lundi 1 septembre 2014

10 astuces pour les formateurs et les enseignants

Entamons septembre du bon pied avec une traduction de l'article 10 Tiny Tips for Trainers & Teachers de Ned Potter. Si vous lisez suffisamment bien l'anglais, je vous encourage à suivre son blog. Il est orienté sur la communication en bibliothèque et c'est toujours une lecture très intéressante.


Je donne beaucoup de formations ces temps-ci, à la fois pour mon travail principal et pour pour travail en freelance. J'ai donc amassé quelques petites astuces en chemin. Rien de stupéfiant - mais si vous donnez des formations ou des classes de maîtrise de l'information [NDLT : qui a une meilleure traduction pour "information literacy" ?], peut-être certaines d'entre elles vous seront utiles.
Voici la version courte et visuelle [en anglais] - et j'irais plus en détail ci-dessous.




Structure de la Session


1. Commencez par quelque chose de pratique. Parfois, on ne peut pas échapper à une grosse partie théorique ou conceptuelle. Mais si c'est le cas, dans la mesure du possible, faites en le deuxième point sur votre itinéraire pour la journée / l'heure - et commencez par quelque chose de pratique. Entamer la session avec quelque chose à FAIRE réveille tout le monde, et lance la séance sur quelque chose de tangible plutôt qu'abstrait. Cela transforme aussi tout le monde en participants actifs dès le début. 

2. Permettez à chacun de recharger ses batteries. Une journée d'atelier devrait avoir des pauses café intégrées. Mais même une formation d'une heure peut-être pénible. Insérer une pause de 3 minutes afin que les participants décrochent, discutent entre eux, se relaxent, les aidera à se concentrer pour la seconde partie de la session et augmentera leur niveau d'énergie sur toute la ligne. Une pause dix minutes après le début d'une session d'une heure marche remarquablement bien - et étonnamment mieux qu'à mi-parcours ou plus tard dans la session.

3. Résumez la session via un Challenge de Diapos Aléatoires (aussi connu sous le nom de Battle Decks). J'adore les challenges de diapos aléatoires. Voilà comment ça marche :
  1. À la fin de votre présentation, vous créez un jeu de diapositives court et simple qui résume votre session (en général, je crée deux jeux de cinq diapos chacun).
  2. Vous demandez à des participants de les présenter (donc dans mon cas, deux volontaires).
  3. Les volontaires n'ont jamais vu les diapositives auparavant, ce qui fait partie du jeu - donc ils voient les diapos pour la première fois au même moment que le public, et il faut qu'ils improvisent leur présentation en se basant dessus.
  4. Les diapositives avancent après 15 secondes, du coup la présentation dure à peine plus d'une minute.
Il faut leur donner la meilleure chance possible de comprendre sur quelle partie de la session porte chaque diapositive ! Si vous jetez un œil à la diapo 41 et suivantes dans la présentation intégrée à cet article, vous verrez un exemple de jeu de diapositives pour un challenge de diapos aléatoires.
Cela marche bien pour deux raisons - tout d'abord, c'est souvent hilarant. Les personnes du public crient si elles comprennent à quoi se réfère une diapositive avant les orateurs, et tout le monde quitte la session assez excité. Les formulaires de feedback à la fois à la British Library, où j'ai utilisé ça au cours de formations, et pour mes classes de maîtrise de l'information à York, montrent souvent que c'était la partie favorite des participants. L'autre raison pour laquelle ça marche, c'est parce que c'est souvent un résumé d'excellente qualité. Les gens disent exactement la même chose que ce que j'aurais dit si j'avais résumé la session moi-même, mais ça a plus d'impact car il s'agit d'une autre voix (et, avec les étudiants, c'est l'un de leurs pairs). Essayez ! La seule chose, c'est qu'il vous faut un plan B si personne ne se porte volontaire, ce qui m'est arrivé une fois. Avoir des récompenses aide à s'assurer que ça n'arrivera pas...

4. Concluez après les questions. C'est bien de finir une formation ou un cours avec un appel à l'action - un message clair expliquant ce que peuvent faire les participants après. Le message peut se retrouvé brouillé par une séance de questions - réponses (qui peut bien entendu soulever n'importe quoi), donc intégrez un temps pour les questions juste avant la fin, puis laissez-vous cinq minutes pour conclure la session avec quelque chose de direct et de significatif.

Une tablette comme assistant pédagogique


5. Utilisez Padlet sur votre tablette pour vous rappeler qui est qui. Padlet est un super outil qui peut être utiliser de bien des manières. Vous créez un mur en ligne, sur lequel vous et n'importe qui ayant l'URL peut poster des notes. N'importe qui peut double-cliquer n'importe où pour ajouter une sorte de post-it virtuel. Puis ils peuvent ajouter leur nom dans le titre, et une note, ou une URL - les liens vers des images ou des vidéos deviennent des objets intégrés sur le mur.
Je l'utilise pour crowd-sourcer les idées des gens pendant les formations - comme vous utiliseriez un tableau à feuilles mobiles sauf que tout le monde peut retourner jeter un œil à l'URL après la session, et ça devient une sorte d'archive pour que chacun apprenne des autres.

En tout cas, en fonction de la session, je fais un tour de table et demande aux gens de se présenter et de dire ce qu'ils attendent de la journée / de l'heure. C'est très utile en soi, car vous pouvez adapter les choses en conséquence. Je tape tout dans Padlet sur l'écran de présentation au fur et à mesure, ainsi on peut tous s'y référer plus tard et voir si on a fait ce qu'on avait dit ! Mais la chose vraiment utile c'est que vous pouvez choisir exactement où mettre les notes sur l'écran - du coup j'organise les notes de façon à ce qu'elles correspondent à l'agencement physique de la salle et où les gens sont assis, comme dans l'exemple ci-dessous. Ensuite, je l'enlève de l'écran pour le remplacer par ma présentation, et je mets le mur Padlet sur mon ipad - ce qui signifie que j'ai les noms de tout le monde au bon endroit et que je peux m'y référer facilement pour me souvenir de qui est qui !
(J'ai l'impression de ne pas avoir expliqué ça très bien. Est-ce que ça fait sens? L'exemple ci-dessous devrait vous éclairer.)

