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vendredi 7 juillet 2017

Formation aux Pédagogies Actives


Comment donc ? Un billet sur ce blog ? Comme quoi les miracles existent...

La semaine dernière, j'ai chargé tous mes Lego dans ma valise et je suis passée sur Paris pour aller donner une présentation sur les pédagogies actives en bibliothèque à la BULAC.

J'étais ravie de voir Cécile Arènes et de visiter ce nouveau bâtiment (bibliotourisme FTW!), mais surtout j'étais enchantée de pouvoir partager mes jeux et activités avec des bibliothécaires français, pour une fois.

Il s'avère que, puisque je ne pense désormais au travail qu'en anglais, repasser à la langue de Molière est un exercice plus délicat qu'il n'y paraît. Alors que je débite à toute vitesse lors de mes formations en anglais, j'ai l'impression de désormais parler au ralenti en français - mais ça n'est peut-être pas un mal !

En tout cas ce fut un exercice très intéressant, et j'ai désormais une version française pour nombre de mes jeux et activités !
Je ne fais pas de promesses, mais il se peut que j'en publie quelques uns ici dans le futur... On verra...

Voici en premier lieu mon PowerPoint, pour vous donner une idée :


Ma chose préférée en fin de formation, c'est de lire les commentaires que les gens ont laissé sur mon mini questionnaire de feedback. Et les collègues ont été charmantes :
"Je suis restée concentrée tout le temps et intéressée en plus !"
"Plein d’idées faciles a mettre en œuvre !"
"Excellente formation (funny) et très agréable."

Bref, ce fut une très bonne expérience, que j'espère pouvoir réitérer dans le futur. A la bonne entendeur !


mardi 3 mars 2015

Activité : Le Quiz

L'une des activités de pédagogie active les plus simples à mettre en place, c'est le quiz. Il y a toutes sortes de façons de le faire, de la plus simple à la plus élaborée.
Le gros avantage du quiz, c'est qu'il permet d'évaluer en direct les compétences des étudiants. On peut le faire en début de séance (voire même avant la séance), pour définir s'ils ont des lacunes particulières à combler (ou si, au contraire, ils sont au top et qu'on va pouvoir passer vite sur un certain nombre de choses). Ou on peut le faire en milieu ou fin de séance pour estimer ce qu'ils ont compris (ou pas) et, si nécessaire, rectifier le tir en donnant des explications supplémentaires / différemment formulées.

On peut séparer les quiz en plusieurs catégories en fonction de leur mode d'administration : à l'oral, sur papier, ou en ligne.

À l'oral


Le quiz à l'oral est le plus simple à implémenter. Il suffit de poser les questions à la classe au moment opportun. Il peut être absolument spontané (une petite question en passant pour vérifier qu'ils ont bien compris comment fonctionnent les Booléens...) mais je conseille tout de même de prévoir une petite batterie de questions à l'avance, histoire de ne pas sécher.
Vous pouvez aussi intégrer vos questions à votre PowerPoint : ça aidera ceux qui n'ont pas bien entendu s'ils peuvent relire la question plutôt de vous regarder avec de grands yeux perdus.

Un quiz express dans l'un de mes PowerPoints sur le droit d'auteur. La photo est de Eleaf.

Le problème principal que je trouve avec ce genre de quiz spontanés, c'est qu'il prend les étudiants au dépourvu et que c'est parfois difficile de pousser les groupes "timides" à répondre. Il faut avoir un minimum de confiance en soit pour répondre à l'oral devant tout le monde à une question à laquelle on n'a pas forcément pu réfléchir auparavant. C'est pour ça que j'aime bien la catégorie suivante : les quiz à l'écrit.

Sur papier


Le quiz sur papier demande un peu plus de temps de préparation, mais ça reste très léger : préparez votre questionnaire dans votre traitement de texte préféré et imprimez-le au nombre d'exemplaires nécessaire (= nombre d'étudiants + 1 : c'est plus facile pour corriger si vous avez vous aussi les questions sous les yeux !).
Arrivé au moment du quiz, on laisse cinq minutes aux étudiants pour y répondre par écrit puis on corrige à l'oral. Vu qu'ils ont pu y réfléchir calmement auparavant, le taux de réponse des étudiants lors de la correction est beaucoup plus élevé !



