacha Derevitsky de Pocket Jeunesse ; et « Quels livres fait-on lire à l'école maternelle ? » avec Stéphane Bonnéry (maître de conférences en sciences de l'éducation à Paris 8) et Francette Popineau (secrétaire nationale SNUipp-FSU et professeure des écoles).
Ce qui suit n’est pas une retranscription mot à mot de ce qui s’y est dit, mais un « mash-up » d’une partie de mes notes prises au cours de ces deux conférences sur le thème (assez large) de l’album jeunesse et de son accessibilité pour son public cible : les enfants.

L'édition jeunesse aujourd'hui

Les éditeurs de la table ronde étaient tous d’accord sur au moins un point : le papier peut être contemporain et les livres sont des objets actuels. L’une des caractéristiques importantes de l’album, c’est sa matérialité : ce n’est pas qu’une histoire, c’est un objet et son format importe. Pour Memo ou Sarbacane par exemple, faire un objet de qualité est un objectif important car cette qualité matérielle touche directement le petit enfant.
Il semblerait d’ailleurs que, d’après les indicateurs américains, le livre numérique commencerait à stagner. En France, d’après le SNE, il ne représenterait toujours que 2 ou 3% des parts de marché. Le livre papier reste donc primordial, en particulier du côté des albums.
D’autre part, la période étant économiquement charnière, la question, pour les éditeurs indépendants, est de ne pas surproduire : chaque livre doit être indispensable. Chaque album fait donc l’objet d’une recherche de création, on porte une grande attention à la qualité artistique, on cherche à aborder des thèmes importants, éventuellement avec humour. Chez Sarbacane, le texte prend aussi une place toute particulière car ses éditeurs considèrent qu’il s’agit du « parent pauvre » de l’album et essayent de le mettre en avant. Le marché français s'avère divers et animé, avec de nombreux éditeurs idéalistes, ce qui est possible car il s’appuie sur une politique de lecture.
On peut remarquer que les albums « complexes » (illustrations ambitieuses, trames narratives complexes) produits aujourd'hui par les éditeurs indépendants témoignent particulièrement de l'évolution de la littérature jeunesse par rapport aux « livres d'images » (où l'image ne faisait qu'illustrer le texte) du siècle dernier.
Au final, si le fond et l’image sont intéressants, il ne devrait pas y avoir de limite d’âge pour lire un album. [Ce avec quoi je suis particulièrement d’accord… Allez donc demander à votre bibliothécaire jeunesse le plus proche ses albums préférés, il y a de vrais perles : de vrais ouvrages d'art avec des histoires intelligentes et bien dites.] Chez Sarbacane, il y a d’ailleurs des collections d’albums pour une large gamme d’âges, de la naissance à 12-14 ans. Cet éditeur cherche à ce que ses albums soient accessibles à tous, avec une certaine simplicité au premier abord, mais aussi plusieurs strates en dessous, afin que chacun puisse y trouver son compte.

Une littérature accessible pour son public cible ?

Cette question de l’accessibilité est au cœur du travail de recherche de Stéphane Bonnéry. En effet, l’appropriation des ouvrages les plus complexes par les enfants n’est en fait pas spontanée. Elle repose principalement sur l’éducation familiale. Aborder la littérature jeunesse nécessite une gradation : les albums complexes demandent à l’enfant de maîtriser un certain nombre de pré-requis. Par exemple, pour que le loup « revienne » avec Geoffroy de Pennard, il faut d’abord savoir qu’il est parti.
Avant, la situation des livres jeunesse dans les familles se décrivait en plein ou en vide : il y avait ou non accès à cette littérature. Aujourd’hui, il y a des livres dans la plupart des familles, mais il reste une forte disparité quantitative : entre 1 et 3 livres jeunesse dans les familles de certaines catégories sociales, opposés à plus de 300 dans des familles d’enseignants ou de bibliothécaires. Mais il y a surtout une différence qualitative : dans les familles « populaires », on trouve des albums dits « simples » (une trame narrative simple, un rapport texte - image redondant et un enchaînement narratif linéaire), patrimoniaux (contes) et parfois un abonnement à une revue enfantine. Dans les familles « cultivées », on retrouvera par contre à la fois des albums simples et des albums complexes.
Y aurait-il une fracture numérique à l’envers ? Des livres qu’on ne retrouverait que chez ceux dont les parents ont pu les apporter ?
Une chose est sûre : en France, 57% des élèves ont pour parent référent un ouvrier, employé, chômeur ou agriculteur. Si l’école ne fait pas découvrir la diversité des formes de lectures, ce n’est pas dans les familles que cela se fera.
Alors qu’en est-il à l’école ? On découvre encore des disparités. Au cycle 1, en ZEP, les albums utilisés sont principalement des récits de vie quotidienne qui sont surtout utilisés pour travailler le vocabulaire. Hors ZEP, dès le cycle 1, les enfants étudient les contes traditionnels, des contenus patrimoniaux forts. Ils font déjà de la littérature en cherchant les indices sémiotiques du texte et en en faisant des analyses simples. En ZEP, ces choses-là ne seront abordées qu'au cycle suivant. Au final, ce décalage se reportera tout au long de la scolarité.
Quelles solutions pour remédier à ce décalage ? Désormais, les enseignants de maternelle pourront s'appuyer sur une nouvelle liste d'ouvrages recommandés pour le cycle 1. Mais une telle liste est-elle vraiment suffisante ? Stéphane Bonnéry regrette qu'il n'existe pas (encore ?) une base de données dans laquelle les enseignants pourraient piocher pour exploiter au mieux ces ouvrages avec les enfants.