Un exemple de mur Padlet

6. Avancez dans la présentation, sur votre tablette. J'aime avoir ma présentation ouverte sur mon ipad, comme ça je peux voir ce qui va arriver ensuite. C'est particulièrement pratique si vous enseignez en duo avec quelqu'un d'autre - pendant que l'autre parle, vous pouvez réviser ce que vous devez dire ensuite. Une immense part d'une présentation réussie, pour moi, est d'avoir une impression de contrôle - et ceci aide.

Les Polycopiés


7. Distribuez les polycopiés. C'est tentant de se sentir plus organisé dans la distribution des polycopiés si vous le faite avant que tout le monde n'arrive, en les plaçant sur chaque PC ou sur chaque table. Mais si le groupe est composé de moins de 20 personnes, distribuez-les vous-même ;  c'est une très bonne opportunité pour rencontrer chacun individuellement et établir un contact visuel, même court, rend la communication plus facile et plus complète pour la session.

8. Utilisez des copies d'écran pour rendre les exercices facile à trouver. C'est impressionnant comme souvent les gens se perdent dans les polycopiés. Quand vous arrivez à un exercice dans le poly, ajoutez une copie d'écran sur votre diapositive au moment où vous introduisez l'exercice - ça rend les choses plus rapides et plus faciles et permet aux participants de savoir exactement où ils devraient être.

Documents pédagogiques


9. Utilisez un wiki gratuit pour stocker vos matériels d'enseignement. Pour toutes sortes de raisons, il est bon d'avoir ses documents pédagogiques en ligne. En particulier si votre session est pleine de liens, les mettre sur un wiki gratuit (PBworks par exemple) permet aux participants d'y accéder de cette façon et de cliquer simplement sur les URLs plutôt que d'avoir à les taper. Mettez le PowerPoint là aussi - ça signifie que vous aurez une copie de votre présentation et des polycopiés même si votre clé USB tombe de votre poche et que votre imprimante tombe en panne...

10. Envoyez la présentation à tout le monde après par e-mail. Un e-mail post-session est utile pour renforcer les messages clés, et en particulier pour s'assurer que les participants ont accès aux documents de présentation. Ne comptez pas sur ce que les gens (en particulier les étudiants) les cherchent d'eux-mêmes ; envoyez un e-mail directement après pour vous assurer qu'ils ont une copie de la présentation ET vos coordonnées. S'il y a des problèmes de pièces-jointes dus à la taille des fichiers, mettez vos présentations en ligne sur Slideshare et votre polycopié sur Scribd, et incluez des liens à la place.



Article original de Ned Potter. Traduction par moi-même.
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 3.0 non transposé.

lundi 25 août 2014

Organisation quand tu nous tiens

Comme ma chère collègue Laurence, je suis une férue d'organisation. J'ai utilisé de nombreux outils ces dernières années et, vu que c'est bientôt la rentrée et qu'il est temps de remettre de l'ordre dans nos bureaux, je me propose de vous présenter ceux que j'utilise en ce moment.

Comme vous allez-voir, je suis plutôt du côté des outils papiers plutôt que du tout électronique... Mais à chacun son truc !

Le journal

J'utilise un seul et même journal à la fois pour mon organisation personnelle et professionnelle. J'ai essayé d'en avoir deux différents mais le fait est que je préfère tout noter à un seul endroit : comme ça, si des idées me viennent pour ma liste des courses en plein milieu de la journée, je n'ai pas besoin de sortir un autre carnet ou de dégainer mon smartphone. Tout va au même endroit. Du coup, c'est un peu en vrac, mais au moins je suis sûre d'avoir toujours tout sous la main.

Mon prochain journal, décoré par Julia.

Pourquoi un journal papier ? Parce que c'est joli déjà. (Oui, oui, ça compte.)
Et parce que ça me permet de faire des petits dessins, des mind maps et même de l'art journaling à mes moments perdus, sans avoir à cogiter sur le logiciel approprié.
Aussi parce que je suis une adepte de l'écriture manuelle. Je réfléchis mieux quand j'écris. De plus, j'écris beaucoup dans les transports et, on dira ce qu'on voudra, taper sur un clavier virtuel, c'est pas ultra pratique.
Enfin, je suis beaucoup plus rapide pour prendre des notes manuelles pendant conférences et ateliers. Parce que je suis une amatrice d'abréviations et de grandes flèches dans tous les sens. Du coup, j'estime que ça vaut le coup d'avoir à tout retaper une fois rentrée. Et c'est toujours bien pour remettre de l'ordre dans les structures parfois sibyllines des présentations de certains conférenciers...

Du mind-mapping dans un précédent journal.

Les listes

Importante partie de mon journal, les listes hebdomadaires que je mets à jour chaque lundi en arrivant au bureau. Sur une double page, je note d'un côté ma liste pro et de l'autre ma liste perso.
Pour ma liste pro, j'utilise la technique présentée par le Bullet Journal.
J'ai testé leur système d'index que j'ai rapidement abandonné : je n'ai pas suffisamment de pages consacrées à des thèmes particuliers pour que ça en vaille la peine. À la place, je fais des marque-pages en masking-tape : c'est plus joli. Et plus la peine de s'embêter à numéroter toutes les pages.

Des marque-pages au masking-tape dans mon journal actuel...

Le calendrier au mois ne m'est pas super utile vu que j'utilise d'autres outils (voir plus bas), mais j'aime bien l'idée de la liste de tâches du mois histoire de mettre en exergue les gros projets à venir.

Calendrier et tâches du mois d'août

Du coup, la seule chose que j'ai vraiment gardé, c'est leur façon de faire des listes. Des ronds pour les rendez-vous, des carrés pour les choses à faire, avec des sous-listes quand il y a plusieurs choses à accomplir pour un même point. J'ajoute des couleurs par thème (mon chartership en bleu ciel, mes formations à préparer en vert...) et j'utilise des types de stylos différents pour distinguer le pro (au feutre) du perso (au bic).