Variante : distribuer un quiz pour deux pour encourager la collaboration et la discussion entre étudiants. Le taux de réponse devient encore plus élevé, car ils sont rassurés par le fait que la réponse ne vient pas seulement d'eux, mais aussi de leur voisine qui est vachement plus calée.

La correction à l'oral permet de clarifier certains points et d'expliquer le raisonnement derrière chaque réponse, tout en s'adaptant au groupe (si tout le monde avait juste, zou, on passe à la question suivante ; s'il y avait des réponses vraiment bizarres... on va prendre le temps de ré-expliquer).

En ligne


Le quiz en ligne est vraiment sympa et j'ai eu pas mal de commentaires positifs quand je l'ai utilisé avec certains de mes groupes.
Si on l'envoi par email aux étudiants avant la classe, on peut utiliser tout simplement SurveyMonkey (et en profiter pour glisser quelques questions ouvertes du type "qu'attendez-vous de cette séance ?").
A moins d'ajouter une question pour demander le nom de chaque étudiant, il ne permet pas d'identifier les réponses de chacun, mais j'ai envie de dire qu'on s'en moque : l'idée avec un quiz pré-séance, c'est d'identifier le niveau de la classe en général, pas de chaque élève en particulier.



Pour un quiz en ligne pendant le temps de classe, j'utilise Socrative. Il est gratuit et vraiment bien. Les étudiants peuvent répondre sur ordinateur si on est dans la salle informatique, ou sur leur portable en installant leur application (ce qui pourrait être une très bonne idée pour les inductions en amphi...).
Pour éviter de perdre du temps, j'ouvre le site de Socrative sur tous les postes avant que n'arrivent les élèves et entre le numéro de la "salle de classe". Ils n'ont plus qu'à taper leur nom et commencer à répondre aux questions.
Socrative propose plusieurs modes : celui "student paced" laisse les étudiants faire le quiz tout seuls et leur donne du feedback en fonction de leur réponse (c'est très facile à paramétrer). Mais celui que j'utilise le plus c'est le "teacher paced". C'est moi qui contrôle tout : l'apparition de la question, l'apparition du graphique des réponses (25% ont répondu "oui", 75% on répondu "non"...) sur lequel je me base pour savoir s'il faut que je re-fasse une explication détaillée ou pas, puis l'apparition de la question suivante, etc.


À la fin du questionnaire, on peut télécharger un résumé des réponses données par les étudiants.
La création des questionnaires est très simple et l'utilisation aussi. Bref, je le recommande.
Par contre, je vous préviens, il est entièrement en anglais. Vous pouvez écrire vos questions en français, mais les boutons et autres indications de contexte sont en anglais. C'est de l'anglais simple, mais je comprends que ça puisse en rebuter certains.

Utilisez-vous vous aussi des quiz au cours de vos séances de formations ? De quel type ? Quels sont vos outils préférés ? Racontez-moi tout !

jeudi 27 novembre 2014

Activité : L'équation de recherche façon puzzle




Je continue sur ma liste d'activités de pédagogie active, testées et approuvées ! Après Les Chimères, voici un autre jeu "clés en main", à utiliser pendant vos formations...

J'ai créé ce jeu en modifiant un autre jeu proposé par Andrew Walsh et Padma Inala. "The washing line strategy" permettait aux apprenants d'exprimer physiquement l'idée de recherche booléenne en épinglant des mots clés et des Booléens sur une ficelle (comme on accrocherait des vêtements à un fil à linge).
J'ai décidé d'aller plus loin en incluant d'autres items que l'on peut trouver dans une équation de recherche (des cartes vierges pour les mots-clés, des Booléens, certains codes de champs de PsycINFO - la base de donnée sur laquelle je fais la démonstration de recherche - et des parenthèses). J'ai laissé tombé la ficelle, qui me semblait superflue, et je me suis retrouvée avec des espèces de pièces de puzzle à remettre dans l'ordre - d'où le nom.