lundi 25 novembre 2013

Londres est à nous, mon p'tit poussin !


Que celui qui n'a jamais utilisé une vieille citation de Friends au hasard de la conversation me jette la première pierre... :)

Ces derniers temps, c'était un peu le bazar dans ma tête. Parce que trop de choses arrivaient en même temps. Parce que j'avais du mal à y croire. Mais après mon dernier aller-retour où j'ai réglé tout un tas de questions pratiques, les choses semblent peu à peu prendre substance et réalité.
Bientôt, je pars.
Le 5 janvier, précisément, je monterais de nouveau dans l'Eurostar, mais pour un aller simple cette fois. Et le lendemain, je commencerais à travailler dans une bibliothèque londonienne.

Trouver un emploi en Grande-Bretagne


Quand j'ai commencé à chercher du travail en Grande-Bretagne, je n'étais pas du tout convaincue qu'il soit possible de me faire embaucher, à distance, dans un pays étranger et un contexte économique peu favorable. Mais voici, je pense, quelques facteurs qui ont joué en ma faveur :
- Chercher un emploi qualifié pour lequel on peut faire preuve de compétences particulières (par exemple, pour les postes de magasiniers ça doit être beaucoup plus dur que pour les postes de niveau Bibas ou Bibliothécaire) ;
- Cibler l'enseignement supérieur, globalement plus protégé que les bibliothèques publiques ;
- Prouver son engagement en s'impliquant dans le processus de certification à l'anglaise (le fameux "Chartership") ;
- Faire le déplacement pour passer l'entretien en chair et en os (un billet dernière minute, ce n'est pas donné, mais c'est le meilleur investissement que j'ai fait jusque-là).

Le lendemain de l'entretien, quand j'ai reçu l'offre d'embauche, heureusement que j'étais assise. Les deux seules choses qui me sont passées par la tête, c'est "oh bon sang, mais qu'est-ce que tu as fait ?" et "il est encore temps de refuser..."
Comme un zombie, j'ai fait ma demande de mise en disponibilité pour convenances personnelles et je suis partie en vacances très loin.
La disponibilité, c'est très facile à demander, mais c'est assez long : mieux vaut avoir prévu large en expliquant à votre futur employeur que vous avez un genre de préavis de plusieurs mois à donner. Il suffit de faire une lettre de ce type-là et de la faire passer par voie hiérarchique (la donner à son n+1 qui fera passer au-dessus...). Si la direction est d'accord, c'est parti !
Pour info, j'ai reçu mon arrêté 6 semaines après avoir fait ma demande. Mais ça peut varier en fonction des administrations et la durée maximum légale est de trois mois.

Trouver un logement à Londres


Ayant reçu l'arrêté, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de me trouver un logement, histoire de ne pas commencer l'année sous un pont (londonien, certes, mais tout de même !).
Vous étiez choqués par les prix de l'immobilier parisien ? Vous allez apprécier inénarrable marché londonien ! Les prix sont pires... Du coup, si vous partez en solo, la seule option viable, c'est la coloc. Vous aurez une chambre et vous partagerez votre salle de bain avec des inconnus pour le prix d'un F2 parisien ou d'une grande maison à Limoges...
Mais la bonne nouvelle c'est que, comme Londres est une ville horizontale, vous avez toutes vos chances de vous retrouver dans une maison avec jardin. (Oui, bon, ok, pas de blagues sur les jardins et le temps anglais, laissez-moi ça quand même !)

Je suis donc partie en quête d'un logement, glanant les petites annonces sur ce site-là, et programmant des visites pour ma petite virée londonienne de trois jours, la semaine dernière. (Disclaimer : le site que je mentionne a une version payante mais la version gratuite est largement suffisante, promis.)
Et je l'ai trouvée. La perle. Ma chambre. Dans une maison avec jardin, colocs sympas inclus. Et c'est là que j'ai commencé à me projeter un peu dans cet avenir si proche et si terrifiant. Mais avec du thé et des shortbreads.

Londres, c'est déjà un peu chez moi.


Licence Creative CommonsPhoto : prise par moi-même en novembre 2013 dans Hyde Park, Londres.
Ce texte et cette photo sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.