Mes to-do lists de cette semaine.

Pour prioriser les points de ma to-do list, j'utilise cette technique : l'idée c'est, au lieu de faire le plus facile ou le moins déplaisant en premier, de s'atteler à sa liste tâches selon le modèle suivant.

Pour adapter ce modèle à votre propre activité, remplacez "training" par votre mission principale.

Je fais en premier les taches de l'encart 1 sur le graph : celles qui auront le plus d'impact sur ma mission d'enseignement avec un effort minimal. Puis je passe au 2 (fort impact mais beaucoup d'efforts demandé), au 3 (peu d'impact et peu d'effort : ce sont souvent les tâches les plus amusantes) et au 4 (peu d'impact, beaucoup d'effort).
Je mets en évidence les tâches que j'ai décidées comme étant prioritaires avec des petites étoiles. Just because.
Et parfois je fais des tâches d'importance moindre avant des tâches plus importantes parce que personne n'est parfait. Et que c'est plus amusant de mettre à jour le Twitter de la bib que de courir après des profs réticents à l'idée de toute formation.

Les calendriers

Concernant les calendriers, les outils électroniques restent à mon sens indispensables.
L'épine dans mon pied actuellement c'est que le système de mon établissement est si fermé que je ne peux pas faire apparaître mon calendrier professionnel dans mon calendrier Google personnel. Du coup, je copie-colle à la main les informations concernant mes rendez-vous à l'extérieur pour être sûre d'avoir l'adresse de la conférence de demain bien au chaud dans mon téléphone.

Mais afin d'avoir une vue d'ensemble de mes training sessions sur l'année, j'utilise aussi un calendrier papier colorié au feutre, posé bien en évidence sur mon bureau. Il m'aide à planifier l'organisation de mes sessions à l'avance et à anticiper les périodes de rush.

Mon calendrier pour l'année 2014-2015 commence déjà à être bien rempli !

Le suivi de mes classes

Enfin, outil majeur dans mon organisation, tout mon arsenal de classeurs Excel.

Mon outil de base, c'est la liste des différentes classes de mon établissement, classées par niveau, avec mention de mes tentatives de communication avec les tuteurs et des cours que j'ai donnés ou qui vont avoir lieu. Ça me permet de voir où j'en suis dans mon but de donner des formations à tous les doctorants par exemple, et quelles sont les classes qu'il me reste encore à atteindre.

Mes classes de doctorants. En blanc : celles pour lesquelles je n'ai pas encore réussi à organiser de formations.


Deuxième outil, indispensable dans cette période de pré-rentrée, un tableau récapitulant où j'en suis dans la préparation des différents cours que j'ai à donner sur les prochains mois. Comme je vais en avoir plusieurs par jour en septembre, il faut que tout soit au cordeau bien à l'avance !

Ma check-list pour mes formations de septembre. Si c'est en vert, c'est prêt !

Enfin, le dernier outil sur lequel se base en fait le précédent tableau, ce sont mes plans de sessions pour chaque classe. En plus d'inclure le plan détaillé de la formation, j'inclus en première page une check-list très complète notant toutes les choses que je dois mettre en place avant une formation.
Une fois que ma session est bien calée, j'imprime le tout comme ça je peux "checker" chaque point à la main au fur et à mesure de mon travail... Parce que ça fait tellement plaisir de voir les choses ainsi avancer !

La première page de mon modèle de récapitulatif de session, avec sa to-do list interminable...


Mais ça, je vous en parlerais peut-être plus en détail une prochaine fois...


Licence Creative CommonsToutes les images de ce post ont été créées par mes soins en août 2014.
Ce texte et ces photos sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 Générique.

jeudi 31 juillet 2014

Pédagogie active en bibliothèque


Comme la plupart des bibliothécaires, je n'ai pas reçu de formation initiale sur la pédagogie. Pourtant, en particulier dans l'enseignement supérieur, nous sommes nombreux à devoir régulièrement donner des formations à des étudiants de divers niveaux. Dans mon cas, il s'agit de ma mission principale au sein de mon établissement.

Je vois des étudiants de master ou de doctorat, voire des actifs en formation professionnelle, la plupart du temps pour une session unique (quoique, c'est en train de changer, j'y travaille...) pendant laquelle j'ai pour mission de les rendre parfaitement autonomes pour tout ce qui entoure leurs recherches documentaires. C'est ambitieux. Il y a vraiment beaucoup à leur apprendre en quelques heures grappillées sur le cours d'un professeur bienveillant.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron...


Du coup, j'essaie de me former moi-même au maximum, au travers de "formations de formateurs" ou de lectures choisies. J'ai en particulier assisté à un atelier passionnant d'Andrew Walsh sur la création de jeux à utiliser en bibliothèque. À cette occasion, j'ai découvert son livre, Active Learning Techniques for Librarians (1), une ressource incroyable pleine d'idées d'activités pour utiliser des techniques de pédagogie active lors de nos formations auprès d'étudiants.

Au-delà de Freinet et de l'Éducation Nouvelle, la pédagogie active consiste à impliquer l'apprenant dans son apprentissage, à lui donner un rôle plus actif que celui qui lui est généralement dévolu dans les cours de type "conférence". Or, cette dimension active est censée permettre à l'apprenant de mieux retenir les informations et les compétences sur lequel on le forme.

Puisque nous ne reverrons probablement plus jamais les étudiants qui passent en formation avec nous, il est d'autant plus crucial de s'assurer qu'ils retiennent effectivement ce que nous essayons de leur enseigner !
Or la pédagogie active permet d'évaluer la compréhension des étudiants au fur et à mesure des activités qu'on leur propose et de leur donner des retours sur leurs performances en cours de séance. Par exemple, il va être beaucoup plus facile d'identifier les personnes qui n'ont pas compris et ainsi de leur ré-expliquer différemment les choses afin qu'elles puissent corriger leurs erreurs.
Enfin, la capacité de concentration d'une personne normale étant très courte (de l'ordre de quelques minutes), parsemer sa séance d'activités pédagogiques permet de changer de rythme, faire une pause, et reprendre ensuite de manière plus concentrée.