L'équation de recherche façon puzzle


Les règles du jeu

Les participants sont répartis deux par deux et je leur donne un petit sac contenant des pièces de puzzle plus une carte expliquant le jeu et leur donnant des requêtes imaginaires de demande d'information (vous les trouverez toutes les six - traduites exprès pour vous ! - dans le document téléchargeable au bas de cette page).
Ils doivent créer des équations de recherche à propos de cette requête, en utilisant les éléments de puzzle contenus dans le sac.
La formatrice passe d'une paire à l'autre pour vérifier s'ils ne sont pas trop perdus et les aider à corriger leurs erreurs.

Matériel requis

  • Des pièces de puzzle imprimées sur des cartons de couleur ;
  • Une carte d'explication par groupe, elle aussi imprimée sur du carton (et plastifiée si possible, histoire qu'elle dure plus longtemps) ;
  • Des sacs en plastiques (j'utilise des ziploc à fleurs...) pour que les petites pièces ne s'échappent pas !
Remarque : comme les étudiants peuvent écrire sur les pièce de puzzle "terme de recherche", il faut en ré-imprimer régulièrement.

Comment ça se passe

Dans le contexte de mes formations, le but final de ce jeu est de permettre aux étudiants de comprendre comment modifier eux-mêmes les équations de recherche dans une base de donnée bibliographique.
Du coup, il s'adresse à des étudiants ayant un niveau un peu avancé et pour lesquels il serait intéressant de comprendre comment créer des requêtes complexes.

J'ai fait plusieurs tests avec différentes classes et j'en conclus que ce jeu est à utiliser uniquement avec des étudiants maîtrisant déjà bien les bases de la recherche documentaire. Dans l'idéal, je le fais avec des groupes que j'ai déjà vus une première fois et avec lequel on a couvert les bases (notamment, comment utiliser des champs de recherche et les Booléens).

La grosse difficulté pour eux, c'est de comprendre comment marchent les parenthèses (enfin, si vous avez des matheux, ça devrait être plus facile, mais mes petits psychanalystes n'aiment vraiment pas ça !).
Mais c'est vraiment idéal d'aborder ce concept compliqué sans ordinateur, avec quelque chose de visuel et de ludique.

Ce qui prend le plus de temps, c'est de passer d'un groupe à l'autre pour ré-expliquer et corriger les petites erreurs. Du coup, si vous avez un deuxième collègue qui peut être sur le pont juste à ce moment-là, c'est l'idéal. Et on peut envoyer les étudiants plus "doués" aider les autres. En fonction du nombre de questions et de la taille du groupe, la durée du jeu peut beaucoup varier. Mais avec une classe de 10-12 étudiants assez dégourdis, ça dure environ 20 minutes.

Au final, j'ai eu de très bons retours sur cette activité. Mes étudiants ont aimé le côté intéractif et ludique. De plus, ils ont apprécié les petites histoires amusantes que j'ai inventées pour les "requêtes documentaires" et ils étaient curieux de voir celles que les autres groupes avaient eues.
Les seuls retours négatifs que j'ai eu provenaient d'un groupe pas encore assez "mûr". Il leur aurait fallu plus de temps avec des  activités plus simples pour bien renforcer les concepts basiques de la recherche documentaire avant de passer à celle-ci.

Fiche à télécharger

Enfin, je vous propose de télécharger ce fichier pdf si vous voulez utiliser ce jeu dans vos classes. Il contient les fiches explicatives avec les requêtes et les pièces de puzzle à imprimer et découper. Si besoin, n'hésitez pas à les recréer pour les modifier et les faire correspondre aux bases de données que vous utilisez !

Si vous l'utilisez, ça me ferait plaisir si vous m'envoyiez un message pour me dire comment ça s'est passé. Et n'hésitez pas à utiliser les commentaires si vous voulez plus d'explications !

mardi 4 novembre 2014

Activité : Les comportements de recherche



Choses promises, choses dues, voici la fiche complète d'une activité que j'ai utilisée en classe avec des étudiants et qui a pas mal marché.
Pour la créer, je me suis basée sur une idée trouvée dans le livre Active Learning Techniques for Librarians par Andrew Walsh et Padma Inala, dont j'avais déjà parlé ici.
Dans le jeu original, les auteurs utilisaient une liste de typologies de comportements décrits comme s'il s'agissait d'animaux (la pie est distraite par ce qui est nouveau, l'araignée n'utilise que ce qu'elle trouve sur la toile, etc.) pour lancer une discussion de classe sur les forces et les faiblesses de chaque comportement. Dans l'idéal, la conversation devrait les mener à donner des conseils sur la modification de leurs comportements et comment améliorer leur recherche documentaire.
J'ai décidé d'utiliser certaines des descriptions d'animaux proposées dans le livre mais j'a choisi de changer le "gameplay" pour pousser les étudiants à être créatif...