Mais qu'est-ce que ça donne ?


Andrew Walsh et Padma Inala recommandent d'utiliser leurs activités tout au long d'une séance. Par exemple, on commencera par briser la glace avec quelque chose d'un peu amusant, ce qui permet du même coup de faire passer un message sur ce que l'on attend du groupe : ne vous endormez pas, je vais vous faire parler et dessiner des choses, mais n'ayez pas peur, ça va bien se passer... En cours de session, on enchaîne quelques activités afin d'aider l'apprentissage de chaque grand point au programme. Et on finit par une dernière activité permettant de vérifier les connaissances des étudiants ou de les faire réfléchir sur leurs nouveaux acquis.

Bon, tout ça c'est bien joli, mais dans la réalité, est-ce qu'on ne réinvente pas un peu la roue à vouloir donner des exercices et contrôler les acquisitions ? Certainement un peu, mais ça ne peut pas faire de mal. Mais surtout, est-ce qu'on ne va pas se retrouver à jouer les profs chiants qui veulent absolument faire participer des élèves qui voudraient juste dormir ? Le danger est réel. Personnellement, j'avais surtout très peur de leur paraître ridicule avec mes petites activités de maternelle.

Mais.

Mais, j'ai testé pour vous l'active learning sur une classe de huit étudiantes de doctorat il y a deux semaines. Et elles ont adoré. Je les ai fait rires avec mes propositions de parodies et les questionnaires que je leur ai fait remplir à la fin étaient pleins de commentaires positifs. Du coup, il y a de l'espoir.
Je vais continuer à tester avec d'autres classes et je vous tiendrais au courant.

Quelques exemples


En attendant, voici quelques exemples d'activités tirées du livre de Walsh et Inala qui m'ont bien plu et que j'ai déjà testées ou que je tenterais très bientôt.

"Le vote express"
Choisir une question (par exemple : "quelle est votre base de données préférée ?") et l'afficher bien en évidence sur un mur. En dessous, coller plusieurs papiers correspondants à diverses réponses possibles (un pour chaque base de donnée à laquelle ils ont accès depuis votre établissement par exemple). Quand les étudiants rentrent dans la classe, avant qu'ils ne s'asseyent, leur demander de voter en apposant un post-it sous leur réponse. C'est très visuel et ça permet d'amorcer la conversation.

"La parodie"
Leur demander de plancher par petits groupes sur un sujet parodique. Par exemple, j'ai demandé à mes doctorantes de noter cinq points qui leur permettraient de faire la plus mauvaise recherche documentaire possible...
Pas mal en introduction, histoire de commencer à les faire réfléchir sur le sujet qu'on va aborder.

"Good Search, Bad Search"
Après leur avoir montré comment effectuer une recherche documentaire dans les règles de l'art, donner aux étudiants un exemple de mauvaise recherche et les faire discuter par paires sur :
- En quoi cette recherche est-elle "mauvaise" ?
- Comment pourraient-ils l'améliorer ?

"La recette"
Leur demander de travailler deux par deux pour écrire la "recette" d'une bonne recherche doc, avec liste d'ingrédients et démarche étape par étape.
Bonus : jouer à Masterchef pour élire la meilleure recette.

"La citation façon puzzle"
Après leur avoir expliqué comment citer correctement un document, leur donner une citation "en kit" : les différents mots qui composeraient la citation sont tous sur des morceaux de papier différents. Il faut qu'ils les remettent dans l'ordre.

"I will do it"
À la fin de la séance, demander aux étudiants de noter ce qu'ils feront dans les semaines à venir pour mettre en application leurs nouvelles connaissances. Leur faire noter leur nom et adresse mail. Leur renvoyer par mail un scan de leur feuille le mois suivant en leur demandant s'ils ont fait ce qu'ils avaient dit et si on peut les aider à accomplir leurs objectifs.


(1) Walsh, Andrew and Inala, Padma (2010) Active Learning Techniques for Librarians: Practical Examples. Chandos, Cambridge. ISBN 9781843345923


Licence Creative Commons Photo : Brook Ward
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 2.0 Générique

mercredi 7 mai 2014

Les Éventrées


Je vous en parlais dans un billet précédent, j'ai écrit une nouvelle pour la collection East End des éditions de Londres. Elle s'appelle Les Éventrées et elle est disponible dès à présent, dans différents formats numériques (sans DRM, sauf si vous passez par la Fnac).

J'écris depuis toute petite, et dès huit ans, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais "écrivain". (La féminisation des noms de métiers n'était pas encore venue à mes oreilles.) C'est donc un véritable rêve d'enfant qui se réalise ici : même si ce n'est qu'une petite nouvelle, même si c'est au format numérique, c'est un grand "tope-là" par delà les années entre une petite fille à lunettes et une londonienne paumée.

Je suis d'autant plus ravie car je suis publiée dans une collection de polars. J'ai grandi dans une maison où la collection complète d'Agatha Christie était soigneusement en évidence dans les étagères... des toilettes. Parce que, ma maman a bien raison, c'est l'un des meilleurs endroits pour commencer à lire un nouveau bouquin. Bref, le polar est l'un des genres que j'apprécie le plus et je suis honorée d'y apporter ma petite contribution.