Les Chimères


Les règles du jeu

  • Les participants sont divisés en groupes de deux ou trois personnes.
  • On distribue à tous les groupes des fiches présentants les différents animaux, leurs supposés "comportements de recherche d'information" et une image (j'ai trouvé la plupart des images sur Wikimedia).
  • Les participants doivent choisir trois animaux représentant, d'après eux, les meilleurs caractéristiques à avoir pour faire une recherche documentaire.
  • Ils découpent un tiers du dessin de chaque animal et le collent sur un patron qui leur a été distribué. Tout autour, ils écrivent le nom de chaque animal et pourquoi ils l'ont choisi. Enfin, ils inventent un nom pour leur nouvelle créature mythologique...
  • À la fin, on fait un bref tour de table pour voir les créations des autres et parler de leurs choix.

Matériel requis

  • Des fiches animaux, patrons et explications, imprimés par vos soin sur l'imprimante de la bibliothèque.
  • De la colle et une paire de ciseaux pour chaque groupe.

Et ça marche ?

J'utilise ce jeu pour briser la glace au début d'une session à propos de la recherche documentaire. Il faut néanmoins garder à l'esprit que ça prend du temps (entre les explications, l'exécution et le debriefing, ça fait bien 15 minutes) donc on ne peut pas le faire sur une séance trop courte !

Je commence par présenter chaque animal / comportement au tableau avant d'expliquer le jeu. Il faut parfois répéter plusieurs fois que le but est de chercher les meilleurs caractéristiques possibles pour créer une chimère qui sera la meilleure possible d'un point de vue de la recherche documentaire.
Le fait est que même les étudiants de doctorat a-do-rent l'idée de faire du découpage comme des gamins. Je crois que, parmi tous ceux que j'ai essayés, c'est l'un des jeux qui a le plus de succès juste pour ça ! 
Mais en plus, il permet aux étudiants de réfléchir sur leurs propres comportements de recherche et comment ils pourraient les améliorer. Et ça reste. Pas plus tard qu'hier, j'ai reçu un message d'une étudiante avec qui j'avais fait le jeu en juillet et qui me demandait un rendez-vous pour l'aider à améliorer son comportement de recherche documentaire... Ça ne m'était jamais arrivé avant d'utiliser ce jeu !

Enfin, ce qui me gênait avec le jeu original, c'est que la discussion commence un peu abruptement. De ce que j'ai pu voir, c'est infiniment plus facile de faire parler les étudiants s'ils ont d'abord échangé entre eux en petits groupes, et c'est ce que permet ma version. Mais de ce fait, ensuite, le debriefing peut durer pas mal de temps s'ils ont beaucoup de choses à dire ! Du coup, c'est pas mal de se laisser un peu de marge et de ne pas être trop ambitieux sur le nombre de choses à voir au cours du reste de la séance...

Fiche à télécharger

Enfin, je vous propose de télécharger ce fichier pdf si vous voulez utiliser ce jeu dans vos classes. Il contient les fiches animaux, les explications et le patron à distribuer aux élèves.
J'ai repris les descriptions proposées par Walsh et Inala en les modifiant un peu. Et j'ai tout traduit en français juste pour vous !
Si vous l'utilisez, ça me ferait plaisir si vous m'envoyiez un message pour me dire comment ça s'est passé et me montrer les productions de vos étudiants !

D'ailleurs, voici un exemple de ce que ça peut donner...


lundi 22 septembre 2014

Former à la recherche documentaire sans ordinateur... Ou presque !



J'ai la chance de travailler dans une institution qui possède un public relativement divers. Dans les faits, nombreux de mes étudiants suivent leurs études à temps partiel et sont insérés dans la vie active depuis de nombreuses années.
Avec eux, le problème que je rencontre le plus, c'est une "computer literacy", une maîtrise de l'outil informatique, relativement faible, qui les empêche d'utiliser au mieux les ressources documentaires à leur disposition. Et comme je n'ai pas la possibilité de les aider à se mettre à niveau directement, il faut parfois savoir être créatif...
Voici les méthodes et les "trucs" que j'utilise pour prendre en compte leurs besoins lors de mes formations, en sept points.

- Savoir à qui on s'adresse. J'envoie systématiquement un questionnaire la semaine avant la formation afin d'évaluer le niveau des étudiants. Je ne leur demande pas ce qu'ils savent faire (do you know how to...? > yes/no/I'm not sure) mais quel est leur état de confiance vis-à-vis des différents outils (how do you feel about...? > Very confident / confident / not really confident / what is that?)

- Faire des groupes de niveau. Si c'est possible, diviser les étudiants en groupes de niveau c'est tellement tellement mieux !
Leur demander de se répartir eux-mêmes entre trois groupes de niveau peut marcher assez bien. Sinon, je les répartis d'autorité en fonction de leurs réponses à mon questionnaire.
Ainsi, si j'arrive à isoler les étudiants de "niveau faible", ça me permet de commencer par passer du temps avec eux pour vérifier qu'ils savent bien utiliser Firefox (oui, oui...) et trouver le site de la bibliothèque avant de passer à quoi que ce soit d'autre.
Avec les autres groupes, je vais pouvoir avancer plus vite et voir plus de choses.

- Visualiser sans le stress de l'outil. Le truc important que j'essaie de transmettre à mes étudiants, ce n'est pas forcément la technique d'utilisation d'un outil (ça en fait partie mais c'est loin d'être le premier point sur ma liste), mais la méthode qu'il y a derrière. C'est là que sont les compétences transférables qui leur permettront non seulement de savoir utiliser cette base de données en particulier, mais de savoir utiliser toutes les bases de données similaires (par exemple).

Du coup, si on se détache d'un outil particulier pour aller vers les concepts abstraits qui sont derrière, on peut s'éloigner des supports informatiques pour jouer avec des matériaux plus physiques. Avec des schémas et autres documents pédagogiques, ou avec des activités à faire "avec les mains" plutôt que sur ordinateur.
Et ça, c'est très bon quand on s'adresse à des personnes qui sont extrêmement stressées par l'utilisation d'outils informatiques. Cela permet de parler calmement d'un concept en particulier et de s'assurer qu'elles ont bien compris les bases avant de mettre le tout en application sur ordinateur.
Autre utilité : pour faire cours dans une salle non informatisée, où les étudiants ne vont pas pouvoir tester l'outil immédiatement. Ça permet de s'assurer qu'ils ont au moins saisi les concepts.
Et ça marche même avec les plus débrouillards qui n'auraient théoriquement pas besoin de cette béquille pour saisir comment écrire une équation de recherche par exemple. Dans mes questionnaires de feedback, les petites activités manuelles que je propose sont toujours ce qu'ils ont préféré dans la séance.

Dans les faits, qu'est-ce que ça donne ? Et bien des fiches d'activités comme le Good Search / Bad Search ou un jeu en groupe comme celui de la "Recette" ; je vous les avais présentés tout les deux dans mon article sur les pédagogies actives.
Ça peut aussi être de véritables petits jeux de société inventés pour l'occasion afin d'illustrer un concept, des puzzles, des activités se rapprochant plus des travaux manuels... J'en ai quelques exemples sous le coude en ce moment ; je vous les présenterais quand je les aurais testés sur mes étudiants.

- Savoir prendre son temps. D'après les commentaires que je reçois dans mes formulaires de feedback, même quand je mets pas mal d'activités simples dans une session, les étudiants pensent toujours que la leçon allait à la bonne allure. Du coup, mieux vaut aller le plus doucement possible et les faire jouer avec les concepts au cours d'activités pédagogiques plutôt que de se précipiter pour essayer de voir le plus de choses possible en un temps record : ce n'est jamais du temps de perdu.

- Revenir enfin à l'outil. À un moment ou à un autre, il faut bien lâcher ses petits papiers et revenir vers l'écran d'ordinateur.

Si j'ai affaire à un groupe de faible niveau assez homogène, on va aller très doucement et voir assez peu de choses. L'idée est de ne surtout pas les noyer, mais de les mettre suffisamment en confiance pour être sûre qu'ils sauront reproduire avec confiance les quelques étapes simples que je vais leur montrer.
Je montre chaque étape une part une et j'attends bien que tout le monde ait réussi à la reproduire sur son pc, même pour les trucs les plus élémentaires comme cliquer sur un bouton...