Certes, il ne s'agit pas d'une detective-story au sens strict, loin de là. Mais vous devriez y retrouver un peu de suspense... Et quelques meurtres sanglants.
Voici ce que mon éditeur, Jean-Basile Boutaka à en dire. Et voici la quatrième de couverture :
Après un drame personnel, Martha vient se ressourcer pendant quelques jours dans le village où elle a passé une partie de son enfance. On ne lui a pas vraiment laissé le choix et l’idée ne lui plaît guère. D’ailleurs, elle est déterminée à rester cloîtrée seule dans la maison de sa tante pendant tout le séjour, à lire des bouquins et regarder des dvds, en buvant plus que nécessaire. Mais le hasard des rencontres, inévitables pour se ravitailler en nourriture, en alcool et en lectures, va en décider autrement. Sans parler des meurtres qui s’enchaînent de manière inhabituelle depuis le jour de son arrivée…
Les éventrées est une nouvelle de la série « Jacques l’Éventeur », pour laquelle les auteurs doivent librement s’inspirer de l’histoire de « Jack l’Éventreur » en situant leur histoire en France.
Voilà, j'espère que ça vous plaira. N'hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé en commentaire et, si ça vous a plu, à laisser des critiques sur les sites d'achat... Merci infiniment !

lundi 14 avril 2014

Jean-Basile Boutak, East End et les Éditions de Londres


Ceux qui me suivent sur Twitter m'auront peut-être déjà entendu l'évoquer : l'une de mes nouvelles va bientôt paraître aux éditions de Londres, dans leur collection East End. J'en reparlerais probablement ici en temps et en heure. [EDIT : c'est par là.]
Jusque-là, je ne connaissais pas grand chose à l'édition numérique, alors j'ai trouvé passionnant de sortir un instant du monde des bibliothèques pour faire un pas de ce côté-ci des métiers du livre.
Pour en parler plus avant, laissez-moi vous présenter Jean-Basile Boutak, responsable de la collection East End, qui a eu la gentillesse de bien vouloir se prêter au jeu des questions - réponses.


Jean-Basile Boutak
Jean-Basile Boutak
Quel est votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à devenir éditeur ?
J’ai un parcours « éclectique ».
En ce qui concerne les études, j'ai commencé par une 1ère Scientifique, bifurqué en Terminale Littéraire après le Bac de français, erré une année en Fac de Lettres Modernes, passé un an comme emploi-jeune dans un club de bridge et obtenu finalement une licence d’informatique.
Professionnellement, j'ai travaillé plusieurs années en agences web avant de créer mon auto-entreprise dans ce même domaine. En réalité, cette création était une fuite. Je fuyais une profession que j'abhorrais. Depuis, je n'ai eu de cesse de limiter mon activité informatique et de donner de plus en plus de place à mon activité littéraire d'auteur et d’éditeur.

En 2011, j'ai créé mon blog www.e-jbb.net, dans l'espoir de me « délier » les doigts. Cela a fonctionné. À l'époque, le numérique balbutiait (encore plus que maintenant), et je publiais de modestes articles de réflexion sur le sujet et des chroniques de livres. J’étais très actif sur les réseaux sociaux et j’échangeais par ce biais avec la plupart des acteurs du très petit monde de l’édition numérique. 
De fil en aiguille, j'en suis venu à collaborer avec un premier éditeur numérique, sur sa collection de polars – je ne dis plus que j’en étais responsable, car certains titres étaient publiés sans que j'ai mon mot à dire. Cette expérience m’a entre autres choses appris que j'aimais l’édition. J'ai mis fin à cette collaboration au bout d’environ un an, pour plusieurs raisons que j’énumère sur mon blog.

Parallèlement à cette activité éditoriale, j'avais retravaillé d’anciens textes, et notamment ceux qui figurent dans le recueil Le père Noël ne meurt jamais. Avec deux autres nouvelles de Jean-Marie Apostolidès – mon oncle –, je les ai soumises aux Éditions de Londres, qui ont compris et accepté notre projet. C'est ainsi que j'ai fait connaissance avec Vincent et Isabelle Potier, les fondateurs de cette maison.
Quelques mois après la publication de notre titre, l’envie d’édition étant toujours présente, j'ai proposé à Vincent de prendre en charge une collection de genre, en posant néanmoins certaines conditions, de manière à limiter les risques que notre collaboration s’achève trop tôt. On s’est compris et la collection East End est née.

En plus de votre travail éditorial, vous pratiquez donc vous-même l'écriture ?
Ma tentative de fiction la plus ancienne date de mes huit ans : ma grande sœur m’avait prêté sa machine à écrire et la première chose que j'ai essayé de taper dessus, ce fut… un polar ! J'ai toujours cet essai, d'une demi-feuille A4, grâce à la bienveillance de ma mère. J’y écrivais notamment : « il était mal rasé mais gentil avec les pauvres ». Je ne peux m’empêcher de sourire à chaque fois que je relis ce texte.
Tout cela pour dire que si cela fait longtemps que je veux raconter des histoires, la bascule réelle n’a eu lieu qu'en 2011. Comme je l’ai déjà évoqué, cette année-là, j'ai créé mon blog, pour me remettre le pied à l’étrier de l’écriture, après cinq années d’abstinence consécutives à des tensions familiales engendrées par mes « envies littéraires ». Cela a fonctionné et a donné notamment Le père Noël ne meurt jamais, qui a donc servi d’entremetteur à ma collaboration avec Les Éditions de Londres.

J'ai publié d'autres textes, toujours des textes courts, sur Nerval.fr, le magazine littéraire en ligne de François Bon : Le Grand plongeon et Quand les murs tombent. J'ai participé à un recueil de nouvelles sous forme de cadavre exquis pour Les Éditions Edicool, Historietas ou Les Yeux de Fatalitas, mais il est désormais indisponible, l’éditeur ayant mis la clé sous la porte. Ma prochaine publication est prévue pour bientôt, avec une nouvelle dans l’anthologie de « SF LGBT » À voile et à vapeur des éditions Voy'[el]. J'ai bien sûr des romans en chantier, mais je ne veux pas brusquer les choses.

Votre pratique de l’écriture est-elle en lien avec votre métier d'éditeur ? L’une enrichit-elle l’autre ?

L’écriture et l’édition s’enrichissent l'une l'autre, c'est absolument évident.
En tant qu'éditeur, je profite de mon expérience d’écrivant (pour reprendre le terme de Martin Winckler) à plusieurs niveaux. Dans ma relation avec les auteurs tout d'abord : je pense être mieux à même de comprendre leurs attentes, leurs angoisses, leurs déceptions, etc., qu'un éditeur qui ne le serait pas. Dans mon approche technique ensuite : plus on avance dans l'apprentissage de l’écriture, plus on prend conscience de l'importance de la technique ; et cette technique que j’acquière progressivement comme auteur, j'essaie d’en faire profiter ceux avec qui je travaille – et je m'efforce de le faire avec humilité et sans dogmatisme.
En tant qu’auteur, c'est pareil, je bénéficie énormément de mon expérience d'éditeur, dans les mêmes domaines que ceux cités plus haut : dans mes relations avec les éditeurs, car je connais bien leurs problématiques et leurs attentes ; dans mon approche technique, car à force de repérer les travers et les faiblesses dans les textes des autres, on prend mieux conscience des nôtres.
Bien sûr, ce bénéfice réciproque est valable jusqu'à un certain point…

Pourquoi le polar/le roman noir ? Y a-t-il une histoire derrière East End ?

Je suis condamné au polar et au roman noir. Je plaisante, mais il y a un peu de cela.
Comme lecteur, je lis de tout : polars, SFFF, littérature blanche, essais, ouvrages techniques, classiques ; il m'est arrivé de lire aussi de la romance et de l’érotisme. Il n'y a peut-être que la poésie à travers laquelle je sois passé complètement.
Comme auteur, j'ai des envies d'écriture et des projets qui germent dans ces mêmes genres.
Je ne pense pas qu'une littérature soit mieux qu'une autre, mais l'opinion de certains m’a poussé à défendre la littérature « de genre » quand j'en ai eu l'occasion. Et le hasard a fait que ça a souvent été le polar et le roman noir. Par exemple, aux deux éditeurs avec qui j'ai travaillé jusqu’à aujourd'hui, j'ai proposé de m'occuper de polars ou de SFFF ; mais les deux ont opté pour le polar. Pourquoi ? C'est à eux qu'il faudrait poser la question !
Ce qui est « amusant », c'est que les gens imaginent régulièrement que je connais tout du polar, que j'ai lu tous les auteurs à la mode et même les autres, parce que je suis responsable d'une collection de ce genre. Hélas, non. Ou plutôt heureusement, car je ne pourrais pas me laisser enfermer dans un genre en particulier, quel qu'il soit.
L'histoire derrière East End est simple : aux Éditions de Londres, ils nous a tous semblé que le nom de la collection devait avoir un lien avec l'Angleterre, où la maison est basée. East End, le quartier populaire dans lequel a sévi Jack l’Éventreur est apparu comme une évidence dès le départ. On s'est donné le temps de la réflexion, mais on n'a pas trouvé de meilleure idée.

Quel est le point que vous préférez dans votre métier ?

Sans aucune hésitation : les échanges avec les auteurs. Je fais partie de ces éditeurs qui passent beaucoup de temps sur un texte, qui annotent beaucoup, qui ne comptent pas les relectures, mais qui n’imposent jamais rien (sauf la correction des fautes d'orthographe et de grammaire évidemment) et qui essaient de mettre en place une relation de confiance, sans rapport de force.
De par mes méthodes de travail, il y a nécessairement beaucoup d'allers et retours avec les auteurs. On finit forcément par parler d’autres choses que du texte et par discuter de tout et de rien. Souvent de littérature, c'est vrai, mais pas seulement. C'est très enrichissant.
Et puis cet échange sur le texte avec les auteurs, c'est aussi une manière de m’approprier un peu leur récit, pour mieux le défendre ensuite.
Si j'en crois ce qu'on me raconte à droite et à gauche, tout le monde ne procède pas comme moi, et sans doute que mes méthodes ne conviendraient pas à tous, mais moi je ne me vois pas faire autrement, puisque mon plaisir est là.

Les rencontres avec les auteurs sont-elles toujours virtuelles ?

Les rencontres avec les auteurs sont en effet toujours virtuelles, au moins dans un premier temps. On communique par mail, ou par téléphone, notamment si l'auteur est demandeur. Nous n’avons malheureusement pas les moyens de nous déplacer pour visiter les auteurs en chair et en os.

Cela ne veut pas dire que je n'ai rencontré aucun des auteurs avec qui j'ai travaillé. Au Salon du Livre de Paris cette année, où je me suis rendu en visiteur, j'ai eu la chance de croiser et de pouvoir discuter avec Christopher Wobble, auteur de Le Faiseur d’Anges. J'ai aussi profité d'une visite familiale dans le sud de la France pour voir « IRL » Éric Caltraba, auteur de Haïku. Et je suis persuadé que je rencontrerai d’autres auteurs avec qui je travaille dans les mois à venir. Je sais par exemple qu'Ève Terrellon vient souvent passer quelques jours dans le Puy-de-Dôme, département où j'habite moi toute l’année. Ce n’est qu'une question de temps, mais je suis de toute manière convaincu que des liens d’amitié peuvent se créer par une simple correspondance. Si les échanges par écrit sont naturels, ils le seront aussi lors d'une rencontre physique, passé le court moment d’étonnement de se retrouver d'une personne qu'on a l’impression de connaître si bien et que l’on a pourtant jamais vu.

Quelle est la chose la plus pénible de votre métier d'éditeur ?

Annoncer les chiffres de ventes. À lire les témoignages de succès d’auteurs anglo-saxons, certains placent trop d’espoirs dans le livre numérique. Or en France, mis à part en érotisme et en romance (genres qui ont réellement bénéficié de « l'anonymat » qu'offre la lecture sur liseuse ou tablette), les espérances de ventes d'un auteur peu connu restent modestes. De quelques exemplaires à quelques centaines ; rarement des milliers, plus souvent quelques dizaines. Bien sûr le numérique progresse, mais lentement.
Il faut également garder à l'esprit que l’ebook a des perspectives de ventes à long terme, car contrairement au livre papier qui disparaît rapidement des étals des libraires, il continue d’être disponible sur les e-librairies aussi longtemps qu'elles existent ou que l’éditeur poursuit son activité.
J'essaie de prévenir les auteurs, et je leur dis : « je ne vous promets pas des ventes astronomiques, mais je vous promets de passer du temps sur votre texte pour essayer d'en tirer le meilleur ».

Du coup, comment un éditeur numérique peut-il survivre sur si peu de ventes ?