Si je n'ai pas pu diviser la classe en groupes de niveau, je demande à une collègue de venir m'aider et elle peut vérifier que tout le monde suit et aider les retardataires pendant que je présente des fonctionnalités plus avancées.

- Des photocopies, rien que des photocopies. 
Quelle est l'utilité d'avoir des documents pédagogiques uniquement en ligne si les étudiants ont du mal à y accéder ? Pour les "computer literate", la question ne se pose pas. Mais pour les autres je suis devenue une adepte du bon vieux polycopié.
J'ai toujours de meilleurs retours quand je distribue les supports à l'ancienne. Bien entendu, je mets aussi tout en ligne et je leur envoie un email avec les liens juste après la formation.

Autre exemple : quand mon formulaire de feedback était en ligne, je n'avais environ que 25% de réponses. Maintenant, j'en distribue une copie imprimée qu'ils remplissent avant de partir et j'ai un taux de réponses de 100% !
Certes, c'est mauvais pour les arbres... Mais je n'ai pas encore trouvé de meilleure alternative.

Un dernier point :
- Former les formateurs. Je propose systématiquement aux professeurs d'assister à la formation avec leurs étudiants : souvent, ils en ont plus besoin qu'eux ! En particulier ceux qui rechignent à me donner du temps pour passer dans leur classe : c'est souvent qu'ils n'ont pas idée de tout les savoir-faire que nous pouvons leur apporter. Et parfois leur "computer literacy" laisse elle aussi à désirer...
Et à ceux qui n'ont pas pu venir, je propose de venir les former en seul-à-seul directement dans leur bureau. Ils ne m'échapperont pas !


La photo ci-dessus est de Phil Gyford. Elle est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.0 Générique.

jeudi 31 juillet 2014

Pédagogie active en bibliothèque


Comme la plupart des bibliothécaires, je n'ai pas reçu de formation initiale sur la pédagogie. Pourtant, en particulier dans l'enseignement supérieur, nous sommes nombreux à devoir régulièrement donner des formations à des étudiants de divers niveaux. Dans mon cas, il s'agit de ma mission principale au sein de mon établissement.

Je vois des étudiants de master ou de doctorat, voire des actifs en formation professionnelle, la plupart du temps pour une session unique (quoique, c'est en train de changer, j'y travaille...) pendant laquelle j'ai pour mission de les rendre parfaitement autonomes pour tout ce qui entoure leurs recherches documentaires. C'est ambitieux. Il y a vraiment beaucoup à leur apprendre en quelques heures grappillées sur le cours d'un professeur bienveillant.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron...


Du coup, j'essaie de me former moi-même au maximum, au travers de "formations de formateurs" ou de lectures choisies. J'ai en particulier assisté à un atelier passionnant d'Andrew Walsh sur la création de jeux à utiliser en bibliothèque. À cette occasion, j'ai découvert son livre, Active Learning Techniques for Librarians (1), une ressource incroyable pleine d'idées d'activités pour utiliser des techniques de pédagogie active lors de nos formations auprès d'étudiants.

Au-delà de Freinet et de l'Éducation Nouvelle, la pédagogie active consiste à impliquer l'apprenant dans son apprentissage, à lui donner un rôle plus actif que celui qui lui est généralement dévolu dans les cours de type "conférence". Or, cette dimension active est censée permettre à l'apprenant de mieux retenir les informations et les compétences sur lequel on le forme.

Puisque nous ne reverrons probablement plus jamais les étudiants qui passent en formation avec nous, il est d'autant plus crucial de s'assurer qu'ils retiennent effectivement ce que nous essayons de leur enseigner !
Or la pédagogie active permet d'évaluer la compréhension des étudiants au fur et à mesure des activités qu'on leur propose et de leur donner des retours sur leurs performances en cours de séance. Par exemple, il va être beaucoup plus facile d'identifier les personnes qui n'ont pas compris et ainsi de leur ré-expliquer différemment les choses afin qu'elles puissent corriger leurs erreurs.
Enfin, la capacité de concentration d'une personne normale étant très courte (de l'ordre de quelques minutes), parsemer sa séance d'activités pédagogiques permet de changer de rythme, faire une pause, et reprendre ensuite de manière plus concentrée.