C'est une question à laquelle chacun essaie de trouver sa réponse.
Certains sont pris d'une véritable frénésie de publication, au point d’avoir déjà plusieurs centaines d’ouvrages inédits à leur catalogue, après seulement trois ou quatre années d’existence. Cela représente jusqu’à un titre toutes les semaines (voire plus). Je ne sais pas comment ils font, je suis dubitatif à plus d'un point. En tout cas, moi, je n’en suis pas capable, et ce n’est pas ainsi que je conçois le métier d’éditeur. Je ne suis surtout pas convaincu que la surpublication soit une stratégie gagnante à long terme. Les Éditions de Londres, c’est treize titres inédits en un an et demi, dont sept pour la collection East End en huit mois de collaboration. C’est un rythme qui me convient.
D’autres éditeurs publient des genres vendeurs en numérique, comme l’érotisme ou la romance. C'est un choix éditorial tout à fait respectable, mais ce n'est pas le nôtre. Je ne sais pas pour Vincent, mais moi je ne me sentirais pas du tout compétent, que ce soit pour sélectionner ou retravailler les textes.
L’option restante, c’est de trouver un équilibre entre investissement (de temps et d’énergie) et attentes. Si on s’investit trop, on est vite découragé par le manque de retour sur investissement. Cela permet de s'octroyer du temps pour aller (ou au moins essayer) chercher de l’argent – car c'est bien là le nerf de la guerre – ailleurs. En ce qui me concerne, cette année, j'anime des ateliers d’écriture et d'initiation au jeu d’échecs dans une école, quelques heures par semaine. J'ai aussi une femme compréhensive. Et j'ai mon activité d’auteur. Je ne suis pas le seul dans ce cas : Julien Simon, fondateur de Walrus, a toujours peu publié, mais toujours des ouvrages de qualité. Il en est arrivé à la même conclusion : être éditeur numérique ne suffit pas à nourrir son homme. C'est pour cela qu'il s'est lancé le défi fou du Projet Bradbury. Je lui souhaite de réussir.

Quel est le livre dont vous auriez aimé être l’éditeur ?

La question est simple, mais la réponse l'est moins. J'ai évidemment tendance à penser que les éditeurs ont un rôle non négligeable dans le succès des grands livres, et conscient qu'il me reste beaucoup à apprendre dans ce métier, je me dis : « aurais-je fait de l’aussi bon travail que ces éditeurs ? aurais-je su repérer ce manuscrit ? ».
Harry Potter, par exemple, qui est pour moi une œuvre majeure de la littérature contemporaine, aurait-il été aussi bon si je l'avais édité ?
En tout cas, je ne rougis pas des livres que j'ai édités1, même si pour certains, je ferais sans doute différemment aujourd’hui. Comme je n’écrirais déjà plus les textes de Le père Noël ne meurt jamais de la même façon. Mais il faut passer à autre chose.


1 À savoir tous ceux de la collection East End, auxquels il faut ajouter chez Numériklivres : Un été de singe et Fin de route de Jean-Louis Michel, Haïku d’Éric Calatraba et Bang ! Bang ! Bang ! d’Olivier Chapuis.


mercredi 2 avril 2014

Le Chartership ou la certification professionnelle à l’anglaise


Je vous ai déjà parlé du Cilip (qui a gardé son nom, d’ailleurs, au final). Cette association de bibliothécaires britanniques a notamment pour responsabilité de délivrer aux bibliothécaires et professionnels de l’information diverses certifications permettant d’obtenir une certaine reconnaissance professionnelle.

Il y a trois niveaux disponibles (et que l’on peut passer les uns après les autres, ou pas, en fonction de son parcours) : la « certification », pour les assistants bibliothécaires (ou les magasiniers) ; le « chartership », pour les bibliothécaires ; et le « fellowship » pour les personnes qui en France seraient probablement des conservateurs.

Le Chartership

Je suis en plein dans mon propre parcours en vue du Chartership, je vais donc vous raconter comment ça se passe. Le principe est globalement le même pour les deux autres niveaux.

Le Chartership est donc à destination des bibliothécaires, non pas au sens du grade français, mais au sens plus large de « professionnel des bibliothèques ». La norme au Royaume-Uni est d’avoir un Master en bibliothéconomie / sciences de l'information, de se trouver un premier poste et de se mettre alors à préparer son Chartership. Cette certification est souvent requise sur les offres d’emploi et c’est souvent la clé ouvrant la porte des postes les plus qualifiés. Une fois qu’on l’a obtenu, on peut accoler à son nom les lettres « MCILIP » (un peu comme un médecin anglo-saxon ajoute MD à son nom…).

Alors, comment ça marche ?

Il s’agit de prouver sa capacité à appliquer son savoir et ses compétences sur son lieu de travail, de les développer pour améliorer ses compétences professionnelles en fonction des exigences de son poste et de développer une réflexion sur ses pratiques et son environnement professionnel.

Dans les faits (et selon les toutes nouvelles règles en vigueur), dès qu’on est inscrit et qu’on s’est trouvé un mentor, on commence par remplir son PKSB. Le Professional Knowledge and Skills Base est une sorte d’immense tableau listant toutes les compétences et tous les savoirs que pourrait posséder un bibliothécaire. L’idée est de se noter soi-même sur l’ensemble de ces points (il faut être membre du Cilip ou débourser £25 pour obtenir le document si vous voulez tenter l'expérience). Bien sûr, personne ne peut avoir un score maximal dans toutes les catégories, c’est impossible. Non, on va plutôt chercher à analyser quelles sont les catégories les plus importantes pour le type de poste sur lequel on est en ce moment et s’en servir de guide pour la suite.

La deuxième grande étape, va donc d’être d’essayer de s’améliorer sur ces points. Ça peut durer autant de temps qu’on le souhaite et même être fait rétrospectivement. Tous les moyens sont bons : assister à des conférences, visiter d’autres bibliothèques, lire de la littérature professionnelle en ligne ou hors ligne, participer à des ateliers, à des chats pro sur Twitter… Tout ce que nous faisons naturellement dans le cadre de la formation continue. Mais en plus de le faire, il faut en accumuler la preuve : collectionner les certificats de présence, rédiger des comptes-rendus et des fiches de lecture. Et démontrer comment tout ça se ressent effectivement sur votre travail (dans mon cas par exemple, je vais collecter des exemples de plans de séances de formation que j'ai conçus en appliquant des principes lus dans un bouquin spécialisé, ou essayer d'obtenir du feedback auprès de mes étudiants).
Pour ne pas s'y perdre, on peut traiter ça comme une expérience in vivo et tenir un carnet de labo notant nos avancées au jour le jour...

Car la troisième étape sera celle de la construction d’un portfolio. Celui-ci doit comprendre un CV, une fiche de poste, son PKSB initial et un PKSB final (votre score doit donc avoir augmenté dans les domaines qui avaient été désignés comme cruciaux pour votre poste), un texte réflexif de 1000 mots et une collection organisée des « preuves » de votre développement professionnel. Un jury examine tout ça et vous octroie le Chartership ou vous renvoie à vos brouillons…

Et moi, et moi, et moi...

Je suis en plein dans la phase deux… Et je dois avouer que ça me plaît énormément. Ça me pousse à aller plus loin dans mes velléités d’auto-formation et dans mes lectures professionnelles, ça me donne une excuse pour demander des formations à tout-va auprès de mon employeur et de me porter volontaire pour assister à toutes les réunions possibles qui se rattachent de près ou de loin à mon poste. C’est très enrichissant. Et même si j’ai toujours fait cela à un certain degré, c’est un sacré coup de boost pour mes compétences professionnelles !

De plus, je trouve que le principe tombe vraiment sous le sens : pour être certifié comme un véritable bibliothécaire, il faut prouver qu’on en a les compétences et que l’on cherche à s’améliorer. C’est plus logique qu’une série de concours abscons, non ?



Image empruntée au Chartership Handbook, Cilip

mardi 28 janvier 2014

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail


Des personnalités difficiles ou dangereuses, on en a tous rencontrés. Des chieurs et des emmerdeuses. Des pénibles de toutes sortes. Je suis bien persuadée que les bibliothèques ne sont pas épargnées (loin de là !), alors je me suis dit que j'allais vous parler un peu de ce livre.

Les personnalités difficiles ou dangereuses au travail : identifier les comportements et gérer les troubles / Roland Guinchard. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson, imp. 2013, cop. 2013.

Tout d'abord, je l'ai lu d'une traite, tant je l'ai trouvé passionnant, et c'est bien pour ça que je vous le recommande. Pourtant, je partais avec un a priori négatif, sachant qu'il s'appuie sur l'hypothèse psychanalytique, dont je n'avais pas une bonne image. Mais Roland Guinchard a une écriture si claire, si synthétique, si convaincue, ses exemples sont si bien choisis, que j'ai trouvé difficile de lui résister. Ce qu'il dit fait sens et il m'a semblé reconnaître dans ses descriptions quelques personnes... Surtout, il donne des conseils très pratiques pour gérer les personnalités difficiles dans le cadre du lieu de travail. Enfin, j'en ai aussi un peu appris sur moi.

Toujours pas convaincus ? Alors je vais vous résumer une petite partie de son raisonnement.

Tout d'abord, la définition d'une personnalité difficile :
"Une personnalité difficile manifeste un comportement inadapté à la situation de travail, de façon répétitive et sans raison accessible, entraînant une gêne réelle pour l'entourage professionnel et pour la performance de l'entreprise, avec une vraie difficulté, voire une certaine souffrance, de la personne difficile elle-même."
Partant de cela, il faut savoir que nous sommes tous des névrosés. Ce qui est une bonne nouvelle car cela veut dire que nous sommes pas des psychotiques. Les névroses sont là pour compenser les petites explosions d'énergie inconsciente qui bouillent sous le voile de notre conscience et s'en échappent parfois. Au final, chacun de nous est en moyenne à 70% hystérique, à 20% phobique et à 10% obsessionnel. C'est lorsque ces pourcentages dévient fortement de cette norme qu'une personne devient une personnalité difficile.

Les hystériques regroupent la plus grande part des personnalités difficiles. Chez une personne normale, l'hystérie, c'est ce qui nous pousse à nous interroger sur ce que les autres pensent de nous, leur opinion, l'impression qu'on leur fait, c'est l'envie de plaire.
Chez la personnalité difficile à tendance hystérique, on va remarquer un aspect démonstratif (la personne "donne à voir", que ce soit en bien ou en mal, pour être admirée ou critiquée), un aspect touchant à la dimension du corps (le corps désirable ou le corps en plainte, ceux qui "allument" et ceux qui se plaignent constamment d'avoir mal quelque part), un aspect d'inauthenticité (excès dans la présentation des sentiments, variations fréquentes et rapides de l'humeur, les problèmes personnels envahissent l'environnement professionnel) et enfin un aspect d'insatisfaction (l'hystérique ne peut être satisfait, jamais).
Alors, comment gérer une personnalité hystérique ? La formule que propose Roland Guinchard repose sur 95% de distance et 5% de reconnaissance. Il faut, en toutes circonstances, rester professionnel et relativement distant mais savoir, de temps en temps et quand c'est justifié, féliciter et dire que les choses vont bien. Car en fait les personnalités hystériques semblent être angoissées par une absence de repères, ne sachant pas exactement où se situe la frontière entre vie professionnelle et vie privée. Elles vont alors tester cette limite pour s'assurer qu'elle existe bien. Il faut donc matérialiser d'autant plus fermement cette limite afin de les rassurer, sans oublier de leur donner leur dose homéopathique de compliments.

Je vous laisserais découvrir par vous même les deux autres versants des personnalités difficiles : les obsessionnels et les phobiques ; ainsi que les personnalités dangereuses représentées par les psychotiques, soit paranoïaques, soit pervers... C'est un voyage vraiment passionnant dans la psyché humaine, dont on ressort un peu changé et avec un nouveau regard sur nous-même et sur les autres.