Mais qu'est-ce que ça donne ?


Andrew Walsh et Padma Inala recommandent d'utiliser leurs activités tout au long d'une séance. Par exemple, on commencera par briser la glace avec quelque chose d'un peu amusant, ce qui permet du même coup de faire passer un message sur ce que l'on attend du groupe : ne vous endormez pas, je vais vous faire parler et dessiner des choses, mais n'ayez pas peur, ça va bien se passer... En cours de session, on enchaîne quelques activités afin d'aider l'apprentissage de chaque grand point au programme. Et on finit par une dernière activité permettant de vérifier les connaissances des étudiants ou de les faire réfléchir sur leurs nouveaux acquis.

Bon, tout ça c'est bien joli, mais dans la réalité, est-ce qu'on ne réinvente pas un peu la roue à vouloir donner des exercices et contrôler les acquisitions ? Certainement un peu, mais ça ne peut pas faire de mal. Mais surtout, est-ce qu'on ne va pas se retrouver à jouer les profs chiants qui veulent absolument faire participer des élèves qui voudraient juste dormir ? Le danger est réel. Personnellement, j'avais surtout très peur de leur paraître ridicule avec mes petites activités de maternelle.

Mais.

Mais, j'ai testé pour vous l'active learning sur une classe de huit étudiantes de doctorat il y a deux semaines. Et elles ont adoré. Je les ai fait rires avec mes propositions de parodies et les questionnaires que je leur ai fait remplir à la fin étaient pleins de commentaires positifs. Du coup, il y a de l'espoir.
Je vais continuer à tester avec d'autres classes et je vous tiendrais au courant.

Quelques exemples


En attendant, voici quelques exemples d'activités tirées du livre de Walsh et Inala qui m'ont bien plu et que j'ai déjà testées ou que je tenterais très bientôt.

"Le vote express"
Choisir une question (par exemple : "quelle est votre base de données préférée ?") et l'afficher bien en évidence sur un mur. En dessous, coller plusieurs papiers correspondants à diverses réponses possibles (un pour chaque base de donnée à laquelle ils ont accès depuis votre établissement par exemple). Quand les étudiants rentrent dans la classe, avant qu'ils ne s'asseyent, leur demander de voter en apposant un post-it sous leur réponse. C'est très visuel et ça permet d'amorcer la conversation.

"La parodie"
Leur demander de plancher par petits groupes sur un sujet parodique. Par exemple, j'ai demandé à mes doctorantes de noter cinq points qui leur permettraient de faire la plus mauvaise recherche documentaire possible...
Pas mal en introduction, histoire de commencer à les faire réfléchir sur le sujet qu'on va aborder.

"Good Search, Bad Search"
Après leur avoir montré comment effectuer une recherche documentaire dans les règles de l'art, donner aux étudiants un exemple de mauvaise recherche et les faire discuter par paires sur :
- En quoi cette recherche est-elle "mauvaise" ?
- Comment pourraient-ils l'améliorer ?

"La recette"
Leur demander de travailler deux par deux pour écrire la "recette" d'une bonne recherche doc, avec liste d'ingrédients et démarche étape par étape.
Bonus : jouer à Masterchef pour élire la meilleure recette.

"La citation façon puzzle"
Après leur avoir expliqué comment citer correctement un document, leur donner une citation "en kit" : les différents mots qui composeraient la citation sont tous sur des morceaux de papier différents. Il faut qu'ils les remettent dans l'ordre.

"I will do it"
À la fin de la séance, demander aux étudiants de noter ce qu'ils feront dans les semaines à venir pour mettre en application leurs nouvelles connaissances. Leur faire noter leur nom et adresse mail. Leur renvoyer par mail un scan de leur feuille le mois suivant en leur demandant s'ils ont fait ce qu'ils avaient dit et si on peut les aider à accomplir leurs objectifs.


(1) Walsh, Andrew and Inala, Padma (2010) Active Learning Techniques for Librarians: Practical Examples. Chandos, Cambridge. ISBN 9781843345923


Licence Creative Commons Photo : Brook Ward
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 2.0 Générique.